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Réconciliation nationale, société civile et «khbardjia»Le Quotidien d'Oran, 27 décembre 2006 Bouteflika tombera à bras raccourcis sur la société civile et identifiera ceux de ses animateurs qui «fréquentent les salons, les ambassades ou les étrangers» de «khbardjia ». Le président de la République a affirmé hier que par la voie des dispositions de la charte sur la paix et la réconciliation nationale «nous avons apporté des solutions à 80.000 cas». Il note aussi que 200 cas «venus de l’extérieur» ont été réglés. Il se refuse cependant de limiter dans le temps la mise en oeuvre de cette loi. «Nos coeurs restent ouverts, je le dis et je le répète et j’assume mes responsabilités, devant vous, devant le peuple et devant Dieu», a-t-il martelé. Ceci en avouant que ce n’est pas de gaîté de coeur qu’il a opté pour cette démarche. «Je n’ai pas d’autres choix ni d’autres solutions, et vous n’en avez pas non plus. Je l’ai pris et il était amer. Mais sachez que nous ne sommes pas des mercenaires ni que nous sommes venus pour vendre le pays ou marchander ses valeurs». Il refuse d’avoir eu un parti pris pour qui que ce soit et «si j’en ai un c’est celui pour le pays et la Constitution est claire: l’Islam est religion de l’Etat». Il crie: «non à l’extrémisme et non aussi à l’exploitation, nous voulons une Algérie moderne et la modernité n’est ni de l’Est ni de l’Ouest». Sa juste mesure: «la réconciliation nationale et la lutte contre le terrorisme jusqu’à sa totale éradication». Le président de la République dit à qui veut l’entendre «personne ne me demande des comptes, je n’ai de compte à rendre qu’au peuple!» Il n’épargnera pas la société civile de ses reproches et accusations. «Il faut qu’on parle même brièvement de la société civile, il faut qu’elle oeuvre pour le pays et pour le pays seul», a-t-il lancé en avouant dévoiler sa crainte des ONG qui financent les associations algériennes. «Je n’ai jamais vu que l’étranger veut du bien au pays, il faut que la société civile soit nationaliste», demande-t-il. Il appelle les privés algériens «vous qui avez les moyens», à aider les associations en leur donnant «un dollar au lieu de trois et ne laissez pas les étrangers s’ingérer dans nos affaires internes». Il s’interroge: «qui a permis aux ONG de s’ingérer dans les affaires de l’Etat, si ce ne sont les services étrangers?!?» Et à ceux qui «fréquentent les salons, les ambassades, les étrangers», il lance: «si c’est pour le bien du pays, bienvenue, mais si c’est pour être «khbardjia» contre notre pays, non!» Il en appelle à «une prise de conscience de la société civile parce que nous avons besoin d’elle, de sa mobilisation mais avec les moyens du pays». Mais s’interroge-t-il, encore une fois, «où sont les sponsors? Parce que ceux qui demandent des crédits aux banques, on les leur donne mais lorsqu’on a besoin d’eux, ils sont absents ou ils nous envoient un paquet de gaufrettes!» Il exige de réglementer la création et le fonctionnement des associations et la société civile dans son ensemble. «Nous ne sommes pas prêts à marchander notre indépendance, notre silence à ce sujet ne signifie pas qu’on est d’accord, chacun doit prendre ses distances (sabôu)», dira-t-il en s’appuyant sur un proverbe algérien. Au titre de la solidarité nationale, le président appelle les collectivités locales à ouvrir des ateliers sur l’action sociale. A propos de la conclusion d’un pacte national économique et social, il rendra hommage aux partenaires sociaux «particulièrement au syndicat et au patronat» et saluera Sidi Saïd pour ses efforts à cet effet. Il reprendra son discours sur les binationaux pour leur exiger, encore une fois, de choisir une seule nationalité. Il leur reprochera de «vouloir rentrer au pays d’un million et demi de martyrs avec le passeport français alors que vous détenez le passeport algérien». Il reparlera encore du nationalisme lorsqu’il dira: «je vois ces jeunes qui veulent partir après que le pays les ai formés (...) » « L’économie de rente, personne ne peut me dire qu’il ne sait pas ce que c’est», dira-t-il pour souligner la nécessité d’une réflexion sur l’après-pétrole. Notant que le secteur des hydrocarbures ne participe dans la création de l’emploi qu’à hauteur de 3,5%, le président appelle «à prendre les mesures nécessaires pour préparer l’après-pétrole». Et promet, par ailleurs, à «ceux qui ont de l’argent et investissent dans le pays, qu’on leur donnera l’autorisation pour faire sortir leurs gains à l’étranger». A condition «qu’ils ne viennent pas demander des crédits pour ouvrir un magasin pour réparer des bicyclettes». A ceux qui l’ont donné pour partant à La Mecque pour accomplir le hadj, Bouteflika lancera: «je resterais parmi vous les jours à venir, je ne vais ni à l’Est ni à l’Ouest». G.O. Les portes de « la réconciliation » restent ouvertesEl Watan, 27 décembre 2006 Le président Bouteflika entend poursuivre la politique de réconciliation. « Nos cœurs restent ouverts à tous ceux qui retrouvent la voie de la raison (...) J’assume mes responsabilités devant vous, devant le peuple, Allah et l’Histoire », a-t-il déclaré hier, lors d’un discours face aux cadres de la nation à Club des pins. « Nous avons dû remonter beaucoup d’obstacles », a-t-il ajouté. Le peuple, selon lui, a adhéré en masse à la charte sur la paix et la réconciliation nationale qui, depuis fin août 2006, a, officiellement, cessé d’exister. « L’évaluation de la mise en œuvre des textes d’application de la charte pour la paix et la réconciliation nationale ne laisse place à aucun doute quant à la prise en charge adéquate de tous les citoyens et de toutes les familles touchées (...) par la tragédie nationale », a-t-il dit. Selon lui, les commissions de wilaya chargées d’examiner les dossiers de ces familles ont étudié presque quatre-vingt mille cas. Deux cents Algériens vivant à l’étranger ont bénéficié également des dispositions de la charte dont un bilan complet devrait être publiable courant janvier 2007. « J’ai dû prendre du poison chaque jour pour permettre une application de cette charte. Je n’avais pas le choix. Il fallait le faire pour mettre le pays sur le rail et instaurer la paix (...) L’Algérie se doit de se réconcilier avec elle-même », a-t-il dit, indiquant que la lutte contre le terrorisme sera implacable. Elle ne saurait connaître le moindre répit, « jusqu’à l’éradication totale et complète de ce fléau destructeur qui, bien que définitivement vaincu, continue d’exiger une vigilance sans faille ». Le RND, parti d’Ahmed Ouyahia, ex-chef du gouvernement, est le premier à se féliciter de cette position, à travers un communiqué rendu public hier. Aux journalistes qui l’avaient entouré avant l’allocution du chef de l’Etat, le ministre de l’Intérieur a confié que l’attentat de Bouchaoui (ouest d’Alger), qui avait ciblé des employés d’une entreprise américaine, n’a eu aucun impact. D’après Yazid Zerhouni, ses concepteurs cherchaient l’effet du sensationnel. Bouteflika a déclaré veiller sur l’indépendance du pays qui ne doit pas être « la proie d’extrémisme ou d’exploitation ». A qui est imputable « l’exploitation » ? Mystère. « Nous ne devons rendre compte, après Dieu, qu’au seul peuple algérien pour ce que nous avons fait pour lui et pour notre patrie », a-t-il précisé. « Les jeunes qui avaient dix ans en 1990 n’ont vu que l’horreur de la destruction et de la violence. Comment peut-on leur parler du 1er Novembre ou de la patrie. L’école se comporte comme si le patriotisme était un instinct. N’est-ce pas si Boubekeur ? », a-t-il lancé interpellant le ministre de l’Education. Il a reproché aux jeunes de vouloir quitter l’Algérie. « Vous oubliez que ce pays vous a formés, éduqués et nourris », a-t-il dit presque avec dépit sans expliquer les raisons qui poussent les harraga à se jeter dans la mer. Comme il n’a pas semblé porter dans son cœur les porteurs de deux nationalités. « Certains Algériens, qui ont des passeports nationaux, sollicitent nos consulats en France pour avoir des visas de séjour pour l’Algérie. Merci pour les un million et demi de martyrs. Merci pour le pays. J’admire la Mauritanie qui a décidé d’enlever la nationalité à tous ceux qui se font naturaliser dans d’autres pays », a-t-il déclaré. Bouteflika s’est attaqué aux hommes d’affaires algériens qui ne se mêlent pas assez dans la société civile et le mouvement associatif. Il a critiqué l’action des ONG qui, selon lui, ne sont pas mues par l’amour de l’Algérie. « Ne croyez pas que l’étranger vous veut du bien ! (...) Si nous fermons les yeux, cela ne veut pas dire que l’on est consentant », a-t-il lancé. Se « mélanger » aux étrangers doit, selon lui, aller dans le sens de l’intérêt du pays, pas le contraire. Sans nommer personne, il a reproché à des Algériens de se faire des « khbardjia » (mouchards) des ambassades. « La conscience nous manque. Nous ne sommes pas assez politisés », a-t-il dit. « Nous avons nos problèmes qui nous occupent suffisamment sans nous impliquer dans des mouvances internationales dont les objectifs ne s’inscrivent pas dans l’ordre de nos priorités nationales. Nous voulons faire avancer notre pays, le faire émerger en lui redonnant son poids spécifique par rapport aux autres pays, sans renoncer à nos principes (...) Nous n’avons pas d’autre intention, encore moins la prétention de refaire le monde », a déclaré le chef de l’Etat. L’Algérie semble s’acheminer vers une remise en cause en profondeur de son engagement diplomatique tel que développé jusque-là. Faycal Metaoui
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