Mobilisation à Béjaïa et Tizi Ouzou : Marches pour le boycott

Les membres de la direction du FFS étaient ravis en fin de journée de jeudi dernier. Ils venaient de réussir le pari hardi de marcher dans les rues de Tizi Ouzou et Béjaïa, en mobilisant des milliers de manifestants et de briser du coup le dispositif d’interdiction qui confine les partisans du boycott, pratiquement traités de hors-la-loi par le discours officiel, ou « hors-champ » médiatique et politique.

Béjaïa : De notre bureau, El Watan, 4 avril 2009

Sur le plan symbolique, les marches de jeudi dernier ont fait renouer la rue kabyle avec sa tradition de protestation, à un moment où des observateurs, un peu résignés devant la grande dèche politique du contexte et tétanisés par la formidable machine électorale de Bouteflika, ne pariaient pas beaucoup sur un quelconque sursaut, qui plus est à travers des manifestations publiques non autorisées. Il faut en effet remonter assez loin dans le temps pour retrouver la date d’une mobilisation similaire en dehors des rendez-vous rituels et évidents de manifestation. Les dernières marches en date, du reste timides, dans la région, remontent au 20 avril 2008, anniversaire du printemps berbère de 1980, doublé depuis 2001 de la commémoration des événements du printemps noir. Une date qu’il ne sied pas de rater, par pure convenance parfois, y compris désormais dans la périphérie du pouvoir gagnée subitement à la légitimité du combat identitaire. Le revers est que la date s’est par trop folklorisée les dernières années aux dépens de sa portée revendicative.

Sur le plan concret de l’action politique dans le contexte de cette élection présidentielle, les marches du FFS ont démontré que la mobilisation active pour le boycott était encore possible et le terreau de la protestation, certes inhibé par l’hégémonie tapageuse du discours à sens unique, était loin d’être dévitalisé. Lors des marches de jeudi dernier, l’on a ainsi remarqué la participation de militants que l’on ne catalogue pas forcément dans les registres des adhérents du parti, et cela rejoint l’idée exprimée par de nombreux citoyens ces derniers temps que ce qui manque le plus en ce moment de grand retour de la pensée unique, ce sont des initiatives politiques pouvant encadrer et donner un canal d’expression à la protestation.

Jusqu’à jeudi dernier, la région était restée sur la visite du candidat Bouteflika et la profusion de commentaires qui l’ont suivie et s’accordant un peu trop vite sur une supposée « normalisation », via notamment des promesses de budgets spéciaux de développement et autre recueillement à la mémoire des victimes du printemps noir. Dans le même élan, et en l’espace d’une semaine, celle ayant directement suivi le meeting de Bouteflika à Béjaïa, la wilaya a reçu la visite de pas moins de sept ministres, dont le chef de l’exécutif lui-même. Tous ces responsables avaient axé leur sortie sur le plan du développement économique, expurgeant la crise vécue par la région de ses aspects politiques qui, eux, font la substance du discours de l’opposition. Les deux marches du FFS, qui ont sonné comme une réponse à l’euphorie démonstrative, et par moment arrogante, des partisans de Bouteflika, viennent en l’occurrence affirmer, au-delà des dividendes partisanes que le sigle est en droit de tirer de son action, qu’il faudra encore compter avec la contestation et le droit de lutter dans la rue.

Par Mourad Slimani

 


Karim Tabbou (Premier secrétaire national du FFS) : « Nous avons défié le mur de la terreur »

- Le FFS a organisé des meetings et des manifestations ce week-end pour appeler au boycott de l’élection présidentielle. Pourquoi avoir attendu la dernière semaine de la campagne électorale ? Est-ce une volonté de la part du FFS d’effacer le passage du président candidat ?

- Tout d’abord, les meetings étaient organisés dans le cadre d’un programme d’activité fixé par le parti. Il est vrai que la première semaine, nous avons buté sur le refus de l’administration de nous délivrer des autorisations à Sidi Bel Abbès, à Batna et dans beaucoup d’autres wilayas. Contrairement aux affirmations de Zerhouni qui, officiellement, avait déclaré qu’il autorisait les activités de l’opposition, des ordres, des notes et des instructions officielles ont été donnés aux walis pour empêcher et interdire totalement les activités du FFS. Ce qui a fait que cette semaine, nous avons programmé nos activités sans tenir compte de l’avis de l’administration. Par conséquent, nous avons décidé d’investir la rue et de défier les autorités de Zerhouni. D’autant plus que si vous vous souvenez, Zerhouni avait déclaré que l’opposition était autorisée à mener des activités pour peu qu’elle trouve la population à qui parler. Nous avons montré et fait la démonstration que nous mobilisons la population, et nous avons fait cette démonstration à Béjaïa, à Tizi Ouzou et encore plus à Beni Ouartilène dans la wilaya de Sétif. Nous avons démontré que nous sommes aujourd’hui la force qui a réussi, sans payer les gens, sans recourir à la corruption, ni aux moyens de l’Etat, sans recourir à l’importation de la population, à prouver sur le terrain que nous avons une capacité de mobilisation qui dépasse totalement les prévisions du pouvoir.

- Pourquoi cette concentration de la mobilisation et des marches en Kabylie ?

- Il ne s’agit pas d’une histoire de concentration de marches en Kabylie. Nous en avons fait la démonstration à Sétif et Bordj Bou Arréridj aussi. Malheureusement, nous sommes un parti qui subit les restrictions, même d’une certaine presse qui ne veut pas rapporter la réalité du terrain. D’ailleurs, jeudi, j’étais à Tizi Ouzou et à Béjaïa et, hier, à Sétif et Bordj Bou Arréridj, et ce samedi je serai à Tiaret et Ghardaïa. Vous voyez bien que notre activité est une activité ordinaire fixée suivant un calendrier. Même s’ils ont réussi à nous empêcher de tenir nos activités à Jijel, à Sidi Bel Abbès et à Batna, nous avons quand même pu arracher des actions concrètes sur le terrain. Des actions de mobilisation défiant le mur de la terreur, de la peur et cette logique uniciste qui est imposée aux Algériens. Nous avons pu en tout cas, que ce soit à Sétif ou à Béjaïa et Tizi-Ouzou, rendre la parole à la rue. Nous avons pu sortir la politique des salons d’Alger pour la mettre dans la rue.

- Votre campagne pour le boycott se poursuivra-t-elle jusqu’au 9 avril ?

- Bien évidemment ! Nous allons déployer tous les moyens dont nous disposons, même si nous subissons toutes sortes de contraintes et de persécutions, allant de la manipulation locale à la fomentation de démission de militants du FFS. Je viens d’apprendre que des militants ont démissionné à Chlef dans une commune où nous n’avons jamais eu de militants. Aujourd’hui, à chaque fois que quelqu’un veut se faire acheter par le pouvoir, il se proclame militant du FFS. Il n’est militant du parti que le jour de sa démission. Que dire des ordres qui ont été donnés aux services de sécurité de ne laisser aucune affiche du FFS collée ? Que dire aussi des militants de Béjaïa et de Tizi Ouzou arrêtés ? Ou encore du siège du FFS à Bordj Bou Arréridj qui subit actuellement un véritable encerclement par les services de sécurité ? Tous ces actes ont pour but de dissuader les militants du parti. Bien au contraire, ils ne font que renforcer la détermination de nos militants. Revenons à la question de savoir si nous l’avons fait pour effacer le passage de Bouteflika. Je dirais que nous avons plutôt prouvé que dans cette région les populations sont attachées à leur dignité et à leur honneur et plus que jamais elles seront mobilisées pour dire non au mensonge électoral et non au bricolage.

- Que pensez-vous du choix du RCD d’opter pour le drapeau noir en signe de protestation contre cette élection ?

- Je pense que le RCD vient de porter gravement atteinte à l’un des symboles qui est l’emblème national, et pire encore, il vient de donner un créneau exploitable par le régime. Nous avons vu comment se sont manifesté toutes les organisations du pouvoir pour faire de l’acte du RCD un moyen de mobilisation. C’est vraiment un cadeau offert par Saïd Sadi au régime que de lui donner cette occasion d’essayer de détourner le sens du boycott de tous les Algériens et d’en faire un moyen de mobilisation autour d’un symbole. Encore une fois, le régime se voit repêché par Saïd Sadi, qui joue bien son rôle dans des moments comme celui-là et qui sert bien les intérêts du régime. C’est vraiment pervertir le sens du boycott que de donner l’occasion au régime d’alimenter une campagne qui n’a pas mobilisé la population, en jouant sur les sentiments patriotiques des Algériens.

Par Nadjia Bouaricha


Les manifestants brandissent « le carton rouge »

Des milliers de cartons rouges, brandis par autant de manifestants, ont été jeudi dernier agités en direction du portrait géant de Bouteflika ornant sa direction de campagne à Béjaïa.

Béjaïa

De notre bureau

La marche improvisée en fin de journée à l’appel du premier secrétaire du FFS, à l’issue d’un meeting animé dans l’après-midi devant le siège de la section locale du parti, a arpenté la rue de la Liberté, principale artère de la ville, aux cris de « ulach el vote ulach » (pas de vote), « pouvoir assassin » et autres âpres slogans. Des membres de la direction du parti, le président de l’APW de Béjaïa, ainsi que nombre de militants que l’on disait en rupture de ban avec le sigle, ouvraient la manifestation à laquelle se sont joints des élus et des syndicalistes. Sur le parcours, et malgré un service d’ordre qui s’est démené pour éviter les débordements, des manifestants s’en prendront à la devanture d’une autre permanence électorale du même candidat, mais ceux-ci n’auront que le temps d’arracher quelques fanions et de déchirer quelques affiches, avant d’être dissuadés par les organisateurs.

Les policiers, pour leur part, se sont contentés plus loin de détourner la circulation et d’ouvrir la voie à la marche non autorisée. Une heure auparavant, Karim Tabbou avait galvanisé les présents au meeting, également non autorisé, par un discours offensif et truffé de pointes ironiques à l’adresse du pouvoir. Il a ainsi affirmé détenir les résultas de l’élection présidentielle du 9 avril bien avant sa tenue. Le premier secrétaire du FFS a « révélé » que le candidat Abdelaziz Bouteflika remportera l’élection avec un taux de participation de 73%. Les élections sont jouées d’avance, réitère-t-il encore et « le taux de participation que donnera le pouvoir à l’occasion équivaudra au pourcentage de la méfiance et de la peur qu’il a à l’égard des Algériens ! » L’orateur contestera également les chiffres officiels concernant la consistance du corps électoral et le nouveau dispositif supposant la double inscription des étudiants et des agents de l’Etat en mission spéciale. Une « astuce », accusera-t-il, qui pourrait permettre de faire voter par deux fois ces catégories d’électeurs.

Par M. Slimani


Mobilisation à Béjaïa et Tizi Ouzou Des slogans hostiles au pouvoir

Alors que la campagne électorale pour la présidentielle du 9 avril prochain amorce sa dernière ligne droite, les partisans du boycott investissent la rue en Kabylie. Le FFS entreprend, ces jours-ci, action sur action afin de convaincre les citoyens à tourner le dos aux urnes, histoire de maintenir sa campagne pour l’abstention de ce scrutin.

Jeudi, la formation de Hocine Aït Ahmed a organisé une démonstration de force dans la ville de Tizi Ouzou. Le meeting qu’a animé Karim Tabbou devant le siège de la section locale de son parti dans la capitale du Djurdjura a drainé des milliers de personnes. Il était à peine 9h quand les premières grappes de militants et sympathisants du FFS commençaient à affluer vers le lieu du meeting. Quelques minutes plus tard, même les artères mitoyennes ont été envahies par les partisans du boycott auxquels se sont joints des passants, notamment après l’arrivée du premier secrétaire du vieux parti de l’opposition.

Ce dernier était, dans son discours, très virulent à l’égard du président candidat et ses « alliés » en Kabylie. Pour Karim Tabbou, « Bouteflika est complice de tout ce qui s’est passé en Kabylie en 2001 » car, a-t-il martelé, « il était président quand Guermah Massinissa a été tué dans la brigade de la gendarmerie à Beni Douala. Son ministre de l’Intérieur a traité ce jeune de voyou », a-t-il laissé entendre devant une foule qui répliquait tantôt « pouvoir assassin » tantôt « ulach lvot ulach ». Au yeux du numéro deux du FFS, Bouteflika exerce « un chantage économique et social » sur la région, afin de faire voter la Kabylie. « Il ont fait aussi le chantage aux fonctionnaire, aux chômeurs, aux prisonniers et même aux malades mentaux.

D’ailleurs, une instruction a été envoyée à tous les hôpitaux psychiatriques d’établir la liste des patients afin de voter à leur place, le 9 avril. Nous assisterons encore une fois à une pièce de théâtre », a-t-il fait remarquer avant de révéler que « le pouvoir offre 70 millions à celui qui accepte de placarder un portrait géant de Bouteflika sur le mur de sa maison ». Evoquant la décision de l’effacement des dettes des agriculteurs, l’orateur a estimé que cette mesure ne concerne que « les agricultures de Hydra, ceux qui ont décidé de financer la campagne du président ». Le premier secrétaire national du FFS s’est attaqué également aux « relais locaux » du pouvoir, mettant particulièrement à l’index le directeur de campagne de Bouteflika à Tizi Ouzou. « Ils sont en train d’acheter des voix avec l’argent du peuple », a-t-il ajouté. « Le FFS n’a rien à se reprocher. Il n’est ni mouillé dans les scandales ni dans l’affaire Khalifa pour opter pour le silence devant cette mascarade électorale », a-t-il souligné.

Les autres candidats au scrutin de jeudi prochain sont dans le collimateur de Tabbou qui les qualifie de « lièvres ». « Le pouvoir a choisi des candidats qui ne se retirent jamais. Ils ont essayé de hausser le ton car ils n’ont pas reçu l’argent. C’est une simple mise en scène. Aussi, au lieu d’amener les travailleurs à voter pour lui, Bouteflika a recruté carrément le Parti des travailleurs », a-t-il estimé. A la fin du meeting, les militants du FFS ont improvisé une imposante marche suivant l’itinéraire emprunté par Bouteflika lors de sa venue à Tizi Ouzou. Avec à leur tête Karim Tabbou, les marcheurs scandaient à gorge déployée des slogans hostiles au pouvoir. La foule s’est dispersée dans le calme et sans le moindre incident, à 13h.

Par Hafid Azzouzi

 
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Présidentielles 2009  
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