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2007par K.Selim, Le Quotidien d'Oran, 31 décembre 2007 Rituel de dernier jour calendaire, on signe la loi de finances 2008 comme pour s'efforcer d'oublier vite l'année écoulée. Que retiendront pourtant les Algériens de cette année 2007 ? Que l'argent est disponible et qu'il ne règle pas les problèmes. C'est peut-être la seule avancée dans une année pénible et dramatique à la fois. L'argent est un moyen, il n'est pas une solution. Son usage relève de la politique et celle-ci n'a pas de substance. Le Parlement, en dépit d'une constitution qu'on veut changer par commodité sans l'avoir appliquée, n'a aucun rôle. La démocratisation n'est pas à l'ordre du jour, les institutions sont les pâles fantômes de ce qu'elles sont censées être. Deux scrutins ont envoyé des signaux nets qui ne semblent pas avoir été saisis au sein d'un système qui s'ébroue, à nouveau, pour dérouler son propre agenda comme unique perspective pour le pays. Dans la «campagne» en cours, sans débat, c'est bien l'ultime soupçon de lumière né d'octobre qui risque de s'estomper. Ceux qui sont nés à la politique en ces temps-là ne peuvent que constater le vertigineux retour en arrière. Quand le politique est interdit de séjour et quand la Constitution n'est plus qu'un machin gênant, ceux qui ont quelque chose à dire ou à apporter ne peuvent que se réfugier dans le silence. Un silence désolé ! Alors que le pays a plus que jamais besoin de se parler, de s'ausculter, de se dire ses quatre vérités, ce sont les tours d'ivoire qui s'érigent, c'est le confinement qui est la règle avec une télévision pour ânonner sans grand talent les jours qui chantent. C'est inquiétant un pays assis sur ses dollars, au point de ne plus en arriver à se voir, à se regarder, un pays où l'on zappe pour ne pas entendre, ne pas voir et pour éviter l'intrusion de l'ersatz de politique. C'est dangereux car, dans la démobilisation du grand nombre et les certitudes ancrées ou opportunistes des autres, on ne se rend plus compte de ce qui est en oeuvre, en profondeur: des cadres qui partent toujours, des harraga qui partent encore, des jeunes qui se shootent à n'importe quoi, et, surtout, l'irrésistible avancée d'un conservatisme bigot qui clôture les esprits et les déconnecte du monde. Certes, cela doit rassurer les gardiens de l'ordre. Il n'y a rien d'apparemment «politique» dans ce piétisme béat et ce retour à des formes de pensées magiques qui font préférer la hidjama médiévale à la science actuelle, la roquia à la rationalité médicale. Apparemment seulement ! Cela épargne à ceux qui détiennent les leviers d'avouer que la vraie course aujourd'hui est entre un changement inclusif - cela n'a rien à voir avec la Constitution - et une profonde régression qui travaille le pays. 2007 a été une année sans politique malgré Abdelaziz Belkhadem, Ahmed Ouyahia..., et malgré deux élections... C'est un Etat immobile, qui cherche à préserver son immobilité, alors que la société est dans des dérives effrénées, sans repères et sans structuration politique. Bénis soient donc le pétrole et Sonatrach, ils ont encore été «l'économie» du pays en 2007. Mais gardons-nous, en 2008, d'oublier que 2007 ne fut pas seulement celle de Sonatrach. Qu'elle a été aussi celle d'un garçon de quinze ans qui ne savait rien de la vie et du monde et qui nous empêche de succomber aux berceuses de tout-va-bien. |
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