Aprés son passage à l’APN

Ouyahia n’a pas tout dit

El Watan, 28 mai 2005

La réconciliation nationale n’est pas une œuvre de création. Pourtant, elle bénéficie, selon Ahmed Ouyahia, de droits d’auteur. L’auteur ? « C’est le président de la République », a précisé le chef du gouvernement, mercredi à l’APN, à la clôture du débat sur la déclaration de politique générale.

Manière à lui de suggérer que personne ne peut se réclamer de ce projet. Même si « la réconciliation » est une philosophie universelle adoptée par la communauté internationale pour régler les conflits dans le respect de la justice et de la vérité. Ouyahia, qui au cœur des années 1990 était hostile à toute idée de réconciliation nationale, semble mettre fin aux bruits des « propagandistes de week-end » sur l’amnistie générale. La CNAG et consorts se sont fatigués pour rien. Au suivant ! Cela dit, Ouyahia n’a rien avancé, ne serait-ce qu’un indice, sur cette idée de « réconciliation nationale ». Le problème est que, selon ses dires, le peuple a voté pour ce projet, le 8 avril 2004, en plébiscitant Abdelaziz Bouteflika. Alors pourquoi solliciter le peuple une seconde fois pour se prononcer sur le même projet puisqu’il est prévu un référendum à la date imprécise ? Ahmed Ouyahia, ministre de la Justice au moment du lancement de « la concorde civile » et de « la grâce amnistiante », n’a, à ce jour, communiqué aucune donnée sur le nombre des individus qui se sont rendus aux autorités. Les célèbres commissions de probation ont travaillé loin de toute transparence. Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement pour la quatrième fois depuis 1995, n’a donné aucun argument sur le maintien de l’état d’urgence. « C’est une question de vie ou de mort », a-t-il dit à l’APN. Invitant tout le monde à condamner le terrorisme, il n’a pas indiqué s’il existe une réelle menace sur l’Etat pour justifier cet état d’exception, reconduit sans l’avis du Parlement. Même absence d’argument sur l’interdiction des télévisions et des radios libres dans le pays. « L’Etat a décidé. Le moment n’est pas encore venu pour cela », a-t-il déclaré. Pour soutenir sa réflexion, il a cité les cas de la Géorgie et du Venezuela, pays où les télévisions indépendantes ont joué un rôle pour les changements politiques. C’est donc la principale crainte. Ouyahia - bien entendu - n’a rien dit sur la nécessité d’ouvrir la télévision d’Etat, toujours financée par le contribuable (au fait, combien l’ENTV à la communauté nationale ?). L’Algérie a, selon Ouyahia, beaucoup de journaux : « 250 dont 46 quotidiens. » L’Algérie serait même mieux lotie que des pays européens ! Le chef du gouvernement a évoqué le cas du Portugal. Mauvais exemple puisque ce pays est à la traîne de l’Europe en matière médiatique. Rappelant que la diffamation était « poursuivable » pénalement, il a parlé de l’hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné qui « a un budget pour les affaires en justice ». Sauf qu’Ouyahia a omis de souligner que ce journal gagne 95% de ses procès. Ouyahia, dont le propos était chargé de menace, a confirmé la volonté des autorités de restreindre le droit de grève et de limiter les libertés syndicales. « Nous n’autorisons plus ceux pris par un maux de tête d’appeler à la grève. C’est fini ! », a-t-il martelé. Il a clairement expliqué que l’Etat à « son » syndicat : l’UGTA, ex-organisation de masse du FLN-parti unique. « Nous sommes fiers de l’UGTA », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Elle au moins peut revendiquer de 1 à 2 millions d’adhérents. » Il n’a pas fourni d’explications sur le non-agrément de nouveaux syndicats comme le Cnapest qui fait parler de lui ces jours-ci ni n’a avancé de raisons sur le recours abusif à la justice contre les syndicalistes et les grévistes. Recours devenu systématique. Selon les dires d’Ouyahia, il n’y aurait aucune menace sur « le pluralisme ».

Des non-dits très remarqués

Il avancé le nombre de 75 000 associations agréées à la fin 2004. Pour la petite histoire, ce nombre est pratiquement le double de celui qui existe dans une ville moyenne d’Allemagne ou de France. Il n’a pas abordé la question du refus d’agréer de nouveaux partis. Aucune explication valable n’est avancée à ce jour sur la non-délivrance d’agréments à des partis comme l’UDR ou le Front démocratique. Passons. Satisfait du climat de « consensus » parlementaire sur « les réformes », Ouyahia a dit que l’Algérie n’a pas attendu « le grand ou le petit Moyen-Orient » pour entamer ce processus. Alors, Alger est-il hostile au projet américain ? Est-il favorable ? Le chef de l’Exécutif a cru devoir donner des leçons au Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune, le seul a avoir porté, d’une certaine manière, la contradiction aux choix économiques du gouvernement. Ouyahia a voulu convaincre les présents sur les penchants libéraux du Parti des travailleurs brésilien. Il s’est référé à « l’efficacité » des travaillistes britanniques. A croire que le chef du gouvernement, secrétaire général du RND également, est devenu social démocrate ! Parlant de l’OMC, il n’a pas expliqué pourquoi les négociations avec cette organisation se tiennent loin du contrôle du Parlement. Il n’a soufflé aucun mot sur la manière avec laquelle l’Algérie envisage de protéger sa production en adhérant à l’OMC. Il a annoncé la mise en place prochaine d’« une gestion spéciale » des zones pétrolières sans détailler les raisons. Il s’est contenté d’évoquer le risque industriel qui, soit dit au passage, existe depuis que l’Algérie s’est mise à la prospection pétrolière. Comment des villes comme Skikda, Arzew, In Amenas ou Hassi Rmel vont-elles compenser la chute de la fiscalité du fait qu’elles ne seront plus autorisées à gérer les zones riches, celle du pétrole et du gaz ? Mystère. Le chef du gouvernement n’a pas communiqué aux députés le montant du fonds de régulation des recettes qui compense le différentiel entre le prix réel du pétrole et le prix fixé dans la loi de finances. Comme il n’existe plus de contestation sur la loi sur les hydrocarbures, et que l’Algérie n’est pas la Bolivie, Ouyahia a annoncé que ce texte va permettre l’émergence d’une industrie pétrochimique. Aucune crainte pour l’avenir de Sonatrach, selon lui. L’Algérie va même réaliser une prouesse dans les prochaines années : réduire sa dette extérieure de 10 milliards de dollars et rejoindre le peloton, déjà lointain, des pays émergents. Promesse d’Ouyahia.

Metaoui Fayçal

   
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