| |
|
Ce que pense Addi Lahaouari du dernier article de Benyelles
Lahouari Addi, Le Quotidien d'Algérie, 27 janvier 2009
http://www.lequotidienalgerie.com/index.php/5106/ce-que-pense-addi-lahaouari-du-dernier-article-de-benyelles/#more-5106
Bonjour tout le monde,
Je m’excuse de n’apparaître que par moment. Les contraintes professionnelles ne permettent pas d’être plus présent dans le débat. Je voudrais réagir à l’article du général Benyelles. C’est un homme courageux et plein de lucidité et on ne peut être que d’accord avec la conclusion de son papier quand il dit que voter en avril 2009 est un acte anti-patriotique et anti-national. Je partage cette position: voter en avril 2009 c’est voter contre l’Algérie et compromettre plus encore l’avenir des générations futures.
Là où cependant je ne suis pas d’accord avec son analyse - bien qu’il soit plus au courant que moi sur ce qui se passe à Alger - c’est quand il dit que Bouteflika a trop de pouvoir, il a écarté l’armée et décide tout seul. L’observation de la vie politique algérienne montre au contraire que Bouteflika n’a aucun pouvoir. En dix ans, il n’ pas pris une seule décision qui montrerait qu’il a de l’autorité. Pour appuyer cette argumentation, il faut analyser le régime dans son fonctionnement global et analyser le régime sous Bouteflika.
L’histoire du pays a fait que la violence armée était la seule option pour le libérer de la domination coloniale. C’est ce qui a donné la prééminence de l’aile militaire du MTLD sur l’aile politique. A l’époque, c’était l’aile militaire qui avait raison historiquement et c’est pourquoi elle a eu l’appui du mouvement et de la population. Entre 1954 et 1962, le rapport de forces en faveur des militaires n’a pas cessé d’évoluer en leur faveur, particulièrement avec l’assassinat de Abbane en 1957. Nous pouvons dire que les militaires ont pris le pouvoir en 1957. Ils ne l’ont pas lâché jusqu’à nos jours. Pour qu’ils le lâchent, il faudra une véritable révolution, violente ou pacifique, et elle n’a pas eu lieu. L’Algérie est dirgées depuis toujours par des militaires mais l’idéologie du mouvement national ne permettait pas une dictature militaire. D’où le recours à des élites civiles investies de la légitimité de l’armée. Boumédiène, qu’on l’apprécie ou pas, avait réuissi à incarner les deux pouvoirs réel et formel et il avait une base populaire en raison du programme d’industrialisation qu’il avait promis de réaliser. Que ce programme soit utopique et était hors de portée de l’Algérie, c’est autre chose. Mais ce programme avait permis la création de milliers d’emplois et d’autres mesures apparemment populaires. C’est un programme tiers mondiste, populiste, utopique qui a valu à Boumédiène qu’à sa mort des centaines de milliers de gens étaient en deuil et ont suivi le cercueil en pleurs.
Avec Chadli Bendjedid, les militaires ont repris le pouvoir, et ont choisi que la présidence soit faible. C’est une constante: il faut que le président algérien soit limité pour qu’il ne s’impose pas. Chadli n’avait aucune ambition et assurait sa fonction comme s’il était un fonctionnaire de Daïra. A l’heure de vérité, ils lui ont demandé de partir, il est parti. Ce n’était pas Allende mort les armes à la main. C’est parce que c’est un personnage apolitique. Zéroual aussi est apolitique mais au moins il a du nif. Bouteflika est apolitique comme Chadli (en dix ans nous n’avons pas eu un seul discours dont on pourrait se rappeler) mais il n’a pas le nif de Zéroual. Bouteflika est le meilleur président pour les généraux: il ne pose aucun problème et il obéit au doigt et à l’oeil. La rumeur court qu’il a appris la nomination en juin dernier de Ouyahya par la presse. La rumeur se base sur le fait que Belkhadem n’a pas démissionné et il n’était pas en conflit avec lui. La preuve est qu’il l’a repris comme ministre-conseiller pour le consoler. Il y a deux indices qui montrent que Boutefliak n’a aucun pouvoir. Le premier est la radiation de son ministre de l’économie et des finances, Abdellatif benhachnehou. C’est un universitaire qui a voulu utiliser la manne pétrolière dans le cadre d’une politique économique cohérente, mais comme les grands équilibres budgétaires ne dépendent pas du minisitère ni de la présidence, le MDN a demandé à Bouteflika de le relever de ses fonctions. Ce qu’il a fait. Et comme il n’a eu aucun conflit avec lui, il l’ a nomme conseiller. Le deuxième indice que Bouteflika n’a aucune autorité est l’insulte proférée par le ministre des anciens moudjahidine contre Sarkozy invité officiel de l’Algérie. Un ministre qui insulte l’invité du président sans que ce ministre ne soit sanctionné montre à l’évidence que Bouteflika n’a aucune autorité sur les ministres. Les seuls ministres qu’il a nommés sont Zerhouni (il vouliat le nommer ministre de la défense mais il n’a pas pu), Belkhadem et Ould Abbes. Tous les autres ministres, même ceux issus de Msirda, Nedroma et Tlemcen ne dépendent pas de lui.
Il faut savoir aussi comment est organisé le système de pouvoirs en Algérie pour comprendre pourquoi Bouteflika n’a aucun pouvoir. Le système algérien peut en fait se passer de présidence qui ne sert à rien; c’est juste un cache-sexe pour le MDN. Le minsitère de la défense dirige tous les ministères par le biais de la présidence. Celle-ci est une extension du ministère de la défense. Le président est choisi sur ce critère. Les cadres de la présidence sont pour la plupart des militaires et le président est surveillé 24h sur 24h. En outre, dans chaque ministère, il y a un colonel du DRS, officiellement conseiller du ministre. Sauf qu’il est la vraie autorité politique au ministère.
Comment ce schéma s’explique-t-il? Les militaires sont formés dans l’idée que les civils sont de tièdes nationalistes. S’ils ne sont pas contrôlés et surveillés par les militaires - les seuls nationalistes - la nation disparaîtrait. En conclusion, Bouteflika, malade, fatigué, apolitique, impopulaire (faites un sondage dans la rue) ne peut avoir que l’autorité des militaires. D’où tirerait-il sa force s’il avait du pouvoir? Du peuple? Cela se saurait. Cette fable selon laquelle il s’est imposé aux militaires, et qu’il a imposé la modification de la constitution, alors que le pôvre, il n’a pas même d’autorité sur la police, ne résiste ni aux fait qui sont parlants ni à l’analyse. Les militaires ont choisi Ouyahya comme futur président et ils utilisent Bouteflika pour cette opération. il distribue de l’argent, dit-on. Les militaires lui ont probablement donné 500 millions de dollars qu’il distribue pour se faire des réseaux, mais ils savent que les réseaux ne rendent pas populaire. La reine d’Angleterre aussi a une “liste royale” mais cela ne fait pas d’elle le centre du pouvoir en Angleterre. Ce qui fait croire que Boutefliak a du pouvoir, c’est le retrait de nombreux généréux comme nezzar, Lamari, Touati, Smain décédé, etc. Mais c’est une armée; elle se reproduit et il y a de nouveaux officiers qui les ont remplacés. la différence c’est que ces nouveaux officiers qui exercent la souveraioenté ne veuelent pas apparaître en public. Le système a gagné en opacité. Il n’a pas changé.
En conclusion, si l’on veut un changement en Algérie, il faut savoir ce qu’il faut changer.
Cordialement
PS. Je m’absente durant un mois en raison d’un déplacement professionel et je ne pourrais répondre aux sollicitations du débat.
|
|
Présidentielles 2009 |