Le président de la république a quitté l’hôpital hier matin

Les premières images

El Watan, 18 décembre 2005

La présentatrice du journal télévisé de 20h de l’ENTV annonce, sourire optimiste affiché, la diffusion des premières images du président Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé depuis le 26 novembre dernier en France et qui a quitté l’hôpital militaire du Val-de-Grâce hier matin pour une résidence de la région de Paris. L’exacte localisation du lieu reste inconnue.

Puis défilent les images : salon de résidence, fauteuils couleurs carmin, drapeau algérien, le président en complet sombre, démarche lente, visage pâle, entre en compagnie du professeur Messaoud Zitouni. Ce dernier s’installe de biais. Le chef de l’Etat en face de la caméra. Flashs du photographe officiel de la présidence de la République. Le regard du chef de l’Etat semble vague. Un léger tremblement traverse ses mains qui n’arrête pas de solliciter le verre d’eau bleu foncé posé sur la table. Le journaliste de la télévision algérienne Karim Boussalem mène l’interview debout. M. Bouteflika interroge d’une voix fatiguée l’équipe de l’ENTV : « Est-ce que le peuple algérien est un peu inquiet ? Le peuple n’a pas du tout à être inquiet. » « Hamdoulillah pour la santé. Le peuple attend votre retour. Vos discours lui manquent », dit le professeur Zitouni en s’adressant au Président. Ce dernier, sourire serré, yeux inhabituellement écarquillés : « Si on garde toujours la santé, on leur ajoutera des discours. » Et de poursuivre : « C’est la volonté de Dieu. Ce qui s’est passé sera dit ici. Nous n’avons rien caché. Tout sera dit avec précision, clarté et transparence. Il n’y a pas de ruse (hila) avec Dieu. On ne peut être responsable de la oumma et cacher des choses à son peuple. Le professeur Zitouni est là avec moi pour répondre à vos questions, avec mon total assentiment. » « C’est une heure heureuse comme vous le voyez. Nous tranquillisons le peuple algérien, le Président a définitivement quitté l’hôpital du Val-de-Grâce et suit maintenant une convalescence qui a été demandée par l’équipe médicale », reprend le professeur en chirurgie Messaoud Zitouni. Jusque-là, il s’exprimait en arabe, comme M. Bouteflika, avant de parler en français : « Le Président est arrivé à l’HCA (hôpital central de l’armée de Aïn Naâdja à Alger) pour subir des examens approfondis suite à une hémorragie d’origine gastrique. Ces examens ont révélé un ulcère qui nécessitait une intervention chirurgicale. Cette intervention a eu lieu assez rapidement et s’est déroulée dans de très bonnes conditions, rapidement. Les suites opératoires sont favorables, puisque tous les paramètres cliniques et paracliniques étaient dans les normes. » Le praticien a indiqué que ce genre d’opération nécessitait « une période de convalescence de 20 à 21 jours ». « Nous sommes dans les normes et même un peu en dessous », a-t-il ajouté, expliquant que « l’équipe médicale en a profité pour établir un bilan général de la santé du Président. Bilan dont les résultats sont satisfaisants ». Le journaliste de la télévision évoque la publication du seul bulletin médical du 5 décembre. « Le premier examen était complet. Nous avons même parlé dans ce bulletin de la convalescence. On ne voulait pas émettre beaucoup de bulletins alors qu’il n’y avait rien de nouveau ou pour dire juste que la situation s’améliore chaque jour. Un bulletin n’est pas une revue scientifique où on va s’étendre sur tous les détails. Nous avons alors décidé qu’il valait mieux faire un communiqué à sa sortie de l’hôpital », a répondu le professeur. Pendant que le médecin parle, le président se tient silencieux, buvant de temps en temps une gorgée d’eau. « La maladie a été bien prise en charge et le Président est complètement guéri. L’intervention chirurgicale a été banale et a duré moins d’une heure et demie. L’opération consistait juste à arrêter l’hémorragie », a dit le professeur qui a ajouté le recours à un traitement médical. « Le reste, ce sont des spéculations sans bases scientifiques et éthiques. Médicalement, le Président est totalement remis », affirme le professeur Zitouni. Silence. L’équipe de la télévision, le professeur et le Président semblaient figés pendant quelques secondes. M. Bouteflika interpelle Boualem, le photographe officiel de la Présidence : « Alors Boualem, la Présidence s’est-elle reposée en mon absence ? » Rires. M. Bouteflika se lève. Lentement. Il salue et embrasse le photographe et l’équipe de la télévision composée de deux cameramen, d’un preneur de son et d’un accompagnateur. Il se rassoit. Quelques plans d’un visage aux traits tirés. Retour sur le plateau. La séquence a duré 12 minutes.

Adlène Meddi


Bouteflika se trouve dans une résidence parisienne

Le Président a quitté l’hôpital militaire du Val-de-Grâce et poursuit sa convalescence dans une résidence parisienne. L’information a été donnée et confirmée, hier, par le professeur Messaoud Zitouni, médecin qui a accompagné le chef de l’Etat à Paris, depuis son hospitalisation le 26 novembre.

Viennent ensuite les images de la télévision publique, diffusées en direct à 20h, qui authentifient sa sortie effective de l’hôpital. La télévision algérienne - qui a envoyé une équipe à Paris -- montre en effet le président Bouteflika en compagnie du professeur Messaoud Zitouni, et ce, pour la première fois depuis qu’il est malade. Le président Bouteflika dit quelques mots devant la caméra. Puis, c’est le professeur Zitouni qui revient sur la maladie du Président. Sans dire plus que ce qu’il a déjà expliqué durant la journée dans un bulletin médical, le deuxième. Il rassure, une nouvelle fois, sur la « bonne évolution » de l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika. Il dira ainsi que « l’état de santé du président de la République (...) évolue très favorablement et les suites de l’intervention qu’il a subie sont d’un très bon pronostic ». Le professeur a ajouté, dans son bulletin médical laconique, diffusé intégralement par l’APS, que « durant son hospitalisation, ses médecins traitants ont prescrit des examens complémentaires dans le cadre d’un bilan de santé approfondi ». Sa sortie de l’hôpital a été décidée par « ses médecins traitants » après avoir constaté que les résultats des investigations étaient « satisfaisants ». Cependant, par mesure de prévention, « un repos strict » lui a été prescrit avant qu’il ne reprenne « ses activités nationales et internationales ». Le chef de l’Etat entame, dès sa sortie de l’hôpital, son « repos » dans une résidence, située dans la région parisienne. La présidence de la République, qui se limite au contenu du dernier bulletin médical, indique que Abdelaziz Bouteflika se trouve dans « une résidence digne d’un chef d’Etat », refusant d’en ajouter le moindre détail. Même au journal de 20h, on n’a pas précisé dans quelle résidence le Président se trouve. La date de son retour en Algérie n’est pas, non plus, connue. Le palais d’El Mouradia n’en sait pas davantage. Il renvoie la « balle » aux médecins traitants, seuls habilités à définir la durée de ce « repos strict ». De même pour les services de la chefferie du gouvernement. Le ministère français des Affaires étrangères se refuse à tout commentaire. Anne Robert, chef du bureau de la communication de l’hôpital du Val-de-Grâce, se limite à confirmer la sortie du chef de l’Etat de l’hôpital.

Mokrane Ait Ouarabi

 
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