Inquiétant monolithisme politique et économique

Le 9 avril et après ?

El Watan, 22 mars 2009

L’économie algérienne pouvait probablement résister « deux ou trois » ans avec un pétrole entre 40 et 50 dollars, le niveau actuel des prix.

La prévision était du ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, qui, au début de la crise financière internationale, avait estimé que le pays devrait recourir encore une fois à l’endettement si, au terme de cette période, la crise n’était pas résorbée. M. Khelil pense toutefois – et l’espère bien – que d’ici à la fin de l’année, le prix du baril du pétrole remontera à 60 dollars. Le ministre fonde son pronostic sur d’hypothétiques mesures que le G20, dont la réunion est prévue le 2 avril prochain à Londres, va prendre pour relancer l’économie mondiale. Encore une fois, il faut toujours le déceler entre les lignes des déclarations des responsables, l’avenir de l’économie algérienne dépendrait, inévitablement, de l’extérieur. Faut-il comprendre pas là, comme toujours d’ailleurs, que nous ne sommes pas maîtres de notre destin ? L’embellie financière n’a pas aidé le pays à quitter la zone de turbulences. Il replongera dans l’abîme sitôt la cagnotte générée par les hydrocarbures épuisée. Pourquoi ?

Ceux qui sont aux affaires se sont peu souciés de trouver une alternative à une économie rentière fondée sur le seul secteur des hydrocarbures. Des voix se sont élevées, pourtant, pour avertir du danger que représente une telle situation : l’exploitation abusive de nos richesses du sous-sol hypothéquerait l’avenir des générations futures. Mais l’on continue tout de même à faire croire, par le biais d’un matraquage médiatique des plus violents et des plus osés aussi, que l’économie nationale ne s’est jamais portée aussi bien ; il y a même 150 milliards de dollars dans la cagnotte que le président candidat brandit comme un trophée. Le problème méritait qu’on ouvre un large débat. Cela n’a pas été le cas. Le sujet irrite les tenants du pouvoir. Ce serait, donc un crime de lèse-majesté que de dire que quelque chose ne va pas ou va mal dans « la République de Platon ». Car oser une critique à l’égard du bilan du président candidat est presque assimilé à un acte réfractaire qui mettrait son auteur en mauvaise posture. Le rideau est tombé. Plus de débat autour des questions qui engagent sérieusement l’avenir du pays. Et ce n’est certainement pas la folklorique campagne électorale de la présidentielle qui le fera. Il est triste de constater que c’est moins l’avenir du pays qui inquiète, mais bien évidemment le spectre de l’abstention qui pèse sur une élection jouée d’avance. Tout est toléré pour appâter les citoyens, les convaincre à venir remplir les urnes. Le reste, tout le reste, est littérature. Sauf que l’éthique politique aurait au moins recommandé à ceux qui sont aux affaires de réfléchir à des stratégies à même de réparer la panne de développement dont souffre le pays. Entendons-nous bien : ce n’est pas l’augmentation de la bourse qui va sortir l’université algérienne de sa léthargie ; ce n’est certainement pas l’effacement de la dette des agriculteurs qui relancera le secteur et ce n’est pas non plus les 3000 DA de plus au SNMG qui vont résoudre les problèmes des ménages qui font face à un quotidien de plus en plus difficile à cause de la cherté de la vie. Après le 9 avril, beaucoup guetteront l’application des mesures sociales et la traduction sur le terrain des promesses qui leur sont faites, mais et après ? L’Algérie, qui n’a pas pu faire décoller sa machine économique en dehors des ressources non-renouvelables du sous-sol et n’a fait que bricoler la réforme de son système financier, ne pourra certainement pas se relever en deux ou trois ans. Aurons-nous le temps de remonter la pente ? La question est presque taboue.

Par Said Rabia


Bouteflika à Tlemcen : « La réconciliation nationale sera encore plus vaste »

Hier à Tlemcen, le président candidat, qui devait consacrer son discours à la santé, s’est finalement « perdu » dans des sujets d’ordre général : le travail, la réconciliation nationale, l’emploi, le logement et, pour joindre « l’utile à l’agréable », a titillé les Tlemcéniens en ces termes : « Vous êtes d’essence amazighe, mais andalou de culture, de civilisation… »

Tlemcen De notre bureau

Louant les services de sécurité tous corps confondus, il dira : « Certes, il y a eu des dépassements, mais ils ont défendu le pays. » Concernant les terroristes, il indiquera : « Ce n’est pas à moi qu’ils doivent demander des droits, mais au peuple. » Et d’ajouter : « Dans le troisième mandat, la réconciliation nationale sera encore plus vaste, mais les intéressés doivent être patients. Déjà, que j’ai eu du mal à convaincre le peuple à pardonner… et puis, la réconciliation sera suivie d’aides. » Se rappelant qu’il était en campagne, M. Bouteflika confiera : « Votez pour ou contre moi, mais votez pour le candidat qui vous aura convaincu par ses réalisations. Regardez ce qui a été fait durant dix ans, et puis pour que notre voix soit entendue à l’étranger, il nous faut un homme fort, dont la voix porte. Rappelez-vous, quand des Israéliens tuaient à Ghaza, aucune réunion ne s’était tenue pour arrêter le massacre. Et si c’étaient les Israéliens qui avaient été attaqués ? » Passant d’un sujet à un autre, il s’adressera à la femme : « La femme doit être chirurgienne, cardiologue, ingénieur, pas seulement infirmière… » En tout, l’assistance composée de cadres de la santé, qui s’attendait à des révélations ou à des décisions, comme l’augmentation des salaires, a vite déchanté. Hier, Bouteflika a été accueilli comme il se doit. C’est vrai qu’il était chez lui…

Par C. Berriah


 

Louisa Hanoune à Bouira

« Non à la remise en cause des acquis démocratiques »

L’avenir nous donnera raison et l’Algérie saura reconnaître ses forces vives », a déclaré Louisa Hanoune hier, lors d’un meeting animé à Bouira, en évoquant la situation économique du pays qui, selon elle, obéit aux injonctions du néo-libéralisme débridé et aux impératifs de la mondialisation rampante.

Devant un public acquis à ses thèses, la responsable du PT n’a pas manqué de plaider pour une participation massive à la présidentielle d’avril 2009, arguant du fait qu’« il est temps de matérialiser la rupture avec le système et de sacraliser le multipartisme ». Commentant la décision du président de la République, ayant trait à l’effacement des dettes des agriculteurs que d’aucuns qualifient de populiste, l’oratrice s’est dite « acquise à cette idée » pour peu qu’elle n’efface pas les dettes de la mafia et des spéculateurs du secteur agricole ayant spolié des terres et pillé les différents fonds institués par l’Etat à l’effet d’accompagner le petit fellah. Revenant sur la question sécuritaire, Mme Hanoune a affirmé que « l’argument sécuritaire que fait valoir le système ne doit plus être un prétexte pour remettre en cause les acquis démocratiques arrachés de haute lutte encore moins permettre le musellement de la presse indépendante ».

Par ailleurs, l’oratrice a décoché des flèches à l’endroit des députés qu’elle accuse tout bonnement d’avoir « failli à leur mission de représentants du peuple » , réduits par le pouvoir au rôle de simples fonctionnaires goulûment rétribués pendant que le petit ouvrier, poursuit-elle, se morfond dans l’indigence et la misère. La candidate a promis qu’une fois élue, elle ferait tout pour préserver l’unité nationale, et ce, préconise-t-elle, par l’officialisation de tamazight en tant que deuxième langue nationale. Par ailleurs, lors d’un meeting animé également hier à la salle omnisports de Dellys, dans la wilaya de Boumerdès, la porte-parole du PT a déclaré que son parti n’est pas responsable de la situation malheureuse que vit le pays et que le PT n’a fait que mener une lutte infatigable pour la dignité nationale.

Critiquant la politique de bradage des entreprises publiques au profit des privés, Mme Hanoune a estimé que la réouverture des entreprises fermées est une nécessité, « sinon les travailleurs se rabattront sur les emplois précaires. Notre pays a les moyens de créer des milliers de postes d’emploi permanents. Cela, bien sûr en récupérant les 140 milliards de dollars déposés dans des banques étrangères », a dit l’oratrice. « Le PT veut être à l’origine d’une rupture politique radicale avec les pratiques actuellement en cours dans le pays », a ajouté la secrétaire génarale du PT. Abordant le phénomène des harraga, Mme Hanoune a dit : « Si les jeunes pouvaient accéder à des postes d’emploi dignes, ils ne risqueraient jamais leur vie en mer. » La candidate à la présidentielle a appelé aussi l’assistance à voter massivement le 9 avril.

Par Ahcène Saoudi


Moussa Touati à Guelma

« La dissolution de l’APN est notre premier objectif »

Le candidat à la magistrature suprême Moussa Touati et premier homme fort du Front national algérien (FNA) a appelé, hier, lors de son meeting à Guelma, à un vote massif le 9 avril prochain.

D’emblée, Moussa Touati martèlera : « Les élus de l’Assemblée populaire nationale (APN) ne représentent pas le peuple algérien car ils ne représentent qu’eux-mêmes et les intérêts de ceux qu’ils servent » ; et d’ajouter : « La dissolution de l’APN est notre premier objectif en cas de victoire. » Ainsi, l’intervention du patron du FNA s’articulera essentiellement autour de la situation sociale du citoyen, en chute libre, tout en évoquant les disparités sociales créées par le favoritisme et le clanisme. Pour ce qui est de l’économie, le blanchiment de l’argent sale dans la privatisation des entreprises nationales est venu, dira-t-il, du passage de l’Algérie d’un régime socialiste à un libéralisme anarchique. Dans cette optique, Moussa Touati dira : « Les lois seront toutes revues et corrigées pour ensuite être soumises, pour approbation, au peuple. »

Par Karim Dadci


 
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Présidentielles 2009

 
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