Un désaveu qui irrite

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 16 mars 2009

En affirmant que la stratégie industrielle élaborée sous l'autorité du ministre de l'Industrie et de la Promotion n'a pas encore été adoptée en Conseil des ministres et qu'elle n'est par conséquent pas au stade de la mise en oeuvre, comme l'a laissé entendre ce dernier, Ahmed Ouyahia a en fait révélé que la question du quoi faire pour remédier à la panne économique dans laquelle se trouve le pays divise toujours la classe dirigeante.

Sa sortie a, ce qui est normal, suscité des interrogations sur les motifs qui ont poussé le Premier ministre à désavouer publiquement un membre du gouvernement appartenant au premier cercle des proches collaborateurs du chef de l'Etat. Mais elle a surtout, semble-t-il, irrité en haut lieu, où l'on n'aurait pas apprécié qu'en cette période électorale, Ouyahia s'avise de remettre au-devant de la scène la problématique de la stratégie industrielle en laissant sous-entendre que l'action gouvernementale est en fait menée jusqu'à présent en l'absence d'un cadre de cette sorte.

Ce qui n'est pas digérable pour le proche entourage présidentiel et les concepteurs du discours électoral de la campagne de Bouteflika, c'est que les affirmations d'Ouyahia sont venues battre en brèche le credo sur lequel a été bâtie la théorie de l'indispensabilité pour le pays d'un troisième mandat présidentiel pour Bouteflika. Ce credo pose en effet que durant ses deux précédents mandats, Bouteflika a mis en oeuvre, entre autres, une stratégie économique qui a amorcé le redressement du pays en ce domaine, que lui seul est à même de poursuivre et de mener à bonne fin, qui est le développement durable de l'économie nationale. Un troisième mandat pour le président sortant serait, pour cette raison, la condition source de la stabilité et de la continuité nécessaires menant à cet objectif.

Or, ce que Ouyahia a soutenu mercredi dernier apporte implicitement de l'eau au moulin des opposants à un troisième mandat. Ce qu'il a déclaré est pour eux la confirmation de ce qu'ils dénoncent dans la gouvernance de Bouteflika. A savoir que dans le domaine économique, l'Algérie n'a pas encore une politique claire après une décennie de gestion sous le mandat du président sortant. La nouvelle stratégie industrielle concoctée par Temmar devait être l'axe de la propagande présidentielle.

Maintenant que Ouyahia l'a descendu en flèche en n'y voyant qu'un dossier resté à l'état de «théorie», il risque d'y avoir cacophonie dans le discours économique du camp présidentiel durant la campagne électorale. Ce n'est pas Louisa Hanoun, la candidate du PT, qui va se désoler qu'il en soit ainsi, elle qui a dénoncé avec constance les errements du pays dans le domaine économique.

Au-delà même de cette cacophonie dont les propos d'Ouyahia peuvent être la cause dans le discours électoral du camp présidentiel, il est que c'est le sérieux de l'Etat algérien qui en prend un sacré coup. Ce n'est pas en étant présenté comme naviguant à vue sur les questions économiques et incapable de se déterminer de façon consensuelle sur une stratégie en ce domaine que cet Etat convaincra en effet les partenaires potentiels étrangers de l'Algérie d'accompagner les plans de relance de son économie.

 
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Présidentielles 2009

 
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