L’APN entame le débat général sur le bilan-programme du gouvernement

Les députés contestent les chiffres du chômage

Par Faouzia Ababsa, La Tribune, 25 juin 2007

Les débats sur le bilan-programme du gouvernement ont commencé samedi en milieu de soirée. Les trente intervenants étaient unanimes à remettre en cause les chiffres avancés par le patron de l’Exécutif sur le taux de chômage dans le pays. En effet, Abdelaziz Belkhadem s’était réjoui, lors de son intervention, de ce que le chômage ait connu une baisse considérable, passant de plus de 30% à 12%. C’est le député du RND, Boutouiga, qui ouvrira «le bal» sur cette question. Il sera suivi par les élus du Parti des travailleurs. Ils ont demandé au gouvernement sur quels critère et indicateur il s’est basé pour avancer un pourcentage aussi bas et qui, de surcroît, est très loin de la réalité. A telle enseigne que certains intervenants ont conclu que les statistiques de l’Exécutif, fournies par l’ONS et contredites par d’autres institutions aussi crédibles, incluaient les dispositifs d’emploi, dont principalement les contrats pré-emploi et les emplois précaires où la contractualisation et la fragilité sont les maîtres. D’ailleurs, une élue du parti de Mme Hanoune, Chouitem Nadia, médecin, a demandé à ce que tous les contrats pré-emploi soient transformés en emplois permanents. Car, dira-t-elle, «il n’est pas normal qu’un médecin ou praticien de la santé soit rémunéré à 6 000 DA.» L’emploi n’était pas la seule préoccupation des députés. Les élus du PT ont demandé à ce qu’une enveloppe de 5,5 milliards de dinars soit consacrée à la réouverture des entreprises publiques, pour sauver 600 000 emplois. La décision du gouvernement de donner plus de prérogatives aux walis et chefs de daïra au détriment des élus locaux a été catégoriquement rejetée par tous ceux qui ont eu à prendre la parole pendant les deux premiers jours des débats. Les locataires de l’hémicycle y ont vu une mainmise de la centralisation des pouvoirs et la remise en cause totale des prérogatives des élus locaux, déjà largement entamées. Abdelouahab Abdelhalim, jeune député du MSP, a appelé le gouvernement à l’ouverture du champ d’activité de la société civile et au lever de l’embargo sur les associations non encore agréées pour leur permettre de jouer leur rôle dans la vie publique, notamment sur les plans économique et social. Sur le plan économique, les intervenants ont battu en brèche les arguments du gouvernement qui continue à s’enfermer dans des statistiques très peu fiables. Abdelkader Cherar, député du FLN, qu’on qualifiait, lors de la troisième législature, d’enfant terrible de l’APN, a axé son intervention sur la réactualisation de la loi sur la monnaie et le crédit, en redonnant son autonomie à la Banque d’Algérie, en renforçant le rôle de la commission bancaire. Il proposera à l’Exécutif l’élaboration d’une loi pour les banques à capitaux étrangers du fait qu’elles constituent un vivier des devises et donc d’éventuelles fuites des capitaux pour éviter les scandales financiers tels que ceux d’El Khalifa Bank. Le même intervenant demandera également la réhabilitation de la Cour des comptes, le renforcement des prérogatives de l’Inspection générale des finances. Mohsen Belabbes du RCD sera, lui, plus virulent à l’égard de l’Exécutif. Particulièrement sur le thème de la corruption dont son parti avait fait son sujet principal lors de la campagne électorale pour les législatives. «Le projet de programme du gouvernement aborde le dossier de la corruption de façon frileuse et par des slogans creux, des professions de foi. Parlant des facteurs qui favorisent ce phénomène, il cite l’ouverture du marché, la libéralisation de l’économie, la mondialisation et la complexité technologique. Cette approche renseigne sur le manque de conviction du gouvernement dans l’impératif de la lutte contre la corruption.» Le responsable de la communication du parti, dirigé par le docteur Sadi, interpellera ses collègues, leur demandant de choisir entre «la responsabilité et la démagogie, entre les résultats concrets et le populisme, entre les problèmes réels de l’Algérie et les paroles dénuées de contenu». Le même intervenant revendiquera un audit national pour évaluer le coût de la corruption pour le contribuable dans les organismes publics et parapublics. Car, a-t-il affirmé, «la corruption est chez elle en Algérie : abus de biens sociaux, emplois fictifs, enrichissements personnels, détournement de fonds, trafic d’influences». Pour sa part, Seddik Chiheb axera son intervention sur l’urgence de la prise en charge des séquelles de la décennie noire. Il ne manquera d’ailleurs pas de dénoncer l’absence de responsabilité et l’inconscience qui sont devenues une culture, voire un comportement quotidien. Seddik Chiheb demandera la création d’un centre pour la prise en charge des effets du terrorisme et qui serait doté de tous les moyens matériels et humains (psychologues, psychiatres, etc.) «Personne ne semble prendre réellement conscience des conséquences terribles induites par le terrorisme et qui touchent tous ceux qui en ont pâti. Cela influe sur le comportement des Algériens.» Sur le plan social, il s’est trouvé (surprise) des députés du MSP qui ont demandé l’élévation du SNMG à 25 000 DA. Alors que ce parti avait instruit ses élus, lors de la précédente législature et à l’occasion de l’examen des lois des finances successives, de refuser toute proposition d’augmentation du salaire minimum garanti, présentée notamment par le groupe parlementaire du Parti des travailleurs. Mais il semblerait que le parti de Bouguerra Soltani ait pris en considération, cette fois-ci, les prochaines échéances. Ce qui a fait dire à plusieurs députés que la revendication du MSP ne peut être qu’électoraliste, au moment où le FLN compte de nouveau rafler la mise lors des élections locales en tablant sur un pactole de 800 mairies.

F. A.

   
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