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Le miracle algérien Un Président avoue s’être trompépar Youcef Brahimi, Le Jeune Indépendant, 27 décembre 2006 Du haut de son poste, le Président, fait rarissime dans les annales de l’Algérie indépendante, avoue s’être trompé sur des dossiers lourds qui concernent le devenir même de la nation. Avec un style que les Algériens ont appris à apprivoiser, le Président qui, manifestement, est à bout de patience sur certains dossiers, a tenu à marquer publiquement son désaccord avec les trois piliers de son équipe : Zerhouni, Khellil et Temmar. Lorsqu’il a abordé le problème de l’équité et de la répartition des richesses entre les wilayas, le Président, estiment des observateurs, a voulu indirectement se désolidariser avec son ministre de l’Intérieur à propos du projet de nouveau découpage administratif et de la création de nouvelles wilayas déléguées. La liste qui circulait il y a près d’un mois a créé une véritable crise au relent régionaliste, estiment des observateurs qui soulignent, à juste titre, que la concentration de la population est la plus forte à l’Est qu’à l’Ouest et que, par conséquent, il est illogique de consacrer des wilayas déléguées à l’Ouest plus qu’à l’Est ! Mine de rien, la fuite organisée de la liste du projet a créé un véritable séisme, à telle enseigne que Bouteflika qualifie la démarche de son ministre de «politique régionaliste qui va à l’encontre de la stabilité du pays». Pour le Président, qui déclare ne pas accepter que les mêmes wilayas soient toujours les dernières, «il n’y a pas d’équité dans la répartition des crédits entre les wilayas. C’est une politique régionaliste, non une politique de stabilité du pays qui doit être révisée». Ne se contentant pas de ce qui ressemble à un blâme public, le Président assena : «J’ai décidé qu’à partir de ce jour je ne te couvrirai plus. Le couteau est arrivé jusqu’à l’os. La plus pauvre des wilayas est restée toujours la plus pauvre, et même les programmes actuels ne prévoient rien pour elles. Il faut corriger, il faut corriger.» Le ministre de l’Energie n’a pas non plus été épargné par le courroux du Président qui est même allé jusqu’à déclarer qu’il s’était trompé en suivant son ministre ! «J’ai été à l’origine la loi sur les hydrocarbures et c’est moi qui suis à l’origine de sa révision, et advienne que pourra (kariha man kariha). Je me suis trompé ! Le retour aux origines est une bonne vertu. Je me suis trompé…» Les révélations du Président contredisent la version donnée par le ministre de l’Energie qui avait affirmé que la révision de la loi sur les hydrocarbures est intervenue après la forte hausse des prix et que, par conséquent, il est inutile d’encourager davantage les investisseurs étrangers. Nous n’arrivons d’ailleurs pas à dépenser ce que nous engrangeons comme recettes avec le niveau actuel de production. Quant à Temmar, le Président ne l’a pas trop écorché. Bouteflika a juste saisi l’occasion du discours à la nation pour rappeler qu’il est à l’origine du rappel à l’ordre de son ministre qui souhaitait à un certain moment tout vendre ! «L’économie de marché ne veut pas dire cession des secteurs stratégiques», a rappelé M. Bouteflika. Après la surprise et la fermeté des rappels à l’ordre viendra le temps des questionnements sur les répercussions politiques des révélations du Président sur le travail de son équipe. Un homme accusé de pratiquer une politique de régionalisme dangereuse pour la stabilité du pays, ou d’être à l’origine de la prise d’un mauvais choix par le président de la République peut-il continuer à travailler comme si de rien n’était ? Par ailleurs, le président de la République a révélé qu’il est à l’origine de la décision de remboursement anticipé de la dette extérieure. «C’est ma décision, fondée sur la sagesse populaire : qui paye ses dettes s’enrichit» a-t-il ajouté. Y. B. |
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