Le Président a ordonné de rendre publique sa maladie

El Watan, 17 décembre 2005

La présentatrice du journal télévisé de 20h de la chaîne algérienne a lu hier un commentaire non signé indiquant qu’il « n’était point insolite que le Président ait une maladie et qu’il ordonne lui-même d’informer son peuple et l’opinion publique de sa maladie à travers les médecins et les institutions loin du spectaculaire et du mensonge ». L’auteur anonyme du commentaire, lu en ouverture du JT, dit « regretter » les « rumeurs et l’imagination de certains médias étrangers ». Le commentaire évoque « la compréhension des Algériens qu saisissent que les dirigeants peuvent gérer les affaires du pays même en période de convalescence ».

Adlène Meddi


Maladie du président de la république

Où est la vérité ?

El Watan, 17 décembre 2005

Ahmed Ouyahia, le chef du gouvernement, a déclaré, jeudi à l’agence officielle APS, que selon les informations qu’il recueille « quotidiennement auprès de l’équipe se trouvant aux côtés du chef de l’Etat à Paris, y compris le professeur Messaoud Zitouni, la convalescence du président Bouteflika se déroule de manière parfaite ».

C’est la quatrième fois qu’Ouyahia s’exprime sur l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika, 68 ans, hospitalisé à Paris depuis le 26 novembre dernier, et qui aurait été opéré, selon l’unique bulletin médical daté du 5 décembre et signé par le professeur Messaoud Zitouni, d’un « ulcère hémorragique au niveau de l’estomac ». M. Ouyahia a « fermement démenti », selon l’APS, « les rumeurs insensées, véhiculées par certaines sources étrangères, au sujet de l’état de santé de Abdelaziz Bouteflika ». Aucune idée cependant sur ces « sources ». « L’absence à ce jour d’un communiqué médical, depuis celui déjà émis par le professeur Zitouni, est tout à fait normale. Ce même communiqué contenait l’ensemble des indications appropriées et avait de surcroît précisé que le chef de l’Etat suit la phase de convalescence prescrite par ses médecins », a indiqué le chef de l’Exécutif qui a conclu à l’APS : « La sortie du président Abdelaziz Bouteflika de l’hôpital du Val-de-Grâce interviendra dans quelques jours. » Ahmed Ouyahia ne parle plus du « retour du Président » qui interviendrait, depuis trois semaines, « dans quelques jours », mais il évoque seulement la sortie de l’hôpital. Cela voudrait-il dire que Bouteflika poursuivrait sa « stricte et rigoureuse convalescence » hors de l’Algérie ? Motus et bouche cousue. Ouyahia, qui se veut apaisant sur l’état de santé du Président, a-t-il les moyens de ses assurances ? Le ton laconique maintenu et la nuance entre le fait que c’est à Ouyahia de recueillir les informations et non pas qu’il soit systématiquement tenu informé par des canaux réguliers peuvent appuyer cette thèse. « L’équipe » qui se trouve auprès du chef de l’Etat semble maintenir un embargo sur l’information. Au point que les autorités françaises n’ont trouvé d’échappatoire aux sollicitations des médias qu’en se parant du voile du « secret médical ». Des sources à Alger évoquent une zone d’exclusion communicationnelle, hermétiquement gérée par des proches de Bouteflika. La communication officielle, avec l’épisode du chanteur Mami, semble évoluer loin des canaux de l’Exécutif. A tel point que le parti du chef du gouvernement, le RND, tienne une réunion organique, jeudi à Tizi Ouzou, sans que l’état de santé de Bouteflika ne soit évoqué publiquement. Contrairement au FLN et au MSP, qui formulent des vœux de rétablissement avec discipline, le RND n’a rien dit. Pourtant, les trois partis évoluent dans le cadre d’une alliance, née au lendemain de la réélection de Abdelaziz Bouteflika, en 2004, à la magistrature suprême. Le rôle de « porte-parole » incomberait-il plutôt à Abdelaziz Belkhadem, patron du FLN, parti officiellement présenté comme rival du RND. C’est ce même Belkhadem, également ministre d’Etat, qui avait assuré, le 13 décembre dernier, que le Président « gère à distance les affaires du pays ». Entre les deux frères ennemis, tente de s’infiltrer Mohamed Bedjaoui, ministre des Affaires étrangères, dont les déclarations à la Radio nationale ont été reprises jeudi par Reuters : « Les choses vont bien. Il (le Président) est en bonne santé. Croyez-moi, il n’y a pas de problème. » Les rapports de force entre le RND et le FLN ne remplissent pas toutes les cases vides de l’explication. La communication autour de la maladie ou de la guérison du Président, de la date de son retour surtout, semble emprunter des pistes contrôlées par son entourage familial. Et ce n’est pas - semble- t-il - la meilleure tactique pour mettre fin aux « rumeurs insensées » et à la susceptibilité des Algériens, mis à l’écart par un système qui semble avoir donné sa langue au chat.

Adlène Meddi



La presse Française « s’inquiète »

El Watan, 17 décembre 2005

Trois semaines après son hospitalisation au Val-de-Grâce (France), le président Bouteflika fait le menu des médias français hier.

Chacun y va de son analyse, mais tous suggèrent une situation inquiétante sur son état de santé. Le Parisien, sous le titre « A Alger comme à Paris, on s’interroge sur Bouteflika », écrit que « même si le chanteur Cheb Mami a reçu hier l’autorisation de rendre visite, sans témoins, au président algérien hospitalisé à Paris depuis le 26 novembre, le mystère demeure sur son état. Et nul ne sait qui tient les commandes à Alger ». De même titre le journal Libération : « Inquiétude pour Bouteflika malgré le black-out médical ». « Si on observe le même black-out des deux côtés de la Méditerranée, on évite soigneusement, côté français, de se montrer aussi rassurant que les autorités algériennes », indique-t-il. Ceci avant d’ajouter que « le ton n’est pas à l’optimisme dans les hautes sphères françaises ». Ces sphères françaises, citées par Libération, notent que « les choses se stabilisaient dans le grave, mais qu’il était difficile de penser que celui-ci puisse reprendre des activités vraiment normales ». Le quotidien Libération (socialiste) publie, depuis lundi dernier, une série d’articles en quatre volets intitulée : « Sur l’état de santé de Bouteflika et la transition du pouvoir ». Le journal estime que les questions suscitées par la maladie de Bouteflika « concernent la gestion des affaires courantes du pays, durant l’absence du président algérien, laquelle risque d’être longue du fait de la nature de sa maladie ». L’absence de « nomination d’un vice-président qui expédie les dossiers du pays en attendant le retour du Président » est une de ces questions, selon Libération. « La maladie du ministre d’Etat à l’Intérieur, El Yazid Zerhouni, l’un des hommes forts de l’entourage du président algérien, n’a fait que multiplier les questions sur le successeur de Bouteflika », ajoute ce journal. Pour sa part, L’Express, sous le titre « Le mystère Bouteflika », estime que « l’éloignement prolongé (de ce dernier) de la présidence algérienne et le manque d’informations autour de sa disparition suscitent de nombreuses interrogations ». Le journal relève que « l’opinion publique et la presse algériennes s’inquiètent. Les rumeurs vont bon train, alimentées par un fameux précédent, la mort en 1978 du président Houari Boumediene que les autorités avaient, à l’époque, cachée ». Quant au journal Le Monde, il ne s’est pas empêché de titrer : « L’Algérie anxieuse s’interroge sur l’état réel de son Président ». « Pour la population algérienne, l’inquiétude est de deux ordres : quelle est la véritable nature de la maladie dont souffre le chef de l’Etat ? Que deviendrait l’Algérie au cas où il disparaîtrait ? » écrit ce journal. « En l’absence d’images télévisées montrant le Président convalescent, les rumeurs les plus alarmistes vont bon train », ajoute-t-il. Mais c’est Le Figaro qui choisit un titre carrément alarmant : « Le président algérien souffrirait d’un cancer de l’estomac ». Citant le Pr Bernard Debré qui, jeudi sur France Inter, évoquait cette possibilité, ce journal précise que « les propos du médecin, qui a soigné François Mitterrand pour son cancer de la prostate, contredisent la version officielle fournie par l’unique communiqué médical algérien, transmis neuf jours après l’admission du chef de l’Etat algérien à l’hôpital militaire français. Le texte évoquait en effet une admission pour un ulcère hémorragique au niveau de l’estomac ». Or, ajoute Le Figaro, « il n’était pas question non plus de difficultés rénales alors qu’Abdelaziz Bouteflika a été hospitalisé par le passé pour des problèmes au rein ». Ce journal va plus loin en citant la Société nationale française de gastro-entérologie pour laquelle « le pronostic du cancer de l’estomac est sombre et "en présence de ganglions de métastases, la survie à cinq ans est statistiquement nulle" ». Le Nouvel Observateur aborde dans le même sens en se référant à la déclaration du Pr Debré, même s’il titre « Abdelaziz Bouteflika est vraisemblablement atteint d’un cancer de l’estomac ».

Salah Eddine Belabes

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Cheb Mami : « il rentrera bientôt ! »

El Watan, 17 décembre 2005

Le chanteur raï cheb Mami, contre toute attente, aura été la première personnalité à rendre visite publiquement au président de la République algérien, Abdelaziz Bouteflika, se trouvant à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris, depuis le 28 novembre dernier après avoir subi une intervention chirurgicale au niveau de l’estomac suite à un ulcère hémorragique.

Contacté par téléphone, hier après-midi, Mami affirmera à propos de l’état de santé du Président Bouteflika : « Il va vraiment bien. Je l’ai vu pendant 10 minutes, jeudi vers 17h 30. Il m’a reçu dans sa chambre, dans un fauteuil. Je l’ai trouvé comme quelqu’un de convalescent, souriant, sans perfusions. Il était content de me voir lui rendre visite. Cela lui a vraiment fait plaisir. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il allait bien au moment où je l’ai vu. Le Président m’a demandé quelle était mon actualité et si je donnais des concerts. Je lui ai parlé de mon nouvel album qui sortira en janvier 2006. Je peux vous dire qu’il lit les journaux algériens et ouvre son courrier. Et Dieu sait s’il en a du courrier ! Cette visite était spontanée. Quand j’ai entendu les rumeurs qui circulaient au sujet de sa santé, je me suis présenté à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris. Je n’étais pas sûr d’entrer le voir. On a tout de suite accepté de me laisser rendre visite au Président. Il va bientôt renter en Algérie. Je me suis même demandé pourquoi il ne quitterait pas l’hôpital. Pour vous dire qu’il va bien... » De front, Mami a déclaré, hier, à l’AFP : « Il va vraiment bien. Il m’a ouvert la porte, il a marché jusqu’à son fauteuil, dans un petit salon de sa chambre. Je lui ai dit que j’étais très inquiet, j’avais entendu les rumeurs... On n’a pas parlé de sa maladie... J’ai trouvé quelqu’un de normal, comme d’habitude... Il n’était pas marqué et pas du tout fatigué... »

K. Smaïl

 
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Inquiétude pour Bouteflika malgré le black-out médical (Libération, 15.12.05)

 
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