|
|||||
|
Vers un repositionnement des partis et personnalités politiques Quelle opposition face à Bouteflika ?Par : Omar OUALI, Liberté, 13 avril 2009 L’opposition, dans son ensemble, est obligée de revoir son logiciel politique pour pouvoir survivre au tsunami du 9 avril. Les Algériens ont-ils la nostalgie du parti unique ? La question mérite en tout cas d’être posée, au regard des chiffres qui ont marqué l’élection présidentielle de jeudi, singulièrement le taux de participation. Presque 75% ! L’universitaire Rachid Aït Kaci, qui apporte “les dernières retouches” à un ouvrage sur Les vingt ans de pluralisme en Algérie, est catégorique. “Cette interrogation n’est pas pertinente pour la bonne raison que les chiffres du ministère de l’Intérieur ne correspondent pas à la réalité.” Pour lui, “on ne peut pas aboutir à cette conclusion (le retour au monopole politique, ndlr) quand l’hypothèse de départ est erronée”. “Le chiffre de participation est extrêmement exagéré, mais le taux de voix en faveur de Bouteflika ne me surprend pas en revanche, car en face de lui, il n’y avait pas de vrais candidats, porteurs d’un projet, mis à part Mme Louisa Hanoune.” Pour autant, il n’est pas complaisant avec l’opposition en lui reprochant d’être “en partie responsable de ses propres déboires”. Karim Tabbou, premier secrétaire du FFS, qui avait lui aussi contesté les chiffres du vote, estime, dans une déclaration à l’AFP, que vingt ans après la reconnaissance en février 1989 du pluralisme politique, cette quatrième élection présidentielle marque “une étape supplémentaire dans la fermeture du champ politique et un retour vers le parti unique”. Le premier responsable du RCD, le Dr Saïd Sadi, n’en pense pas moins en considérant la consultation électorale de jeudi comme “une marche en sens interdit de l’histoire”. Mais au-delà des contestations et des récriminations, appelées du reste à finir en eau de boudin comme les précédentes, aujourd’hui, le fait est là : Abdelaziz Bouteflika est reconduit pour un troisième mandat de cinq ans, avec un score officiel qui fait de lui la clé de voûte du système politique avec un pouvoir quasi monarchique. Mohamed-Chafik Mesabah, un ancien officier des services de renseignement et politologue, dans une autre déclaration à l’AFP, considère que l’Algérie est en train de mettre en place “une dictature molle”. Marge de manœuvreUne dynamique de mutualisation de ses forces est plus que vitale pour sa survie sur l’échiquier politique. Lors de sa conférence de presse samedi, Saïd Sadi s’est montré, encore une fois, favorable à la perspective d’un rapprochement exprimée par Hocine Aït Ahmed. “C’est une excellente initiative. Nous sommes nous-mêmes inscrits dans cette voie. Puisse faire qu’elle se concrétise sur le terrain, qu’elle soit suivie d’effet !” souhaite le chef du RCD, qui semble avoir pris conscience de la gravité de la situation en convenant de la nécessité de conjuguer l’opposition au pluriel. Elle doit “se consacrer aux problèmes de fond de la société” pour parvenir à une “transformation politique du système”, analyse encore Chafik Mesbah. Quid de l’opposition islamiste ? Force est de constater qu’elle aussi est à la recherche de ses repères. Une situation qui l’empêche d’embrayer significativement sur le jeu politique. Une partie de la base de l’ex-FIS se trouve en état de déshérence, faute de se reconnaître dans les formations islamistes de l’establishment. Le MSP, lui, a choisi la voie du changement soft, à travers sa démarche “participationniste” qui l’a cependant dilué. Djaballah n’en finit pas avec les opérations de redressement. Réussira-t-il à reprendre en main En-Nahda, comme il l’avait laissé entendre, au moment de déclarer qu’il n’était pas candidat à la présidentielle ? Et ce n’est certainement pas Djahid Younsi, candidat malheureux avec un 0,93%, soit 133 129 voix, qui aura la prétention de se réapproprier la base islamiste. Mohamed Saïd, autre candidat malheureux positionné à la frontière entre la tendance islamiste et la tendance nationaliste, considère sa participation à la présidentielle comme un galop d’essai. Son objectif dans les prochains jours est la structuration de son parti. Encore faut-il qu’il obtienne son agrément, sachant qu’avant lui, Taleb, dont il était directeur de campagne, Sid-Ahmed Ghozali et Amara Benyounès attendent toujours Godot pour leur apporter le fameux sésame. Quelle sera aussi l’attitude de Louisa Hanoune ? Son coup de sang de samedi au CIP, en dénonçant “la fraude massive et vulgaire”, est-il annonciateur d’un retour à la radicalisation de ses positions ? N’ayant visiblement pas obtenu le score qu’elle escomptait, pour être en position d’interlocuteur respectable, renouera-t-elle avec son radicalisme d’antan ? Car depuis déjà longtemps, elle a rompu avec sa rhétorique belliqueuse à l’égard du pouvoir, encore plus de Bouteflika. “Je n’ai pas de problème personnel avec Bouteflika”, avait-elle réparti, agacée, à un journaliste qui l’interrogeait. Seuls Hamid Temmar et quelquefois Chakib Khelil, ses têtes de Turcs, essuyaient ses critiques. C’est dire à quel point l’opposition se trouve, après le 9 avril, à un tournant shakespearien : to be or not to be ? Omar OUALI |
Présidentielles 2009 | ||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||