UN HOMMAGE LUI A ETE RENDU HIER

Boudiaf, douze ans après

Le Quotidien d'Oran, 30 juin 2004

A chaque anniversaire de son assassinat le 29 juin 1992, Mohamed Boudiaf reçoit l’hommage de ses amis et de ceux qui se sont identifiés à son message lorsqu’il était président du HCE. Cette année, il y eut un peu moins de monde au cimetière d’El-Alia et au siège de la fondation qui porte son nom.

Mais l’héritage du révolutionnaire comme de l’homme politique qu’il était rayonne toujours et continue de rassembler des personnalités et des milieux qui sont réputés les plus inconciliables. « Boudiaf appartient à tout le monde », disait hier son beau-frère Amine Benabderrahmane.

Il ne croyait pas si bien dire ! Car, outre les inconditionnels anonymes de la fondation, les amis du défunt et de son épouse madame Fatiha Boudiaf, il y avait parmi les présents Saïd Sadi, Amara Benyounès, Réda Malek, Belaïd Abrika, Hadj Yala, le général Touati, Abou Bakr Benbouzid, Tahar Zbiri... Et, ce n’est sans doute pas une surprise, Monseigneur Teissier et Mostefa Lacheraf sont venus eux aussi pour continuer à donner au souvenir de l’homme la considération qu’il mérite. Le devoir de mémoire honoré, quid de celui de la vérité ? Madame Boudiaf n’en dit mot. Hier, elle n’a pas souhaité faire de déclarations. « Nous continuerons à le réclamer et à demander que la lumière soit faite sur son assassinat », a répondu, en revanche, son beau-frère. M. Benabderrahmane estime que le devoir de mémoire ne suffit pas et que la famille de Boudiaf doit être écoutée lorsqu’elle réclame que le dossier soit rouvert à nouveau. L’Algérie gagnerait beaucoup, selon lui, et les générations futures, qui seront réconciliées avec leur pays et sa mémoire, n’auront pas à trouver des cadavres dans les placards. Pourtant, il y a de grands risques à ce que cette demande ne soit jamais exaucée ni prise au sérieux. Après douze années, il est en effet difficile d’imaginer que la justice se penche à nouveau sur une affaire qui sent le souffre et qui n’a pas encore tout dévoilé malgré la thèse de « l’acte isolé » qui a été retenue.

Mais ce n’est pas avec autant de facilité qu’on se débarrassera du Boudiaf pour autant. En cette année du cinquantenaire du 1er novembre 1954, on reparlera beaucoup de lui. Forcément, puisqu’il reste aux yeux de l’histoire comme l’exemple le plus tragique et le plus absurde du bégaiement meurtrier des révolutions. Boudiaf, comme beaucoup de ses compagnons, a rêvé d’une Algérie qui n’existe pas et qu’il voulait à tout prix voir naître. Pour s’y être trop obstiné, il s’est fait tuer. Par Boumaarafi, un sous-lieutenant du GIS, nous a-t-on dit.

N. A.

 

   
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