Des ONG déplorent l'"impunité" des auteurs d'exactions


Les droits de l'homme devrait être évoqués au cours de la visite de Jacques Chirac. Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent "l'impunité" dont continuent à bénéficier les auteurs d'exaction.
A la veille de la visite de Jacques Chirac en Algérie, deux organisations de défense des droits de l'homme, Amnesty International (AI) et Human Rights Watch (HRW), ont rendu publiques leurs conclusions sur la situation en Algérie dans ce domaine.

Pour Roger Clark, le chef de la délégation d'Amnesty qui vient de passer quinze jours sur le terrain, le dialogue avec les autorités algériennes est plus ouvert et plus franc, "il y a davantage d'écoute", mais "cela ne veut pas dire que la situation a beaucoup changé".

La torture se pratique "de façon systématique dans les centres de détention militaire, dit-il, surtout quand il s'agit de personnes impliquées ou soupçonnées, même de loin, d'activités terroristes". Quant aux commissariats de police, ils restent les lieux de "fréquentes bavures". Amnesty souligne que toutes les réformes en cours (justice et éducation notamment) ne garantiront pas la protection des citoyens."Ce qui manque, c'est la volonté politique de faire respecter ces droits", estime Roger Clark.

En ce qui concerne les disparitions pendant la décennie 1990, "la douleur continue" pour les familles, car les responsables de ces enlèvements, agents de l'Etat ou groupes armés, "bénéficient toujours de l'impunité". Amnesty n'a pas chiffré le nombre de ces disparus, estimant qu'il s'agit d'une "question très difficile".

A propos de la Kabylie, l'ONG rapporte que la situation qui y prévaut reste "grave". Les enquêtes qui auraient dû suivre les travaux de la commission indépendante menée par le juriste Mohand Issad, chargée de faire la lumière sur les émeutes du printemps 2001 (plus de cent morts), "n'ont toujours pas eu lieu".

De son côté, dans un rapport sur les disparitions forcées survenues au plus fort des années de guerre civile, Human Rights Watch déclare que l'Algérie détient un record en la matière. Pour cette ONG, les forces de sécurité algériennes ont enlevé durant les années noires "au moins 7 000 personnes, un chiffre qui dépasse les disparitions recensées ces dix dernières années dans tout autre pays, à l'exception de la période de guerre en Bosnie".

Si les groupes armés sont eux aussi responsables "de centaines, voire de milliers, de disparitions", HRW note que ni les uns ni les autres n'ont eu à rendre des comptes. C'est pourquoi Human Rights Watch presse Jacques Chirac d'intervenir auprès du président Bouteflika pour que soit créée une commission d'enquête indépendante.

Pour l'heure, si l'on a "cessé de nier le problème comme c'était le cas jusqu'en 1998", il n'y a pas de nette évolution quant au traitement de fond du dossier, estime Eric Goldstein, l'un des responsables de HRW. "L'Algérie cherche à réhabiliter son image après une décennie catastrophique, or le dossier des disparus entrave cette réhabilitation, dit-il. Il faut que la vérité soit dite et la justice faite."

"L'impunité reste le problème primordial en Algérie et la sécurité militaire est toujours intouchable", estime Eric Goldstein.

Reporters sans frontières (RSF) et la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (Laddh), enfin, annoncent qu'ils diffuseront dimanche deux heures d'émission, "L'Algérie sans tabous-Bidoun tabouat", sur une chaîne de télévision par satellite basée à Paris, Zaléa TV.

Florence Beaugé


   
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