Scrutin présidentiel algérien de A à Z

Par El Mouhtarem, Alger, 27 mars 2009

A comme Amendement : Pour briguer un troisième mandat présidentiel, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a procédé à l’amendement de l’article 74 de la Constitution de 1996 qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Au lieu de procéder par voie référendaire, Bouteflika a préféré convoquer les deux chambres du parlement pour avaliser sa décision. Le chef de l’Etat s’est assuré une chose: mourir président.

B comme Boycott: Refusant de participer à la mascarade électorale, le Front des Forces Socialistes a lancé un appel au boycott actif du scrutin présidentiel. Le Conseil national du FFS a appelé les Algériennes et les Algériens à se mobiliser pour un boycott actif du «scrutin présidentiel» prévu le 09 avril 2009. «Il s’agit de rendre effective la dissidence électorale nationale et pacifique», a souligné la résolution de l’instance nationale du parti. Pour rappel, le FFS a boycotté l’élection présidentielle de novembre 1995, s’est retiré de l’élection d’avril 1999 et boycotté le scrutin d’avril 2004.

C comme Censure: Le candidat Fawzi Rebaïne a protesté contre la censure dont il a fait l’objet. Rebaïne a affirmé, que certains passages de sa déclaration, tenus à sa sortie du Conseil constitutionnel, ont été censurés au JT 20H. Pour sa part, Mohamed Saïd, a dénoncé un acte de censure lors de la retransmission télévisuelle de sa déclaration après le dépôt des signatures au Conseil constitutionnel. Le président du PLJ a indiqué que «comparativement à d’autres candidats, trois paragraphes ont été supprimés».

C comme Cueillette: Le président du Front national algérien (FNA) et candidat au prochain scrutin, Moussa Touati, a préféré parler de «cueillette» de signatures au lieu de collecte. «Nous sommes entrain de faire la cueillette des signatures», a déclaré M. Touati à la radio nationale.

D comme Distribution : A l’occasion de chaque échéance électorale, le gouvernement se montre généreux envers les Algériens. En effet, le ministre de la Solidarité, Djamel Ould Abbes, a affirmé, récemment, que son département distribuera 5000 minibus et a fait savoir que 3 000 chaises roulantes seront distribuées à travers le territoire national à l’occasion de la célébration de la Journée nationale du handicapé. Ould Abbes affirme que plus de 750 000 familles vont bénéficier du relèvement de leur pension d’aide sociale avec un effet rétroactif.

E comme Effacer : Après avoir promulgué la Charte pour la paix et la réconciliation nationale qui vise à effacer les traces des escadrons de la mort dans les massacres contre les populations algériennes, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a décidé, à l’occasion du scrutin présidentiel, d’effacer… les dettes (45 milliards de dinars) des paysans et éleveurs algériens. D’aucuns affirment qu’ils ne bénéficieront de cette mesure que les fellahs «costume-cravate».

F comme Fraude : L’ancien bras droit de Ahmed Taleb Ibrahimi, Mohamed Said a décidé de prendre part à l’élection, malgré la fraude électorale. «La présence d’observateurs étrangers ne sert à rien sinon qu’à cautionner la fraude électorale déjà existante», a affirmé, à la chaîne 3 de la radio nationale, l’ancien porte-parole de Wafa. Pour rappel, Mohamed Said a eu l’honneur de faire la lecture de la version arabe de la déclaration du retrait des six candidats à l’élection d’avril 1999. Par ailleurs, le candidat Moussa Touati a indiqué que le taux de fraude lors du scrutin présidentiel ne dépassera pas 20% !

G comme Généraux : Le président Bouteflika a invité des généraux à la retraite à la cérémonie d’annonce de sa candidature. En effet, le 12 février à la coupole Mohamed Boudiaf, les généraux Mohamed Betchine, Abdelhamid Djouadi, Mohamed Touati et Mohamed Lamari ont tenu à assister au show de Bouteflika. Par ailleurs, le président-candidat a désigné l’ancien général Mustapha Chelloufi pour le représenter au niveau de la commission politique nationale de surveillance de l’élection présidentielle.

H comme Hanoune: Alors qu’elle n’avait pas réussi à collecter 75000 signatures lors de l’élection présidentielle de 1999, la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune est devenue, depuis, le chouchou de Bouteflika. «La seule femme candidate du monde arabe» s’est dit «convaincue que le PT est prêt à diriger le pays». Abordant les conditions de déroulement de l’élection, elle indiquera qu’à ce jour, elle n’a toujours pas reçu «de réponses quant aux doléances exprimées dans la lettre adressée au président de la République». Mais, ajoute-t-elle, «bien que les garanties soient insuffisantes, nous avons estimé qu’il faut prendre part à cette consultation pour le bien de la nation».

I comme Intimidations : Depuis l’appel au boycott de l’élection lancé par le FFS, le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, le SG du FLN, Abdelaziz Belkhadem et tous les relais du pouvoir ne ratent aucune occasion pour dénoncer les partisans du rejet de la mascarade électorale. En effet, le pouvoir, via ses satellites, fait tout pour intimider les militants de l’opposition. Après Ahmed Ouyahia, spécialiste de la fraude, qui a traité les partisans du boycott de politicards de salon, c’est au tour de son ministre des Affaires religieuses, Ghlamallah d’affirmer que “le boycott de l’élection présidentielle est considérée comme un grand crime, au même titre ou beaucoup plus que la corruption administrative, économique, culturelle, sociale, politique et morale”.

J comme Jeux : A l’occasion de la prochaine élection, les observateurs affirment que les jeux sont déjà faits. Sinon comment expliquer la précipitation de Abdelaziz Belkhadem, SG du FLN, à annoncer le taux de participation (65 %). Pis, le président du MSP, Bouguerra Soltani, a affirmé que le candidat Abdelaziz Bouteflika devrait être réélu à une majorité écrasante. «Le candidat Abdelaziz Bouteflika doit être réélu à plus de 85%», a souhaité l'ancien exorciste. «M.Bouteflika a été élu en 2004 à 84% des suffrages exprimés. En 2009, il doit dépasser ce pourcentage au minimum de 3 à 5%.» «Le Président-candidat bénéficie d’une popularité qui lui permettra de dépasser largement le score enregistré lors de la dernière présidentielle.»

K comme Kabylie : Le faible taux de participation de la Kabylie à l’élection présidentielle de 1999 est resté en travers de la gorge de Bouteflika. A cette époque, le pouvoir avait pris une raclée mémorable ! Depuis, le pouvoir a déployé d’énormes moyens pour casser cette région rebelle. Après la création du mouvement des Arch pour casser les partis, l’assassinat de 128 jeunes et la profusion de groupes armés, le pouvoir déploie, à l’occasion du prochain scrutin présidentiel, des moyens colossaux pour faire voter la Kabylie. A Tizi-Ouzou, Bouteflika a désigné le directeur de la culture, Ould Ali El Hadi, comme directeur de sa campagne. Après avoir usé et abusé des moyens de la direction de la culture, l’ancien dirigeant du RCD compte mobiliser ses relais associatifs en faveur de Bouteflika.

L comme Lièvres : Le président candidat a réussi à dénicher cinq lièvres à l’occasion du prochain scrutin. Il s’agit de Louisa Hanoune secrétaire générale du PT, Fawzi Rebaine de Ahd 54, Mohamed Said du PLJ, Mohamed Djahid younsi d’El Islah et Moussa Touati du FNA. Ce dernier se défend d’être un lièvre. «Je suis plutôt un chasseur », affirme-t-il. Mohamed Said a affirmé que «même si les dés sont pipés, l’expérience en vaut la chandelle. Rien ne m’interdit d’essayer à travers un message d’espoir de changer les choses. Dans un système fermé, il faut être tenace, dur de peau».

M comme Milliards : L’élection présidentielle a toujours été une occasion pour s’enrichir. Les candidats à l’élection bénéficient d’une somme de 1,5 milliard de centimes. Des hommes d’affaires, dans le but de faire fructifier leur fortune, apportent leur soutien au candidat du pouvoir. Le candidat malheureux à la candidature, Omar Bouacha a affirmé, récemment, que Issad Rebrab, patron de Cevital et Mahidine Tahkout, patron d’une société de transport des étudiants, soutiennent Bouteflika pour gagner des milliards. Par ailleurs, lors de l’installation de la directionde campagne de Bouteflika à Tizi-Ouzou, un jeune a déclaré à l’adresse de l’assistance: «La plupart des gens qui sont venus ici ne cherchent que des milliards.»

N comme Niaiserie : Nous savons qu’en politique tout est possible, mais pas au point de soutenir quelqu’un qui vous méprise. C’est le cas aujourd’hui de l’ancien ministre de la santé, Amara Benyounes qui a tout fait pour intégrer la direction de campagne de Abdelaziz Bouteflika. Tout le monde sait que Bouteflika a refusé de délivrer un agrément pour le parti de Benyounes, l’UDR. La position de l’ancien dirigeant du RCD peut être qualifiée d’opportunisme, de masochiste. D’aucuns disent aussi qu’elle relève aussi de la niaiserie. François de La Roche Foucauld disait : «Il y a des gens niais qui se connaissent, et qui emploient habilement leur niaiserie», mais pas Amara.

O comme Observateurs : Le chef de l’Etat a invité des observateurs issus de l’ONU, de la Ligue arabe, de l'Organisation de la conférence islamique ainsi que de l'Union africaine pour superviser le scrutin présidentiel. Par cette invitation, Bouteflika veut faire de la présidentielle «une compétition saine, où le libre choix du citoyen sera le seul arbitre». En dépit de l’opposition de Louisa Hanoune et de Mohamed Said à la venue de ces observateurs, Bouteflika a décidé de les inviter. «La présence d’observateurs étrangers ne sert à rien à moins de cautionner la fraude déjà existante », a déclaré Mohamed Said.

P comme Patrimoine : Depuis son intronisation au palais d’El Mouradia, le président Bouteflika a amélioré son patrimoine immobilier. Le président Bouteflika affirme qu’il possède une maison individuelle sise rue de la Rochelle, Alger, suivant livret foncier n° 70-68/07 du 11/12/2007. Un appartement sise au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, suivant livret foncier n° 29-39/07 du 26/06/2007. Par ailleurs, certaines indiscrétions font état d’une somptueuse villa que Bouteflika a achetée à Dubaï, aux Emirats arabes unis. Cette résidence renferme un ranch établi sur une assiette de 500 ha.. «Le Président-candidat a oublié de citer un autre appartement dont il dispose à Paris, situé au 182, faubourg Saint-Honoré», ajoutent les mêmes sources.

Q comme Quota : Comme à chaque échéance électorale, les décideurs vont adopter, à l’occasion du scrutin d’avril, le système de quota. Ainsi, chaque lièvre aura son quota de voix des électeurs. Selon des sources généralement bien informées, Bouteflika sera suivi de Louisa Hanoune, Mohamed Said, Moussa Touati, Djahid Younsi et de Fawzi Rebaine. Par ailleurs, le président Bouteflika veut imposer un quota de femmes aux partis politiques lors de la confection des listes électorales.

R comme Record : Omar, un internaute que je ne connais pas, m’a envoyé le commentaire suivant. «Les souteneurs ont collecté 4.200.000 signatures pour le président candidat une semaine après qu’il se soit présenté. 4.200.000 signatures en 8 jours soit 600.000 par jour soit 75.000 par heure soit encore 1250 par minute et enfin 21 signatures par seconde. Autrement, chaque seconde il y a 21 Algériens qui sont en train de signer pour le candidat président. Si on considère qu’il faut 2 minutes à une personne normale pour accorder sa signature (présenter sa pièce d’identité, apposer son paraphe, dire au revoir et merci, ce scénario répété par 4.200.000 Algériens donne 8.4000.000 mn soit 140.000 heures soit 17.500 journées de huit heures soit 48 années nécessaires à une personne pour accomplir cette prouesse. Qui a dit que les Algériens ne sont pas productifs ?

S comme Signatures: Le directeur de l'agence de la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) de la wilaya de Oum El Bouaghi, également élu à l'APW, a réussi en quelques jours à collecter 17000 signatures pour le candidat indépendant Abdelaziz Boutelika. Le directeur a recouru à une méthode des plus sophistiquées: faire signer, à leur insu, 17000 assurés ! Dans la wilaya d’Adrar, les stagiaires des CFPA (âgés de 18 ans et plus) ont été obligés par leurs directions de signer les formulaires du candidat Abdelaziz Bouteflika. Les stagiaires ont également reçu à titre gracieux des CD contenant la biographie du chef de l’Etat.

T comme Tahkout: L’entreprise de transport universitaire «Mahieddine Tahkout» a mobilisé tous ses bus en faveur des comités de campagne de Abdelaziz Bouteflika. L’entreprise Tahkout qui s’est accaparée le transport universitaire (gré à gré), a couvert ses bus de couleur orange de portraits du président candidat sur lesquels est écrit : «Bouteflika, c’est mon choix». Il a le droit de faire ce choix, tant que l’Algérie est le seul pays où un marchand de légumes peut devenir milliardaire !

U comme Université : A l’occasion de la présidentielle, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, veut cibler la communauté universitaire. Pour gagner leurs voix, le président a augmenté de 50% la bourse des étudiants. Autre astuce trouvée par les décideurs : permettre aux étudiants de voter dans leur lieu d’études ou d’hébergement…De son côté, Loth Bonatéro, candidat malheureux à la candidature, a dénoncé l’exclusion des universitaires de la course électorale. «Dorénavant, la loi devra exiger des candidats la présentation d’un diplôme universitaire», a indiqué le spécialiste de l’astronomie.

V comme Voter : Sachant que les Algériens ont décidé de tourner le dos à la prochaine élection, le pouvoir a excellé dans l’art de la propagande en faveur du vote. Des affiches sont collées partout avec un slogan menaçant «Ne laissez personne décider à votre place», autrement «Ne nous laisser pas décider à votre place». La télévision, la radio, la presse écrite, les partis de l’alliance mènent depuis quelques mois une campagne en faveur du vote. « Le vote est un devoir », « Nous votons pour l’Algérie »…sont autant de slogans utilisés par les mégaphones du régime. Le boycott demeure la hantise du pouvoir algérien.

Y comme Youyous : Alors que le Conseil de la nation préparait une motion de soutien à l’adresse du président Bouteflika l’invitant à présenter sa candidature à l’élection présidentielle prochaine, l’ancienne journaliste de la télévision, Zahia Benarous, créait la surprise en introduisant une nouvelle expression dans le jargon politique. Manifestant son soutien au troisième mandat, elle a terminé son intervention avec un youyou. Pour rappel, Zahia Benarous, membre du tiers présidentiel au Conseil de la nation, est militante du RND et ancienne ministre de la Culture

Z comme Zerhouni: Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni a affirmé que son département interdira toutes les activités des partisans du boycott. Pour Maamar Boudersa: «En vertu de quel article de loi, le ministre interdit une activité électorale opposée à celle du régime. Le suffrage universel suppose que tout le monde “universel” participe selon sa propre conviction et sa propre volonté et son propre choix. Le ministre a apporté la preuve qu’il n’y a pas d’élection, mais une comédie. Pourquoi le Conseil d’Etat n’annule pas cette instruction illégale et inconstitutionnelle. Où sont nos avocats? Où sont nos juristes? Où sont nos partis politiques? Où sont les organisations de défense des droits de l’homme. Il faut alerter l’opinion nationale et internationale sur ces méthodes illégales pour asservir le peuple algérien et le soumettre à l’arbitraire du pouvoir.»

 
Version imprimable
Présidentielles 2009  
www.algeria-watch.org