A l’occasion du 28e anniversaire du décès de l’ex-Président

Les Russes honorent Boumediene en l’absence des… officiels algériens

par Halim Mouhou, Le Jeune Indépendant, 28 décembre 2006

Les premiers journalistes arrivés quelques minutes avant 13 heures, heure prévue pour le début de cette cérémonie, étaient surpris de voir l’ambassadeur, à bord de son véhicule officiel, quitter le cimetière d’El-Alia sans animer le point de presse annoncé dans les invitations adressées, la veille, aux organes de la presse nationale.

Selon les gardiens du cimetière, aucune personnalité officielle n’a accompagné le diplomate russe. Celui-ci était escorté par un seul véhicule seulement, et au bord duquel étaient venues des «personnes au teint européen». Selon les mêmes témoins oculaires, l’ambassadeur de Russie a déposé la gerbe de fleurs en présence de la seule équipe de la télévision algérienne, avant de quitter le cimetière «à la va-vite».

Pourtant, l’invitation adressée aux journalistes algériens et signée par l’attaché de presse de l’ambassade de Russie, M. Sergey Gogolev, précisait bien que Son Excellence M. l’ambassadeur «voudrait bien faire un point sur le développement des relations algéro-russes au cours de l’année 2006», à l’issue de cette «cérémonie officielle».

Elle invite même les représentants des organes de presse à «assister à cette petite conférence de presse improvisée». Pourquoi M. Titorenko a-t-il quitté le cimetière avant même l’heure prévue pour le début de cette cérémonie ? Pourquoi n’a-t-il pas animé le point de presse prévu ? En l’absence de l’attaché de presse, M. Gogolev, le chargé du protocole à l’ambassade de Russie à Alger, M. Fedorine, joint hier par téléphone, nous a indiqué que l’ambassadeur était bel et bien au cimetière d’El-Alia, à 13h.

Il nous a précisé que «Monsieur l’ambassadeur n’a pas animé le point de presse prévu parce qu’il n’y avait pas de journalistes sur place et (que) l’équipe de la télévision s’est contentée de filmer sans lui poser de questions». Il est à noter que les journalistes des principaux journaux nationaux sont arrivés sur les lieux, juste après le départ de l’ambassadeur.

Le 3e secrétaire de la même ambassade, joint également au téléphone, et tout en précisant qu’il n’est pas habilité à faire de déclarations à la presse, nous a indiqué, «à titre personnel», a-t-il tenu à préciser, que «cette gerbe de fleurs est un hommage que l’ambassade a voulu rendre au président Houari Boumediene sous le règne duquel les relations entre l’Algérie et la Russie se sont beaucoup développées».

C’est la première fois, faut-il le souligner, qu’un ambassadeur d’un pays étranger, accrédité à Alger, décide de se recueillir «officiellement» sur la tombe du président algérien, décédé il y a 28 ans. La gerbe déposée par M. Titorenko est composée de fleurs rouges ornées d’herbes vertes et ceinte d’un ruban aux couleurs du drapeau russe.

Deux cartes y sont épinglées. On pouvait lire sur la première : «Avec profond respect, Vladimir Titorenko, ambassadeur de la Fédération de Russie en Algérie.» La deuxième exprime, quant à elle, «le profond respect» de l’ambassade de Russie.

La gerbe de fleurs de M. Titorenko s’est mêlée aux quelques autres gerbes déposées par ceux qui n’ont pas encore oublié feu Boumediene. Le gardien du cimetière nous a fait savoir, en effet, que des personnes, des délégations d’organisations de la société civile, en plus de la veuve du défunt Président, ont défilé, séparément, dans la matinée d’hier, pour se recueillir sur la tombe de Boumediene.

Sur les cartes agrafées sur les différentes gerbes, on peut citer, pêle-mêle, celles de l’UNJA, de l’UNEA, du Forum des Algériens libres, ainsi que celles de quelques APC telles Bab Ezzouar et Kouba. Aucun officiel par contre n’a été remarqué, du moins «reconnu», par le gardien du cimetière.

Il est vrai que le souvenir de celui qui fut surnommé «le père du peuple», et de la vision de laquelle se revendiquent beaucoup de nos «officiels», risquerait de «heurter» leurs consciences. Surtout en cette période où le dossier de la corruption «des biens du peuple» est revenu au devant de la scène nationale.

H. M.

   
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