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LA CHINE PROVOQUEEpar M. Saadoune, Le Quotidien d'Oran, 1er février 2010 En décidant de vendre des armes à Taïwan, les Américains ont pris le risque de provoquer la colère de la Chine populaire qui, jusqu'à présent du moins, a évité de chercher une traduction politique trop voyante de sa montée en puissance économique. Si Pékin gère avec modération sa montée en puissance politique, elle n'en tient pas moins à se faire respecter. Et à ne pas transiger sur le fait que tous les territoires chinois font partie de la Chine, quitte à accepter, comme c'est le cas pour Hongkong, de ne pas chambouler les équilibres politico-sociaux qui y prévalent. La Chine a montré dans ce domaine un pragmatisme remarquable, incité en cela par ses propres évolutions économiques. La Chine aborde le cas de Taïwan avec le même mélange de pragmatisme et de fermeté politique. Les moyens militaires mis par Washington à la disposition de Taïwan - hélicoptères et missiles antimissiles pour un coût de 6,4 milliards de dollars - ne pouvaient donc que susciter le courroux de Pékin. Washington ne semblait pas s'attendre néanmoins à la vigueur de la réplique chinoise qui a dénoncé une atteinte à la «sécurité nationale de la Chine et à ses efforts de réunification pacifique». Pékin ne s'est pas contentée d'une prise de position publique, elle a décidé de réduire sa coopération dans le domaine militaire avec les Etats-Unis et a menacé de sanctionner les entreprises américaines impliquées dans les ventes d'armes à Taïwan. La riposte chinoise reste mesurée, mais elle est suffisamment marquée pour signifier à Washington que l'Etat chinois a de la ressource et des moyens de riposter. Comme les Russes qui ne supportent pas les tentatives de déploiement de systèmes antimissiles à leurs portes, les Chinois n'admettent pas une politique américaine dont la finalité est de tester la puissance chinoise. Les dirigeants chinois n'ignorent pas que leur pays est considéré de manière stratégique comme une puissance adverse et potentiellement ennemie. La fourniture d'armements à Taïwan est un mouvement qui ne se déroule pas à la périphérie de la Chine. Cela se passe, aux yeux des Chinois, sur leur propre territoire. Un signe d'agressivité qui s'accompagne d'un manquement à des engagements déjà pris. «Taïwan fait partie intégrante de la Chine», rappellent les Chinois, en soulignant que «l'administration américaine est allée à l'encontre de ses engagements et a pris une décision erronée en donnant un signe gravement erroné aux forces séparatistes de «l'indépendance de Taïwan », compromettant la paix et la stabilité au détroit de Taïwan, voire dans la zone Asie-Pacifique». La rencontre annoncée entre Barack Obama et le dalaï-lama, considéré à Pékin comme un agent séparatiste, n'est pas de nature à améliorer un climat dégradé. L'administration américaine va devoir assumer une orientation lourde d'implications. La Chine n'est pas un petit pays aux ressources limitées, profil caractéristique des cibles militaires américaines. C'est une grande puissance qui a choisi, pour le moment du moins et dans l'état du rapport de forces, la voie de la sagesse et de la discrétion. En la provoquant sur son territoire, Washington est en train d'accélérer un processus très inquiétant d'affrontement d'un type nouveau. Cela ne retardera pas l'émergence stratégique planétaire de la Chine, mais il semble que pour les Américains, l'unique moyen de retarder le déclin de leur influence internationale passe par l'exacerbation de leur capacité de nuisance militaire. |
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