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Sarkozy «en ami» dans une Algérie en fin de règne
Le ministre de l'Intérieur débarque à Alger en pleine guerre de succession.
José Garçon, Libération, 14 novembre 2006
A elle seule, une pétition en faveur d'Arezki Aït Larbi, le correspondant en Algérie du quotidien le Figaro et l'un des journalistes algériens les plus connus, symbolise cette Algérie que Nicolas Sarkozy ne verra pas ou qu'il feint d'ignorer : celle du verrouillage de tous les espaces de liberté dans un eldorado pétrolier et gazier dont toutes les grandes et moyennes puissances se disputent les faveurs.
Maladie.
Alors que le président du Conseil italien, Romano Prodi, arrive aujourd'hui à Alger pour y discuter d'un «partenariat stratégique», des centaines de personnalités algériennes et françaises dénoncent le harcèlement kafkaïen à l'encontre d'Arezki Aït Larbi, qui, privé de passeport depuis plus de six mois, risque l'incarcération pour une affaire de «diffamation» remontant à 1994.
Cette affaire, loin d'être anecdotique, illustre l'ambiance qui prévaut dans un pays où, seuls les appareils sécuritaires comblent le vide crée par la maladie du président Bouteflika. Signe patent de son aggravation : la presse s'interroge désormais sur sa «capacité physique à assumer pleinement et continuellement ses responsabilités». La révision de la Constitution voulue à l'origine par le chef de l'Etat et Abdelaziz Belkhadem, le Premier ministre et patron du FLN, l'ex-parti unique est au coeur des luttes au sommet du pouvoir que la perspective de la succession présidentielle a relancées. L'enjeu de cette révision explique les divergences sur son opportunité : il s'agit de créer un poste de vice-président qui permettrait au régime d'éviter une nouvelle élection présidentielle en cas de disparition d'Abdelaziz Bouteflika. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a ainsi annoncé son «report» aux calendes grecques, tandis que le Premier ministre répète que ce référendum constitutionnel aura bien lieu en 2007.
Islamistes.
Cette crispation exprime un conflit quant à la personnalité du futur vice-président. Le chef des services de renseignements, le général Médiène, serait d'autant moins favorable à Abdelaziz Belkhadem, le dauphin supposé du chef de l'Etat, que ses accointances avec les milieux islamistes suscitent la méfiance des jeunes officiers des «services». Ce n'est pas le retour en Algérie de plusieurs ex-dirigeants du FIS qui inquiète ces officiers dans la mesure où ceux-ci ne disposent d'aucune marge de manoeuvre à l'égard du pouvoir. En revanche, ces militaires craignent que la réintégration des islamistes dans le jeu politique n'aboutisse à terme à recréer une dynamique susceptible de remettre en selle une mouvance islamiste qui se révélerait dangereuse si elle faisait jonction avec une contestation sociale dure. Ultime signe d'une fin de règne qui provoque un sérieux flottement à Alger : depuis plusieurs semaines, un trafic de cocaïne défraye la chronique. De nombreuses personnalités y sont impliquées, dont un général-major Kader Abderrahmane.
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