|
|||||
|
Élection présidentielle 2009 Quel avenir pour le camp démocratique ?El Watan, 18 janvier 2009 En annonçant le gel des activités publiques du RCD jusqu’à l’élection présidentielle, Saïd Sadi lance en parallèle une autre initiative politique. Il appelle le FFS à « l’union » et affirme par ailleurs qu’« il ne faut écarter aucune disponibilité, qu’elle soit individuelle ou organisée dès lors que l’on s’émancipe des affrontements claniques ». Nous n’avons pas encore la réaction du parti de Hocine Aït Ahmed, que nous avons tenté de joindre hier, en vain, à la proposition du leader du RCD. Mais force est de constater qu’hormis ce brin d’espoir ou de rêve, du rassemblement démocratique, que caressent toujours et depuis longtemps des pans entiers de la société, tout baigne dans le pessimisme. Après avoir connu l’ouverture démocratique la plus osée et la plus franche dans le tiers-monde, l’Algérie a pris, par la force des choses, le chemin inverse pour se diriger droit vers la pire autocratie que la région n’ait jamais connue. On y est déjà depuis quelques années ! La fermeture des champs politique et médiatique a replongé le pays dans le monolithisme d’antan. Il faut bien l’admettre, tous les acquis démocratiques arrachés, de haute lutte, et parfois dans le sang, ont été repris. Beaucoup disent que ces acquis qu’on pleure aujourd’hui ont été tellement mal entretenus qu’il a été très facile au pouvoir de les reprendre l’un après l’autre. Le dernier est cet acquis constitutionnel qu’est l’alternance au pouvoir, consacré par la limitation des mandats présidentiels, bien qu’il n’ait jamais été traduit dans les faits. Le 12 novembre 2008 s’est éteint, en fait, le dernier rayon de l’espoir démocratique né en février 1989 avec la consécration de la première loi pluraliste, pour enfoncer de nouveau le pays dans la longue nuit glaciale d’un régime autocratique qui se proclame désormais au grand jour. 20 ans après, les plus téméraires des militants démocratiques ont fini, semble-t-il, par se résigner. « Les perspectives sont inexistantes », disait Saïd Sadi dont le parti, le RCD, a décidé jeudi dernier de ne pas prendre part à l’élection présidentielle d’avril prochain. Jusqu’au 12 novembre 2008, il était, estime-t-il, « possible, en théorie, d’activer en tant qu’opposant dans les institutions. L’ancienne Constitution aménageait, selon lui, malgré de sérieuses lacunes, des niches au débat contradictoire au Parlement dans la mesure où le gouvernement était responsable devant l’Assemblée ». Ce n’est plus le cas. Le verrouillage du jeu institutionnel, le plombage des champs politique et médiatique donnent ainsi autant de raisons au leader du RCD d’annoncer la suspension ou le gel des activités publiques du parti jusqu’à l’élection présidentielle. « La participation à une telle compétition qui serait synonyme de compromission dans une opération d’humiliation nationale. Refuser de s’y impliquer est à la fois un devoir civique et une exigence de respect pour notre histoire », a-t-il souligné. Mais cette situation induite par le retour masqué au parti unique finira-t-elle par réunir les démocrates ? Ils sont presque dos au mur, et il est paradoxal que les positions des uns et des autres se rejoignent, que ce soit sur la question de la révision de la Constitution, sur la prochaine élection présidentielle ou sur l’analyse de la situation du pays, sans que cela ne soit traduit concrètement par un rassemblement ou une alliance. Un tel projet est-il possible à présent ? Nous avons vu comment des initiatives aussi généreuses que le Rassemblement pour la République (RPR) envisagées au début des années 1990 ou encore le projet des états-majors des patriotes républicains ont buté sur des divergences surmontables en théorie mais indépassables sur le terrain de la réalité du camp des démocrates algériens. Il y a énormément de leçons à tirer de ces échecs, qui ont permis au pouvoir de se réapproprier les espaces qu’il a perdus. Faut-il encore, au point où en sont les choses, qu’il y ait le déclic qui enclencherait cette dynamique de rassemblement. Au jour d’aujourd’hui, on en est encore au stade des vœux. On craint que l’étau ne se resserre davantage au lendemain de l’élection présidentielle. Par Said Rabia Adel Abderrezak. Ancien porte-parole du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) « La vitrine démocratique n’intéresse plus le pouvoir politique »El Watan, 18 janvier 2009 - Qu’est-ce qui explique, d’après vous, le désintérêt de la classe politique pour l’élection présidentielle 2009 ? - C’est une élection qui n’a rien d’une dynamique électorale. Cela renvoie fondamentalement à la résignation profonde qui s’est installée dans la société d’une façon générale, au scepticisme très sévère qui, intellectuellement, travaille l’intelligentsia. Cela renvoie aussi à l’incapacité du politique, des partis d’opposition, y compris à pouvoir porter une autre alternative au champ politique dominant. - Il semblerait que le pouvoir politique trouve des difficultés à recruter des « candidats » à même de servir de caution d émocratique. Situation d’impasse, selon vous ? - Oui, même si cela ne doit pas être pour le pouvoir une préoccupation essentielle. Jusque-là, la vitrine démocratique (d’une élection) servait surtout de leurre pour l’extérieur, mais les rapports de force (changeants) sur la scène internationale, la mondialisation et ses relais politiques ont fait que les puissances de ce monde s’accommodent très bien de l’autoritarisme du pouvoir politique algérien. Tant que les mécanismes fondamentaux, qui portent le système, le politique au sens « pouvoir », sont encore intacts, les règles du jeu seront inchangées même si ces dernières sont parfois perturbées par des logiques un peu émeutières, des mouvements spontanés. On l’a constaté récemment lors des marches de soutien à Ghaza, cela peut inquiéter le pouvoir politique parce que ça traduit une colère qui se fixe sur Ghaza, mais qui renvoie sur un quotidien (social) beaucoup plus désespéré. - Que changera-t-il d’après vous dans l’Algérie post-élection présidentielle ? - Sur ce plan, je suis fondamentalement pessimiste. Je ne vois pas de configuration nouvelle qui se dessine. Sauf surprise. L’Algérie de 2009 ressemblera tristement à celle d’avant. Les Algériens seront pris par leur quotidien désespérant, les élites occupées par leur carrière. Il reste le mouvement social, organisé ou pas, les manifestations, les grèves, tout ce qui peut en somme perturber les faux consensus existants. Peut-être aussi ces bouts de réveil intellectuels qui s’expriment plus par des pétitions on-line que par un activisme public. En dehors de cela…. - Les partis de l’opposition semblent complètement tétanisés par la situation politique prévalant dans le pays. Pourquoi déserte-t-on le jeu politique ? - Ces partis ne sont plus dans le jeu de l’alternative. Ils ne sont plus dans le jeu pour construire une alternative potentiellement attractive pour la population, les couches populaires et moyennes. Il y a une sorte d’aseptisation du politique qui fait que même certains partis supposés de l’opposition – opposants eu égard à leurs programmes – ont des difficultés réelles d’apparaître crédibles dans leur opposition. Je ne parlerai pas du RCD qui exprime une sorte d’aveu réel d’inutilité en voulant geler ses activités ; le FFS, qui malgré une totalité toujours radicale quant au pouvoir politique, est souvent décalé par rapport à la réalité sociale, à celle des mouvements sociaux. Il reste le discours critique du programme libéral du gouvernement développé par Louisa Hanoune, mais là aussi, il se fait vite rattraper par la réalité du « consensus » dans lequel se sont empêtrés le Parti des travailleurs et sa secrétaire générale avec le pouvoir politique. Les autres partis, par contre, nous interpellent sur une chose, à savoir ce qu’est la définition d’un parti politique en Algérie ! - L’aveu du président du RCD qui évoquait jeudi une probable « mise au frigo » de son parti ne rejoint-il pas une autre réalité, celle d’une démission collective, non assumée publiquement des formations politiques se réclamant de l’opposition ? - Et il n’est pas le seul. En gros, Saïd Sadi a voulu nous dire : « Je suis incapable, je suis inutile et je me mets entre parenthèses en attendant des jours meilleurs. » Ce sont des formations qui, encore une fois, n’arrivent pas seulement à se faire entendre par le pouvoir politique mais qui n’arrivent pas à accrocher la société. C’est une chose que de se faire entendre et c’en est une autre que d’être dans la proximité de la société, de ses pulsions, espérances, contradictions, dans ses espaces. L’enjeu c’est toujours la société, c’est d’abord cela et c’est après qu’on pourra parler de politique comme programme de pouvoir. Par Mohand Aziri |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||