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LE SOMMET AMERIQUE DU SUD-PAYS ARABES Un plaidoyer pour une mondialisation à visage humainDe Notre Envoyé Spécial Au Brésil: Mohammed BENAMAR, Le Quotidien d'Oran, 12 mai 2005 Pour accueillir le sommet des pays sud-américains et des pays arabes, Brasilia n’a pas lésiné sur les moyens. Dans cette capitale du futur, plus de 9.000 soldats et membres d’autres services de sécurité furent mobilisés pour assurer la quiétude d’une rencontre bi-régionale sans précédent qu’il faut mettre au bénéfice du président brésilien, Luis Inacio Lula da Silva. C’est un homme d’Etat qui parie ferme sur l’accroissement des relations diverses et des échanges commerciaux Sud-Sud. L’autre figure incontestable de ce sommet est celle du président en exercice de la Ligue arabe, Abdelaziz Bouteflika, qui mit dans la balance de l’événement toute la dynamique et les motivations profondes de la diplomatie algérienne. 34 pays membres de la Communauté sud-américaine des Nations et de la Ligue arabe étaient présents à Brasilia le 10 et le 11 mai pour une sorte de baptême des relations Sud-Sud, à la fois un concept et une stratégie préconisés depuis plusieurs années par l’Algérie et le Brésil principalement. Du côté sud-américain, la grande majorité des chefs d’Etat ont assisté personnellement. Quant au monde arabe, représenté en force au niveau gouvernemental, il n’y a que six chefs d’Etat, ceux d’Algérie, du Qatar, des Comores, de Djibouti, d’Irak et de Palestine. Ces deux derniers, Jala Talabani et le Président Mahmoud Abbas, furent littéralement ovationnés lors de la séance inaugurale par les nombreux invités et participants parmi lesquels un millier d’entrepreneurs. Ce fut une expression de sympathie spontanée impressionnante au coeur de l’Amérique du Sud. Voilà deux ans que Lula préside aux destinées d’un pays qui fait figure de leader dans un continent qui ne manque pas d’hommes d’Etat de valeur. Sur son siège présidentiel, il n’a pas oublié ses modestes origines qui l’ont motivé pour lancer une campagne mondiale contre la faim et la pauvreté. «Seule la démocratie peut aider les pays africains à se développer», disait-il dans une récente interview télévisée. Depuis son élection, il avait visité 14 pays africains et cinq pays arabes, plaidant pour l’accroissement des relations Sud-Sud. La dernière visite d’un chef d’Etat brésilien au monde arabe remonte à... 1846, du temps de l’Empire, rappelle-t-il avec un certain humour. C’est avec fierté qu’il souligne que son pays est le deuxième pays «noir» après le Nigeria, et compte parmi ses citoyens dix millions d’habitants d’ascendance arabe. C’est un pays métissé pluriel qu’il offre comme exemple d’intégration en accueillant un sommet généreux dans ses intentions, réaliste dans ses objectifs. Le sommet constitue une opportunité exceptionnelle pour les hommes d’affaires en vue de sonder les marchés des deux mondes. Un séminaire sous le label «vers un nouveau partenariat», devait se dérouler pendant trois jours afin de revoir les flux commerciaux, les opportunités d’investissements, les cadres juridiques de coopération économique et commerciale. Auprès des hommes d’affaires sont présents des responsables de secteurs publics ou semi-publics. C’est ainsi, par exemple, que le directeur général de l’agence algérienne de développement de l’investissement, Abdelmadjid Baghdadli, se trouve avec la vingtaine d’entrepreneurs algériens attirés par les perspectives du marché sud-américain. C’est là, semble-t-il, la plus importante délégation arabe d’entrepreneurs. En Amérique du Sud, on estime que le monde arabe importe annuellement des biens pour 240 milliards de dollars. Or seulement 3,5% de ce marché reviennent aux Sud-Américains. Le Brésil à lui seul a exporté vers le monde arabe, en 2004, pour 4,034 milliards de dollars et importé 4,157 milliards. Ses exportations consistent essentiellement en biens agro-alimentaires et industriels. Mais, un autre repère commercial est le fort déséquilibre commercial avec l’Algérie d’où il a importé pour près de deux milliards de dollars de pétrole mais exporté pour seulement 348 millions. Le Venezuela, le Brésil, l’Argentine, la Colombie et les pays arabes producteurs de pétrole possèdent 70% des réserves mondiales de cette énergie. Une façon de souligner l’importance du développement des relations entre l’Amérique du Sud et le monde arabe. Des analystes financiers rappellent en outre que l’ensemble des pays arabes possèdent 300 milliards d’excédents financiers, un capital qui justifie, si besoin est, l’intérêt des Sud-Américains. Dans son discours à l’ouverture du sommet, le Président Bouteflika a mis en relief le fait que l’Amérique latine «offre aujourd’hui au monde l’image d’une mosaïque d’où sont bannis les conflits intercommunautaires et où s’entremêlent les communautés dans une convivialité harmonieuse... Au niveau international, notre action se fonde sur le respect du droit international, sur la validité du multilatéralisme et sur la quête d’un monde multipolaire, régi par un système international plus juste et plus équitable, fondé sur le développement et sur une prospérité mieux partagée». Le président algérien s’est félicité que la coopération souhaitée par les parties s’étende à bien d’autres domaines, notamment culturel. Il a salué le projet en gestation de la création d’une bibliothèque arabo-sud-américaine, projet auquel il a promis son soutien. Le Président Bouteflika, après avoir souligné les convergences de vue du sommet sur la sécurité collective, le terrorisme, l’endettement, l’aide au développement, le transfert de technologie, a mis l’accent sur les deux crises qui secouent le monde arabe et qui ne peuvent pas laisser indifférente la communauté internationale. «L’une de ces crises est représentée par la tragédie vécue depuis un demi-siècle par le peuple palestinien, et qui constitue un déni de justice inacceptable engageant la responsabilité de la communauté internationale...». L’autre crise est celle de l’Irak, un pays meurtri. «Notre souhait, dira-t-il, est de voir ce malheureux pays parachever la mise en place de ses institutions démocratiquement élues...». Les chefs d’Etat et de gouvernement ont poursuivi le mardi soir leurs interventions, sous la présidence de Monsieur Bouteflika, coprésident, pour peaufiner la déclaration finale qui résume les résultats de ce sommet inédit. |
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