Parce qu'elle est incapable de présenter une alternative politique viable

La classe politique en crise

Par Amar Rafa, La Tribune, 29 décembre 2004

Ce constat qui revient tel un leitmotiv, combien de fois le commun des mortels ne l'a-t-il pas entendu ! Cela résume une situation remarquée depuis presque deux années. Amer, ce constat l'est certainement pour nombre de formations politiques qui ont bravé les difficultés de tous genres pour tenter de maintenir, un tant soit peu, le minimum d'activités politiques, dans un paysage qui s'y prête le moins. La «fermeture» du champ politique et médiatique, combien de fois n'a-t-on pas entendu cette «complainte» dans la bouche des dirigeants de partis. Cela n'explique pas tout, pourtant, de l'avis même des acteurs politiques qui ont eu à occuper l'espace politico-médiatique une année durant, soit depuis bien avant les élections présidentielles de 2004, jusqu'à aujourd'hui. Les résultats de ces élections sont bien plus visibles : partis et personnalités politiques indépendantes sont comme abasourdis par le choc des résultats. C'est la conséquence d'un attentisme confortable dans lequel est entré la classe politique, une année avant, qui s'est retrouvée en perte de repères, suite à l'annonce du retrait de l'armée du champ politique. C'est la première fois dans l'histoire du pays qu'une élection plurielle se présente de la sorte. La classe politique, qui avait pour habitude de cautionner un candidat désigné en «haut lieu», s'est retrouvée face à elle-même et à un choix difficile entre deux candidats du système.Mis à part le FLN qui est entré dans une phase d'imbroglio politique sous l'emprise des ambitions électorales de son secrétaire général, Ali Benflis, la majorité des partis ne savaient où donner de la tête. Quelle attitude prendre face à l'un ou l'autre des candidats ? La réaction par famille politique s'est présentée différemment. Du côté des partis dits démocrates, si la position du FFS et celle du MDS étaient connues, pour ne plus en être à leur premier boycott des élections, le RCD a pris option en présentant son propre candidat en la personne de son président Saïd Sadi. Les partis islamistes de leur côté n'arrivaient pas à s'entendre sur un candidat. La seule tentative lancée dans ce sens par Bouguerra Soltani avait récolté de maigres résultats. Elle avait fait face à l'indifférence d'Ennahda d'une part, et à l'intransigeance d'El Islah, dont le chef se sentait pousser des ailes en raison des scores précédents. Il se voyait comme le seul candidat viable capable de représenter la mouvance. Passé ce moment d'indécision, le MSP de Soltani a certainement voulu montrer sa fidélité à la ligne du défunt Nahnah qui, en 1999, avait apporté son soutien au candidat Bouteflika en lui emboîtant le pas pour celle de 2004. Le chemin était tout tracé pour que le nouveau chef du mouvement, qui a fait de l'«entrisme» son dada, soutienne la candidature de Bouteflika par son intégration de la coalition présidentielle avec le RND et le Mouvement de redressement du FLN. En dehors du cadre partisan, les velléités libertaires des élections présidentielles ont exercé un attrait certain sur des personnalités politiques, qui ont été tentées par une incursion dans la course électorale. Cinq anciens chefs de gouvernement (Mokdad Sifi, Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Sid Ahmed Ghozali et Ali Benflis) auxquels se joindront trois chefs de parti, Saïd Sadi (RCD), Abdallah Djaballah (MRN-Islah) et Ahmed Taleb Ibrahimi (Wafa, non agréé), un militant des droits de l'Homme, Ali Yahia Abdennour, et un représentant du MSP (Ahmed Dane), qui s'est retiré par la suite. Le groupe auteur de l'initiative dite des «Dix» a convenu de créer un front contre la fraude, en garantissant l'honnêteté du scrutin. Si telle était leur motivation, leur seule garantie était fondée sur les déclarations de l'ancien chef d'état-major de l'ANP qui multiplia les déclarations en ce sens. Au fil des réunions tournantes au domicile des personnalités, cette convergence d'idées allait perdre de son intérêt devant les obstacles, dont le plus important avait été de répondre à la question de se porter ou non à la candidature suprême. L'option divisera le groupe, entre candidats et non-candidats. Devant les ambitions personnelles de surcroît démesurées de certains, et des entraves bureaucratiques pour la récolte de signatures qu'ont fait valoir d'autres, il ne subsistera que trois candidats, Benflis, Sadi et Djaballah. Tous les autres se sont retirés de la course, jusqu'à la tenue des élections durant lesquelles ils ont été incapables de contrôler les urnes. Ainsi s'acheva une expérience unique dans les annales politiques du pays. A l'image des Dix, la classe politique, dont la faillite était sur toutes les lèvres, n'a pu présenter une proposition viable et sécurisante pour les Algériens. Au-delà de leurs divergences d'intérêts, les partis ont prouvé qu'ils ne peuvent se rassembler sur un minimum vital capable d'offrir une perspective viable aux Algériens. Tout le monde vous le dira, à peine sortis d'un cycle de violences, les Algériens ont voté pour la paix et le feront à chaque fois que cela s'avèrera nécessaire. Les personnalités et partis, plus que jamais écartelés, peuvent-ils se regrouper autour d'un tel objectif, en présentant une alternative au système mais qui ne conduirait pas à terme à des déchirements au sein de la société ? Ni la mouvance démocratique ni les islamistes n'ont réussi jusqu'à présent à dégager un front commun avec un programme unique, comme cela est en vigueur sous d'autres cieux, à l'exemple de l'UMP en France. Or, chez nous, les principales formations politiques sont engluées dans leurs contradictions internes, à telle enseigne qu'elles n'osent pas ou n'arrivent pas à esquisser la moindre activité politique. D'autres formations ont sombré dans un «wait and see» de rigueur, en attendant que s'éclaircisse davantage la visibilité, faute d'avoir établi des prévisions et de projections sur les différents scénarios pouvant découler des élections. L'absence de leader charismatique au sein de l'opposition y est-elle pour quelque chose ? C'est une toute autre question.     A. R.


En attendant de savoir quel mois marquera l'an 2005

Avril 2004 : le seing

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 29 décembre 2004

Bien plus que les 7 500 répliques du séisme du 21 mai 2003, enregistrées jusqu'à récemment par le CRAAG, la plus grosse des répliques qu'a eu à connaître l'Algérie en cet an 2004 aura été la désillusion pluri-partisane qui a touché l'ensemble des formations au lendemain de la présidentielle du 8 avril. Toutes, hormis celles inscrites dans «l'Alliance présidentielle», en l'occurrence le trio RND-MSP-FLN (mouvement de redressement). Scrutin ouvert Ce scrutin, présenté comme étant le plus ouvert depuis l'instauration du pluralisme politique en Algérie, une décennie et demie auparavant, a tenu en haleine tout le pays avant de rendre son verdict : 85% des suffrages exprimés sont attribués à Abdelaziz Bouteflika. La seconde mandature pouvait alors être entamée sans grands risques de se voir remise en cause dans ses tendances lourdes. Le coup de massue qu'ont reçu les cinq autres candidats a laissé des traces même près de huit mois et demi plus tard. Leur score, tous réunis, n'excède pas le dixième des inscrits sur les listes électorales. Comparé au chiffre attribué au «président-candidat», l'écart est immense. Comme il fallait s'y attendre, leur dénonciation alternait accusations de fraude et inégalité de traitement. L'usage jugé excessif des médias lourds durant plusieurs mois, la télévision publique notamment, constituait, selon eux, une campagne électorale inégale. L'ex-candidat à la candidature, le général à la retraite Rachid Benyelles, a résumé cette situation très récemment dans un entretien publié par Liberté. Mais, à l'approche du scrutin présidentiel, et dans le cadre du groupe des «dix», chacune des personnalités opposantes y allait de sa phrase condensée dans celle qui suit : «L'armée m'a assuré de sa neutralité.» Jamais le caractère «inédit» d'une élection n'a été aussi vanté depuis le début de l'ère pluraliste. Et pour cause, le chef d'état-major de l'ANP, Mohamed Lamari, avait sans cesse martelé que l'institution qu'il dirigeait n'interviendrait plus dans le champ politique et ne se consacrerait à rien d'autre qu'à sa professionnalisation et à ses missions constitutionnelles. L'opposition tétanisée La suite, tout le monde la connaît. Et le scénario brandi par les principaux opposants à Bouteflika, celui d'un recours à une réaction dans la rue «à la géorgienne», s'est révélé moins qu'un feu de paille. La rue, lasse de plus de dix ans de feu et de sang, venait d'opter en faveur de la continuité dans sa continuelle quête de sécurité et de paix. Théoriquement, la sortie, graduelle ou non, d'une transition suggère automatiquement davantage d'expression citoyenne libre. Du champ syndical au terrain du multipartisme en passant par les espaces de libre débat et de médias ouverts à vocation de service public, l'ensemble des ambitions démocratiques du pays restent sous apesanteur. Il faudra certainement du temps pour que la situation puisse s'améliorer durablement et définitivement. Car, si, en termes structurels et institutionnels, la première phase de transition (1992-1997) a été dépassée, il demeurait -peut-être cela reste-t-il encore le cas aujourd'hui- à sortir de la confusion politique, entretenue sur la scène nationale pendant des années, et de capitaliser les expériences de la transition, dans son volet profondément politique. En cela, avril 2004 aura au moins permis une chose essentielle : libérer les urnes en dépit de persistance d'insuffisances de pratique à cent pour cent démocratique. C'est évident, il s'agira pour le gouvernement, actuel ou à venir, comme l'exige tout processus démocratique, de répondre aux aspirations du peuple sur la base des principes de la bonne gouvernance avec tout ce que cela induit en matière de respect des règles sur la base desquelles il est en place, à commencer par se rendre à la réalité selon laquelle on ne peut seulement et uniquement articuler son pouvoir sur la loi du plus grand nombre car des définitions -universellement établies- d'accompagnement régissent le règne le moins mauvais que l'humanité ait pu trouver dans la gestion de la collectivité et de la cité. La démocratie. Cela, d'autant plus que nous, Algériens, n'en sommes qu'aux premiers pas. A contrario, et comme Platon lui-même s'est essayé à conclure, de la démocratie peut naître la tyrannie. Dans sa République à lui et dans celle des Algériens d'aujourd'hui, les choses ont, certes, changé mais c'est à ces derniers de faire en sorte que toute sorte d'hégémonie soit combattue. De celle du président d'APC du coin à celle des plus hautes autorités en passant par tous les autres abus d'autorité, y compris ceux pullulant au sein de la société elle-même. Normes démocratiques De Washington, de Paris et d'ailleurs, l'Algérie est présentée en modèle de transition démocratique bien que cela soit plus visible lorsque le cadre de lecture en question se limite au monde musulman. La présence de Bouteflika au sommet du G8 de Sea Island représente à ce propos une illustration parfaite. Dans le mémorandum que l'Algérie y a présenté, au-delà de son poids incontournable dans le cadre de l'autre repère sur le plan international qu'est le NEPAD, il est clairement indiqué que l'ambition démocratique du pays est grande. Surtout irréversible dans ses choix. L'insistance sur le principe de respect des libertés, individuelles et collectives, ainsi que la promotion et la protection des droits de l'Homme, résume l'essence même des réformes algériennes. De toute évidence également, la signature projetée (2005) d'un traité d'amitié avec la France, pays axial d'une Union européenne avec laquelle l'Algérie a signé un accord d'association qui entrera en vigueur également l'an prochain, alors que l'adhésion de notre pays à l'OMC aura confirmé une entrée de plain-pied dans le libre marché. L'Algérie bâtisseuse dans cet environnement nouveau annoncé n'aura d'autre choix que celui de l'efficacité. Et, dans cet ordre d'idées, le pari de réussir ne peut se concevoir en dehors du cadre démocratique. Les travaux d'Hercule qui attendent l'Algérie, et surtout que les Algériens attendent à tous les niveaux et dans tous les secteurs, détermineront si ce pays a définitivement mis hors course un système tant décrié ou alors la capacité de régénérescence de cette toile politique plusieurs fois décennale prendra-t-elle le dessus sur la folle envie des citoyens et citoyennes d'entrer, sans retour, en pleine démocratie ? Adieu 2004, bienvenue 2005. Ce second an apportera sans nul doute les premiers éléments de réponse aux interrogations majeures des Algériens. Si l'élection présidentielle d'avril a marqué 2004, le mois qui verra s'étaler l'amnistie générale sera, lui, l'empreinte essentielle lorsque viendra l'heure des bilans 2005.     Y. H.


Logement, chômage, santé, éducation, accidents de la route, explosions, naufrages.

Revendications et contestations jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Par Saliha Aouès, La Tribune, 29 décembre 2004

Voilà encore une autre année qui s'achève, toujours sur des revendications populaires dictées par des insatisfactions et des manquements à des droits élémentaires dans la vie d'un citoyen. Ainsi en est-il de 2004 qui a vu les populations dans différentes régions confrontées aux mêmes besoins en logement, en eau, en emploi. Les besoins de plus en plus accrus d'un minimum vital face à des répondants officiels, immuables dans la temporisation, le provisoire, les promesses sans engagements. En fait, dans la négation qui ne veut pas dire son nom. Mouvements populaires Négation réfutée par ceux qui restent sceptiques sur tout ce qui vient d'«en haut» à force d'espérer, d'attendre, de patienter. Et de ne rien voir venir.2004 s'est illustrée par des manifestations populaires étouffées dans l'ouf et réprimées dans la violence. Partout où les listes de distribution de logements ont prêté matière à réfutation. Aux quatre coins du pays. Manifestations et regroupements houleux ont fait couper des routes, prendre en otages des présidents d'APC, occuper la chaussée durant des jours, marquer des grèves de la faim à Bouira, Oran, Aïn Defla, Constantine, Tlemcen. Mouvements populaires dont ont fait l'écho les journaux, passés sous silence par la télévision nationale. Mais qui ne pouvaient être tus définitivement puisque cette situation qui traîne en longueur a poussé le gouvernement à revoir sa copie et décider par décret que l'attribution soit désormais l'affaire des wilayas déléguées ou daïras. Dans le but d'atténuer les dégâts. Et ne plus à avoir affaire à la distribution en catimini. Ce qui n'a pas non plus empêché des dénonciations publiques de ces agissements assimilés à des détournements. Et c'est donc avec une réelle impatience que les concernés par ce projet s'attendent à une meilleure équité dans la répartition des futurs quotas que l'administration doit livrer avant la fin 2004. 55 000 unités à travers le pays, dont 2 000 logements rien que pour la capitale. Confiance étiolée Cadre de vie toujours, les revendications n'ont pas manqué de mettre à nu le laxisme des autorités locales qui a fini par étioler la confiance du citoyen. Une gestion remise en cause même dans les bourgades les plus reculées du pays. Elles qui ont tant pâti du terrorisme et qui demeurent piégées par l'enclavement et l'isolement ayant facilité leur disparition violente. Un second enterrement de ces populations martyres, vite oubliées de nouveau après avoir reçu la visite de personnalités politiques qui ne soupçonnaient même pas leur existence. Quand ces dernières daignaient de se déplacer pour la galerie. Pour faire bien et prendre à témoin ces populations fragilisées, donc sensibilisées au moindre sentiment de compassion, histoire de les «gagner» à un futur mandat, c'est toujours ça de concret. A moins de rencontrer un os qui s'appelle refus catégorique de la part de ces populations victimes de se voir «consoler» quand il est trop tard, alors que leur vie précaire, sans le minimum vital, sans protection et sans armes, a duré des années aux plus forts moments des attentats auxquels elles n'ont finalement pas pu échapper. Puis après avoir été livrées à leur sort, voilà qu'elles sont sorties de l'anonymat à l'occasion d'oraisons funèbres laconiques, dans lequel elles ont demeuré juste après que les cortèges officiels eurent appuyé sur le champignon, quittant les douars dans un aller sans retour. Dans le sillage du crissement des pneus en alerte sous forte escorte, des promesses officielles de protection, disparues dans le dernier nuage de poussière provoqué par un départ en trombe. Terrorisme encore C'était aussi cela, comme si on n'avait jamais vécu ça, avec ces attentats contre plusieurs personnes au cours de cette année. Le tout récent remonte au mois d'octobre dernier, le 24, du côté de Médéa, qui a vu 16 personnes tuées dans un massacre collectif. Puis juste près d'un mois avant, un 27 septembre, à Aïn Defla, avec l'assassinat de 6 GLD. Et encore un mois avant, le 24 août, une embuscade est tendue sur la route de Thénia à une patrouille de l'ANP où ont péri 6 militaires. A la mi-mars, sur la route de Berrouaghia-Médéa, 8 citoyens ont été pris dans un étau à un faux barrage. Le mois de février a enregistré deux attentats, l'un s'est soldé par une attaque d'un véhicule de police dans la région de Boghni, où ont péri 5 policiers ; l'autre s'est déroulé à Toudja, dans la wilaya de Béjaïa, bilan : 7 gendarmes assassinés. Comme quoi, on ne retient jamais les leçons. Représailles, faits de groupuscules de terroristes toujours en cavale ? On n'a pas apporté d'éléments de réponse. Mais le fait est là, rien n'a changé pour ces populations isolées, victimes de l'insécurité qui sévit autour de leurs modestes chaumières, la peur au ventre, la précarité de la vie en prime. Et puis, il y a eu ces supporteurs de l'USMA pris dans l'étau d'un faux barrage sur la route de Benchicao.Insécurité toujours, dans la rue et sur les routes. Dans la rue, en plein jour, au su et au vu de tout le monde, les agressions se sont multipliées, le crime et le banditisme ont gagné en ampleur, le vol et le braquage des automobilistes sont légion. Une année record en recels au vu des comptes-rendus rapportés par la presse journellement. Et l'objet fétiche des voleurs, le téléphone portable revendu par la suite au marché parallèle. La fureur du cambriolage aussi dans les appartements où rien n'est laissé au hasard, emportant tout dans leur sillage. Et face à cette recrudescence de la violence urbaine, l'alerte est donnée dans le milieu des citoyens qui, de bouche-à-oreille, se fabriquent leurs propres moyens de défense, n'ayant d'autre alternative que de poser portes blindées, barreaux, de cesser de fréquenter certaines ruelles et adresses, bannies désormais de leur passage.Autre phénomène qui n'a pas délogé de la mauvaise enseigne et qui va de mal en pis, le chômage, malgré toutes les formules «magiques» inventées dans la précipitation pour avaler les 30% de la population active, réduits à 27% selon les statistiques optimistes, les mêmes apparemment qui déclarent que la pauvreté a diminué sensiblement en Algérie. Alors que, jamais comme cette année, les ménages n'ont souffert de la cherté de la vie, de la montée en flèche des prix sur les produits alimentaires, de première nécessité s'entend. Jamais, non plus, on n'a vu autant de mendiants, de SDF (sans domicile fixe) arpenter les arcades de la capitale et des grandes villes et même des petits villages. Un fléau social galopant qui a marqué les propos des Algériens absents du pays depuis plus d'une décennie. En 2004, ce sont les mêmes adolescents, les mêmes sans travail, les mêmes exclus du système scolaire qui ont versé dans les travers de l'oisiveté, de la drogue, el ghobra, qu'on n'a pas besoin de vendre sous le manteau. Au sein même de l'école qui s'est encore essayée cette année à une réforme, sans arriver à trouver ses marques au regard de ce qui a marqué le monde de l'éducation sans cesse sujet à polémique, à revendications, à mouvement de grève. Entre chômage et santé Même scénario au sein des hôpitaux, théâtre de contestations syndicales. Et d'anarchie, dans la notion de service et de la revendication. Même topo de laisser-aller, de négligence, de manque de moyens matériels et humains sans cesse clamés par la famille de la santé, et réclamés par les patients. Au point de prendre pour otages les CHU et d'empêcher le service minimum en situation de grève. La montée au créneau des différents syndicats a eu un effet contraire qui a valu au mouvement contestataire de manquer d'appui dans son milieu même, affichant contradictions et rejets.Un climat de tension qui a prévalu ces dernières années, avec une appréhension en 2004, celle relative aux maladies des pauvres qui ont resurgi, reflétant la situation de misère et de pauvreté qui favorise ces pandémies disparues pourtant du paysage. L'été dernier, la hantise de la gale, de la conjonctivite, de la diphtérie, de la typhoïde et même l'épisode de la peste ont marqué les esprits. La crainte n'a pas délogé et est restée accrochée à la moindre alerte, comme cette deuxième nature liée au botulisme et aux intoxications alimentaires. Et dont les auteurs, comme pour les enquêtes, sont restés sans poursuite. Minime en tous les cas par rapport aux dégâts occasionnés. Qui se souvient de ce qu'il est advenu des autorités locales de Kehaïlia dans Oran, mise en quarantaine à cause de la peste bubonique ?. L'enquête suit son cours et on n'en est pas à la première !. Puisque, avec le dernier naufrage du Béchar et du Batna, l'explosion dans le complexe gazier de Skikda en janvier 2004, celle de la station électrique du Hamma en juin dernier, qui s'est avéré être la cible d'un attentat terroriste alors qu'une première version tablait sur un facteur technique. Violence routière On n'en a pas fini avec les résultats des investigations promises par les autorités concernées, d'ailleurs, c'est la promesse faite par le ministre des Transports pour dire que les résultats seront donnés comme pour le crash de Tamanrasset. 14 mois après le drame.Et des morts, il y en a eu encore et encore. Au bout du compte, le manque de civisme du citoyen, certes, mais aussi le laisser-aller des autorités élues par la confiance. Celles liées peut-être au drame qui a coûté la vie à 17 personnes dans une explosion de gaz de ville à Guelma soufflant un immeuble entier. Une autre à El Tarf et encore une autre à Batna. C'était ce dimanche.Et puis de bilan, celui grave, mortel et inadmissible du nombre de morts sur les routes. Près de 4 000 décès cette année encore. Autant de blessés et de handicapés. Et pour la semaine écoulée, dans un bilan de la gendarmerie nationale, si le nombre de blessés a diminué, celui des morts a augmenté. Une catastrophe nationale qui a tué cette année encore autant que le terrorisme. L'année 2004 a eu sa part de drames et s'achève comme la précédente sur un constat funèbre, macabre. Aura-t-elle un effet de prise de conscience à l'orée de l'année qui arrive ?     S. A.


Code de la famille

Un tabou brisé, mais.

Par Faouzia Ababsa, La Tribune, 29 décembre 2004

Depuis dix ans, tous les gouvernements qui se sont succédé s'étaient engagés à revoir le code de la famille. En 1998, un projet de loi a même été déposé sur le bureau de l'APN, mais il n'ira pas dans les casiers des députés et il sera encore moins débattu. Le black-out est total sur le document préparé à l'époque par Rabea Mchernene. Durant la campagne électorale de 1999, le candidat Bouteflika s'est engagé à son tour à revoir le texte décrié depuis sa préparation dans la clandestinité la plus totale par l'ensemble du mouvement des femmes et des moudjahidate. En vain. En avril dernier, et menant sa campagne pour un deuxième mandat, Abdelaziz Bouteflika revient à la charge. Il décide d'amender le code coûte que coûte. Il avait, six mois auparavant, instruit le ministre de la Justice d'installer une commission pour les amendements. Des voix se sont élevées pour dénoncer les déclarations et du président de la République et du ministre de la Justice qui avaient indiqué qu'il n'était pas logique de garder la femme sous tutelle. Mais ces voix se tairont le temps que l'avant-projet soit rendu public. Le 9 août dernier, la presse nationale s'en fera l'écho avant même son adoption par le gouvernement. C'est le tollé dans les milieux des islamistes et des conservateurs, notamment ceux du FLN qui avaient eux-mêmes voté celui de 1984, au temps du parti unique. Une véritable polémique s'en est suivie et une guerre de communiqués sans précédent s'est installée. Elle a duré tout l'été. Conférences, débats, déclarations et interviews dans les colonnes des journaux avaient comblé la scène durant la période estivale. Des polémiques qui n'avaient de sens que les desseins inavoués de leurs auteurs soutenant mordicus que, dès lors que la tutelle est supprimée pour le mariage, la société algérienne allait dévier vers la débauche. Car c'est exactement le terme utilisé un peu partout pour faire pression sur les citoyens et les pouvoirs publics afin de remettre en cause le principe même de l'amendement. Alors qu'en République, seule l'égalité devant la loi entre tous les citoyens est de mise. Pourtant, il faut le souligner, le projet d'amendement du code est considéré véritablement comme des miettes qu'on a jetées à la femme. En effet, celle-ci, selon les termes du nouveau texte -non encore adopté par le Conseil des ministres- n'a toujours pas le droit au divorce. Le rachat de sa liberté est toujours maintenu. Tout comme la tutelle sur les enfants qui est du ressort du seul père. Dans le document en attente, il est permis à la femme uniquement de suppléer à son conjoint et de ne devenir tutrice de ses enfants qu'une fois que son mari est décédé. En plus clair, elle ne peut rien décider pour ses enfants, même pas ouvrir un compte CNEP en l'absence du «chef de famille». Certes, le texte propose des améliorations. Elles sont cependant en deçà des attentes d'abord et avant tout de la société mais aussi des femmes algériennes utilisées comme enjeu électoral à chaque rendez-vous politique qui détermine l'avenir de la nation. La charia est bien entendue brandie tel un épouvantail à chaque fois qu'il s'est agi des droits inaliénables de la moitié de la société. La religion n'est nullement brandie lorsqu'il s'agit de l'égalité de tous devant le droit à l'instruction. Ceux qui se posent en clergé -alors que l'Algérie n'en dispose pas- trouvent tout à fait normal que des centaines de milliers de fillettes ne soient pas scolarisées parce que leurs parents n'ont pas les moyens de les envoyer à l'école et, par conséquent, choisissent de scolariser les garçons. «La fillette, dit-on, est appelée un jour à se marier et à fonder une famille, elle sera à la charge de son conjoint.» La belle affaire ! Mieux, à une certaine époque on a même accusé les femmes qui travaillaient d'être à l'origine du chômage des jeunes, dressant ainsi une partie de la population contre une autre. L'année qui s'écoule a été, faut-il le souligner, assez riche en débats et déclarations à propos de l'amendement du code de la famille, en fait, du devenir de la moitié de la société. La dernière manifestation en date a été celle organisée par le ministère présidé par Nouara Djaafar en collaboration avec l'APN. Une manifestation relative à la convention de Copenhague sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes ratifiée par l'Algérie en 1997. Une ratification avec beaucoup de réserves au point qu'elle a été totalement vidée de sa substance fondamentale, à savoir la garantie de l'égalité en droits de toutes et tous. Des réserves liées justement au code de la famille. Pour mémoire, même la convention sur les droits des enfants a été ratifiée par l'Algérie avec beaucoup de réserves, également liées au code de la famille. L'année prochaine s'annonce donc importante pour ce grand chantier qu'est le code du statut personnel. Dès qu'il sera adopté par le Conseil des ministres, il suivra la voie normale, à savoir celle du Parlement. Et c'est là que tout se jouera. Car, même avec les amendements considérés par beaucoup de juristes comme un compromis fait aux islamistes, ces derniers ne renonceront pas à abroger la suppression de la tutelle. Cela, en sachant qu'au sein même du FLN, majoritaire au sein de l'APN, les avis sont plus que partagés en ce sens que beaucoup de députés ont déjà fait partie de la législature qui a condamné les femmes à être mineures à vie. A moins d'un coup de théâtre, il est presque sûr que le MSP et le MRN feront front uni contre le projet de gouvernement.    F. A.


Face à l'embellie financière, la pression sociale s'est accentuée

Beaucoup de grèves, peu d'acquis

Par Nissa Hammadi, La Tribune, 29 décembre 2004

L'année 2004 a été celle de l'effervescence sociale sans se solder par des acquis importants. Soucieux de respecter leurs engagements internationaux, les pouvoirs publics sont restés inflexibles devant les doléances du monde du travail. Pourtant, le risque de débordement était présent à chaque déclenchement de mouvement de contestation. L'exaspération est telle que la plupart des conflits sont déclenchés sans préavis de grève. De manière anarchique. Pratiquement, tous les secteurs ont bougé, les uns pour revendiquer une augmentation de salaire, les autres pour défendre un emploi menacé par des mesures de libéralisation. Même la fonction publique n'assure plus un emploi à vie. Les réformes que préparent les pouvoirs publics visent à la contractualisation de la relation de travail pour les nouveaux recrutements. A cette précarisation des conditions de travail s'ajoutent la crise du logement, la réduction des revenus par tête d'habitant et la paupérisation de l'ensemble de la société. La pression sociale a une explication. La santé financière de l'Algérie n'a jamais été aussi bonne. Les recettes pétrolières du pays devraient atteindre, en 2004, le montant record de 30 milliards de dollars, contre environ 24 milliards en 2003. La contradiction entre la propagation de la misère sociale et les confortables revenus pétroliers n'a, du coup, jamais été autant ressentie. L'Algérie affiche une grande aisance financière, sans pouvoir pour autant sortir, sur le plan économique et social, d'une phase dépressive qui dure depuis plus de dix ans. Des mendiants et des prostitués hantent les nuits d'Alger. Des enfants sont privés de lait, devenu trop cher pour la maigre bourse des parents. Durant l'année en cours, de nombreuses écoles ont signalé des cas d'évanouissement et appelé les associations à la rescousse pour une distribution de bols de lait gratuits à l'entrée des classes. Des appels à la solidarité foisonnent dans les colonnes des journaux, pour un médicament, du lait en poudre pour nourrisson ou une prise en charge médicale. D'innombrables lycéens ne poursuivent plus leurs études au-delà du baccalauréat parce que les livres sont hors de prix, a déclaré la présidente d'une organisation caritative, jeudi dernier, sur les ondes de la chaîne El Bahdja. En somme, tout augmente, mais les salaires stagnent. La crise sociale majeure qui frappe l'Algérie conduit la jeunesse dans une impasse et ne lui laisse comme perspective que l'émigration, pour fuir les pénuries en tout genre, le chômage massif, l'arbitraire et la misère. Selon le Conseil national économique et social, durant la très courte période 1999-2000, près de 420 000 emplois publics ont été supprimés. Même si l'on assiste à une décrue du chômage, qui se situerait autour de 20% au lieu de 28%, grâce surtout aux emplois créés dans l'agriculture, secteur qui emploie 2,2 millions de salariés, beaucoup de chemin reste à faire pour entrer dans les normes en ce qui concerne ce fléau. Sur une population active estimée à quelque 8 millions de personnes, plus de 2 millions sont au chômage. Les différents dispositifs mis en place jusqu'à présent n'ont pas donné de résultats spectaculaires. Le taux de chômage en Algérie ne baissera significativement, avancent les experts de cette institution, que si on arrive à réaliser un taux de croissance similaire à celui des trois dernières années, soit 6 à 7%, et cela pendant les quinze prochaines années. Le démantèlement tarifaire partiel, mais qui sera total dès l'entrée en vigueur des accords avec l'OMC, menace, selon des syndicats, près de 500 000 emplois. Suppressions qui viendront s'ajouter à une paupérisation qui touche plus du tiers de la population. Tous les syndicats ont tenté durant cette année d'occuper le terrain au risque d'être décriés par la base. Des mouvements de protestation ont été enregistrés, y compris dans le secteur sensible de la justice qui a revendiqué non seulement des salaires conséquents, destinés à mettre la profession à l'abri des tentatives de corruption, mais aussi une accélération du dossier de réforme de la justice, qui devrait assurer une plus grande indépendance vis-à-vis du politique. La centrale syndicale, sous la pression des salariés, exige, elle aussi, du gouvernement un assouplissement en matière de démantèlement tarifaire. Elle est toutefois accusée par de nombreux salariés de temporiser et de faire le jeu de l'Exécutif, ce qui accentue le mécontentement dans les entreprises. L'ouverture du marché algérien, qui va permettre l'entrée de produits manufacturés importés d'Europe, crée, expliquent les syndicalistes, une concurrence déloyale, susceptible de provoquer la fermeture de nombreuses entreprises publiques. L'Algérie risque, selon des sociologues, de s'embourber dans une rébellion généralisée, très dangereuse pour le maintien de l'unité nationale. La misère dans laquelle vivent des populations entières est d'autant plus insupportable qu'elle s'accentue au fur à mesure que se multiplient les grosses fortunes aux origines obscures. Des groupes puissants contrôlant l'économie rentière, spéculative et de l'import-import, en toute impunité. L'absence de confiance entre les autorités publiques et les citoyens est telle que les émeutes sont devenues banales en Algérie. Elles sont en passe de devenir un moyen privilégié de dialogue entre les autorités et le peuple.      N. H.


Energie et mines en 2004

Des projets en série et des recettes pétrolières records

Par Youcef Salami, La Tribune, 29 décembre 2004

Le gros contrat conclu par Sonatrach sur l'exercice 2004 est gazier avec le groupement espagnol de Repsol-Gas Natural, pour l'exploration et l'exploitation des gisements de Gassi Touil. Il s'agit d'un marché de plus de trois milliards de dollars remporté par les Espagnols à l'issue d'une cérémonie d'ouverture publique des offres commerciales des compagnies soumissionnaires organisée à la mi-décembre à l'hôtel Sheraton. Gassi Touil a été mis en concurrence à travers un avis d'appel d'offres international lancé en avril 2002. Repsol-Gas Natural a proposé mieux que ses concurrents qui sont BP, Eni-Anadarko, Total-Shell, arrivés eux aussi à la phase des offres commerciales. Gassi Touil est un projet de taille. Trente-six compagnies pétrolières ont assisté à sa présentation et treize offres techniques ont été enregistrées. Le projet a été réajusté et modifié. D'une durée de trente ans, avec une période de développement de cinquante-quatre ans, Gassi Touil est attribué aux Espagnols sous la forme d'un contrat de type partage de production, en conformité avec la législation en vigueur dans le secteur des hydrocarbures. Le segment transport par canalisations, partie importante dans ce projet, revient ainsi de fait au groupe Sonatrach. Il va s'en charger seul. A Gassi Touil, il y a des gisements en exploitation, d'autres le seront. Les travaux de développement portent sur le forage de cinquante-deux puits et la reprise de seize autres existants, ainsi que sur la construction d'installations de surface pour le traitement (extraction de condensa et de GPL, décarbonatation) de vingt-deux millions de mètres cubes par jour de gaz brut et la mise en place de nouvelles capacités pour le transport de 6,5 milliards de mètres cubes par an de gaz de vente. Il est aussi prévu la construction d'une nouvelle usine de liquéfaction d'une capacité nominale de quatre millions de tonnes par an. Gassi Touil est situé à quatre cents kilomètres au sud de Hassi Messaoud. Il s'agit d'un projet complexe, dont il est difficile de mettre en harmonie toutes les parties qui le composent dans l'actuelle législation. Le ministre de l'Energie et des Mines reconnaît dans l'une de ses déclarations qu'il a fallu une véritable gymnastique pour réajuster ce qui devait l'être et se mettre en conformité avec la loi en vigueur. L'Algérie se projette dans une industrie gazière gagnée par une concurrence rude sur le marché de l'Union européenne, son marché naturel. Ses capacités d'exportation, l'Algérie ambitionne de les ramener à quatre-vingt-cinq milliards de mètres cubes d'ici à 2010. Dans la production pétrolière, la production en association a dépassé sur 2004 celle dégagée par Sonatrach en effort propre, fruit d'importants contrats signés en 2004 mais aussi en 2003 et 2002. Avec des prix de baril aussi onéreux que ceux qu'a connus le marché en 2004, l'Algérie a engrangé des recettes pétrolières d'un peu plus de trente et un milliards de dollars, en 2004, résultat jamais enregistré auparavant. L'exercice 2004 a vu aussi la poursuite, dans le secteur de l'électricité, des réformes du groupe Sonelgaz transformé en sociétés par actions, dans le cadre de la loi sur l'électricité et le gaz par canalisation votée en 2002. Sur les dix années à venir, la SPA que dirige aujourd'hui Noureddine Bouterfa entend s'engager dans un processus d'investissements ambitieux. 2004 pour la Sonelgaz, c'est aussi une nouvelle expérience en matière de finances. La société vient de mettre sur le marché vingt milliards de dinars en emprunt obligataire. Dans le secteur des mines, des contrats ont été conclus en 2004. Une expérience de partenariat entre des Australiens et la Société nationale de l'or (Enor) a été mise en mouvement, en 2004. Des permis d'exploitation ont été également attribués à des privés nationaux. En tout, trente et un millions de dollars ont été rapportés par l'activité minière à la faveur de cette libéralisation, en vertu d'une nouvelle loi adoptée en juillet 2001. Dans la lignée de ces ambitions, Pharphos travaille sur un projet phosphatier de deux milliards de dollars dont elle a fait la présentation le samedi 25 décembre 2004.Dans la pétrochimie, 2004 a été marquée par le sinistre du complexe de pétrochimie de Skikda. Le sinistre a été circonscrit, puis maîtrisé et les unités affectées remises en service. Dans le raffinage et la distribution des produits pétroliers, Naftec et Naftal se sont engagées dans des projets de modernisation de leurs outils de production. De même qu'elles sont entrées en partenariat avec des opérateurs étrangers. Le secteur de l'énergie et des mines a maintenu aussi en 2004 la périodicité de la semaine de l'énergie. Un événement qui a attiré des compagnies réputées à l'échelle mondiale, dont une partie dispose de points de chute en Algérie. La semaine de l'énergie, édition 2004, est une réussite, estiment ses promoteurs. Lui a succédé, début décembre en cours, un séminaire international sur la formation dans le secteur de l'énergie. La rencontre a réuni aussi bien des experts locaux qu'étrangers. Finalité : mettre en osmose entreprises dans le secteur de l'énergie et des mines, et instituts spécialisés.    Y. S.


Libéralisation du secteur des télécommunications

Des retombées plus que positives

Par Ziad Abdelhadi , La Tribune, 29 décembre 2004

Qui aurait cru qu'au bout de quatre années de libéralisation du secteur des télécommunications dans tous ses segments, on en arriverait à des résultats aussi positifs. N'en déplaise à tous les sceptiques aux réformes économiques, le bouleversement que rencontre la téléphonie aussi bien fixe que mobile est une démonstration des avantages tirés de libéralisation. Des chiffres, il en existe et qui apportent la preuve que le secteur des télécommunications est l'un des rares segments d'activité où les réformes économiques engagées par l'Etat en 1995 ont abouti. Mais c'est surtout dans le segment de la téléphonie mobile qu'une véritable mue s'est opérée car la puce qui se vendait par l'opérateur historique sous la table à des prix dépassant tout entendement, aujourd'hui on la retrouve parfois à des offres promotionnelles qui se rapprochent de la gratuité. C'est dire que l'écart est grand entre les premières apparitions de la téléphonie mobile et les offres actuelles. Non sans remarquer que l'entrée en lice du nouvel opérateur Wataniya Télécom Algérie (WTA) sur le marché de la téléphonie mobile, au mois d'août dernier, et où les deux opérateurs que sont Mobilis (filiale d'Algérie Télécom) et Orascom Télecom Algérie (Djezzy) occupaient déjà le terrain. Trois opérateurs qui ne cessent depuis de se livrer une dure concurrence à coup de «qui fera mieux que l'autre en matière d'offres commerciales et de services. Ces derniers n'hésitant pas à faire appel aux insertions publicitaires dans les espaces médiatiques, visuels et écrits et de sponsoriser des activités culturelles, histoire de glaner encore plus de parts dans ce marché. Ce dernier serait loin d'être saturé ou d'atteindre ses limites, assurent nombre d'observateurs avertis et cela, les opérateurs l'ont compris ; c'est ce qui explique peut-être le pourquoi de ce grand déploiement d'actions publicitaires qui commencent à inonder les grandes villes. D'ailleurs, on ne peut que d'adhérer à ce constat sur l'évolution du marché. Et pour preuve, les estimations attendues à la fin 2005, soit 4,5 millions d'abonnés aux réseaux de téléphonie mobile, chiffre qui vient d'être atteint en ce mois de décembre 2004. Et par voie de conséquence, les 10 millions attendus pour la fin 2010 paraît réalisable. Autre comparaison, celle relative à la télédensité (véritable indice du niveau d'usage du téléphone dans une population donnée), si elle tournait autour des 3% jusqu'en 2000, elle vient d'enregistrer un véritable saut quantitatif puisqu'elle serait actuellement de 15,74%. Un tel pourcentage met l'Algérie sur le même rang que les pays voisins. On avance même qu'en 2006 le pays sera bien classé dans le tableau de l'usage de la téléphonie fixe ou mobile des pays du Bassin méditerranéen.Les nouvelles technologies de l'information et de la communication : l'avancée de leur application demeure encore à la traîne et on attribue ce retard à diverses raisons, dont des faiblesses d'ordre structurel et infrastructurel. Il en découle une faible utilisation des ressources offertes par le réseau Internet. Le dernier rapport du Conseil national économique et social (CNES), dans un des chapitres sous le titre suivant : «l'Algérie en matière de NTIC», apporte les détails des contraintes qui entravent l'essor des technologies de l'information et de la communication(TIC). En effet, l'accès encore limité aux réseaux d'information ne permet pas une grande utilisation des applications NTIC. Pour ne citer que l'exemple du réseau Internet, tel qu'énoncé dans le rapport du CNES, où on lit que ce moyen de communication qui a fait une apparition timide en 1993 et qui, par la suite, a connu des difficultés de développement jusqu'en 1999, qui rencontre ces dernières années une demande interne importante se traduisant par l'éclosion entre 2000 et 2003 (source : CNES) de 100 cybercafés à 4 000 (un seul en 1998), de 10 000 à 700 000 internautes, de 20 sites Web à 2,000 et, enfin, de 5 providers à 95, dont 33 en activité. Toutefois, le taux de pénétration de l'Internet dans les foyers reste faible, souligne le rapport du CNES. Et selon les rédacteurs du rapport, cela serait dû à la tarification, estimée encore très élevée. En définitive, on peut dire que les applications des NTIC chez nous n'ont pas le même essor que la téléphonie mobile et, du coup, cela risque d'engendrer un décalage important au moment même où ces deux segments doivent évoluer en parallèle.   

Z. A.

Privatisation des entités économiques publiques

Après le blocage, la relance

Par Samira Imdalou, La Tribune, 29 décembre 2004

A l'exception de Sonatrach, Sonelgaz et de la Société nationale du transport ferroviaire (SNTF), toutes les autres entités économiques sont privatisables. Les pouvoirs publics, qui avaient marqué leur volonté de passer à une nouvelle politique économique beaucoup plus fiable par le bais de l'ordonnance du 20 août 2001 et qui ont tergiversé par la suite en menant l'opération de privatisation au ralenti pour différentes raisons, ont décidé de passer en cette fin d'année à la vitesse supérieure dans ce processus. Donc, après un début timide au cours de ces trois dernières années, on assiste aujourd'hui à un revirement de la situation. C'est que le redémarrage du processus de privatisation a connu parfois un succès, comme c'est le cas dans le secteur de la sidérurgie, et s'est soldé d'autres fois par l'échec. Et ce, avant de connaître un blocage durant les dix premiers mois de cette année en raison, bien sûr, des élections présidentielles. L'avant et l'après-avril 2004 sont en fait deux périodes de stagnation en matière de privatisation des entreprises économiques. Ce n'est qu'au dernier trimestre de 2004, précisément le 3 novembre, que le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, annonce la décision de relancer la privatisation en avançant le nombre de 1 280 entités privatisables. Il a ainsi remis sur la table le débat sur cette question sensible de l'économie nationale. Car vingt-quatre heures après la sortie du chef de l'Exécutif, c'est-à-dire le 4 novembre, le branle-bas de combat a commencé chez les syndicalistes avec la convocation d'une réunion entre les différentes fédérations de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA). Les collaborateurs de Abdelamadjid Sidi-Saïd ont, en effet, décidé de lancer pour leur part une contre-campagne pour contrecarrer le programme de privatisation qui prévoit, faut-il le rappeler, l'ouverture du capital des plus importantes entreprises publiques relevant de tous les secteurs (agroalimentaire, BTPH, mécanique, tourisme.) au capital national et étranger. Cette montée au créneau n'a pas empêché le gouvernement de poursuivre le processus en lançant d'ores et déjà les ventes de 942 entreprises par le bais du site Internet du ministère chargé de la participation et de la promotion des investissements. Estimant les entités économiques constituant le secteur public à 800 milliards de dinars, le premier responsable du dossier, M. Yahia Hamlaoui, a tenu à préciser qu'il ne s'agit nullement d'un acte volontariste. Pour l'heure, plus de 600 manifestations d'intérêt ont été affichées pour des prises de participation au niveau de 311 EPE (sur les 942). 49% de la demande a été exprimée par les opérateurs économiques nationaux alors que la demande de leurs homologues étrangers est évaluée à 37%. Celle des travailleurs salariés oscille entre 13 et 14%. La mécanique, le machinisme sont les secteurs les plus courtisés par les investisseurs à hauteur de 25%. Viennent après l'agroalimentaire et les services avec 13% et le BTPH en dernière position avec 4%. Il y a lieu de préciser que toutes ces manifestations d'intérêt ne seront pas forcément concrétisables puisqu'elles feront d'abord l'objet d'études. On s'attend, selon les prévisions du gouvernement, à privatiser en cette fin d'année plus de 100 entreprises affiliées aux Sociétés de gestion de participation (SGP) dont le mandat de deux ans que leur a accordé l'Etat en vue d'assurer la surveillance stratégique des capitaux qu'il détient dans les EPE a pris fin le 12 décembre dernier. Un mandat qui s'est ainsi achevé avec la remise en route du processus de privatisation.Des opérateurs privés algériens ont déjà bénéficié de cette ouverture qui leur a permis d'acquérir des briqueteries, des unités de boissons et d'eaux minérales, des hôtels et autres unités éligibles à la privatisation. La dynamique enclenchée par les SGP semble avoir apporté des résultats. Les experts estiment que, si cette démarche arrive à se maintenir, l'Algérie pourrait avancer à grands pas dans le domaine de la privatisation et mettre ainsi fin à la période de transition «certes complexe mais décisive pour l'avenir», selon les experts économiques qui préconisent au gouvernement de profiter de l'aisance financière du pays pour avancer dans le processus de privatisation de manière particulière et dans les réformes économiques de manière globale. Comment mettre fin aux réticences ? C'est le défi qu'auront à relever les pouvoirs publics en 2005 après le coup d'accélérateur de fin 2004.     S. I.


L'Algérie espère des recettes de 31 milliards de dollars en 2004

Records pour le prix du baril et l'euro

Par Amine Echikr, La Tribune, 29 décembre 2004

L'Algérie tire plus de 96% de ses recettes en devises de ses exportations d'hydrocarbures. Les recettes d'hydrocarbures de l'Algérie seraient de plus de 31 milliards de dollars pour l'année 2004, a estimé le ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil. Fin novembre, l'Algérie avait engrangé 29 milliards de dollars uniquement des recettes des hydrocarbures. Il s'agit d'une année exceptionnelle pour l'Algérie. Les raisons de cette embellie : un baril à près de 42 dollars en moyenne annuelle.L'ampleur imprévue de la demande et une pénurie des capacités de production ont déclenché une hausse vertigineuse des prix du pétrole en 2004, que même l'OPEP n'a pu enrayer. Cet envol de près de 70% en un an a culminé fin octobre à des records historiques, à plus de 55 dollars le baril à New York et 51 dollars à Londres. «Le premier facteur a été un accroissement de la demande qu'on n'avait jamais vu depuis les années 1960, tiré en premier lieu par la Chine», indique un analyste à la Société Générale. «Le deuxième facteur, poursuit-il, a été l'épuisement de toutes les réserves de capacité, que ce soit de production de brut ou de raffinage.» «Pour la première fois depuis vingt ans, le marché a fonctionné sans aucune marge de sécurité», souligne cet analyste. Du coup, les spéculateurs se sont couverts en constituant une large prime de risque prenant en compte la guerre en Irak, la menace terroriste en Arabie saoudite, les grèves au Nigeria, le scandale financier du géant russe Ioukos ou encore les ouragans dans le golfe du Mexique. L'Agence internationale de l'énergie (AIE), dont les statistiques sont considérées comme parmi les plus fiables du secteur, estime la croissance de la demande à 3,3% en 2004, un niveau bien supérieur à la moyenne des dix dernières années. La Chine est devenue le deuxième pays consommateur de brut derrière les Etats-Unis et devant le Japon : après un bond de 14,7% cette année, sa demande devrait encore croître de 5,6% en 2005, selon l'AIE. Dans ce contexte, l'industrie pétrolière a dû produire à plus de 99% de sa capacité maximale et il a fallu puiser dans les stocks, qui sont tombés à des niveaux historiquement bas aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe ou au Japon. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui fournit un tiers de l'offre mondiale, a produit jusqu'à 30 millions de barils par jour à l'automne, un record de 25 ans. L'année 2004 a marqué un tournant dans l'histoire du pétrole, augurant des prix du brut désormais plus élevés. «Après avoir vécu pendant plus de vingt ans en surcapacité, le marché s'apprête à vivre quelques années en sous-capacité, avec des niveaux de prix élevés et des besoins d'investissement énormes», estime l'analyste de la Société Générale.Mais ce que ne disent pas les politiques et analystes de la zone euro, c'est que les records qu'a atteints la monnaie européenne face au dollar atténuent largement les records atteints par le prix du pétrole sur les marchés de Londres et de New York. Si nous comparons les prix en termes réels, c'est-à-dire en exprimant le prix du baril en dollar de 2002, les prix d'aujourd'hui sont sans commune mesure avec les prix de 1973 et surtout de 1979. Donc, on ne peut pas parler de nouveau choc pétrolier ni d'année record pour l'Algérie sauf si, en volume, nos exportations ont atteint des niveaux extraordinaires. Une étude de l'OCDE démontre que le prix du baril en 2004 et à dollar constant a atteint la moitié de sa valeur de 1979. Il faudrait qu'avec l'inflation mondiale et la parité dollar/euro le prix du baril atteigne les 70 dollars pour parler de record historique. Les records étant relatifs, espérons que celui de 2004 pourra se reproduire avec un dollar américain plus fort.    A. E.


En L'absence d'une véritable relance de l'activité culturelle

La culture conjoncturelle a dominé la scène

Par Farida Belkhiri, La Tribune, 29 décembre 2004

«A l'occasion de., dans le cadre de., en hommage à.» sont les expressions qui reviennent souvent pour annoncer spectacles et activités culturelles organisés pour la plupart par les institutions officielles. «Ces occasions» telles que le mois de ramadhan, le 1er Novembre, le 5 Juillet et autres dates historiques, hommages, anniversaires ou festivals, sont pratiquement les seuls prétextes pour faire bouger les choses et les administrateurs de la culture qui acceptent pour l'occasion de desserrer quelque peu les cordons de la maigre bourse de la culture pour produire des spectacles.Au ramadhan dernier, comme aux précédents, le spectateur a eu l'embarras du choix dans la multitude de manifestations culturelles jusqu'aux derniers jours du mois. Toutes les institutions culturelles, dont l'Etablissement Arts et Culture, l'Office national de l'information et de la communication, l'Office Riadh el Feth, le Théâtre national algérien ou le palais de la Culture qui n'abrite que de rares manifestations, ont élaboré leur programme «spécial ramadhan» qui couvre le mois et rien que le mois. Spectacles pour tous, pour tous les goûts et toutes les bourses. L'Etablissement Arts et Culture a organisé, à lui seul, 75 manifestations drainant presque 12 mille spectateurs adultes et 545 enfants. Ilots culturels La télévision algérienne s'est surpassée, elle aussi, en programmant, entre autres, de nouveaux feuilletons comme le Joueur du défunt cinéaste Djamel Fezzaz et la Vierge de la Montagne sur Fathma N'Soumer. Mais ramadhan passé, la «morosité» culturelle revient et s'installe jusqu'à la prochaine occasion. Quant aux activités culturelles qui ont été organisées çà et là, elles ne sont jamais arrivées à combler le vide sidéral. Loin s'en faut. On en veut pour preuve le fait que, quasiment, toute activité culturelle soit qualifiée d'«événement». En fait, c'est la rareté qui fait qu'une simple soirée musicale puisse prétendre au titre d'événement. Il faut aussi souligner que spectacles et activités artistiques ont, dans leur écrasante majorité, pour scène Alger et, rarement quelques autres grandes villes. Le reste des Algériens, la majorité, sont plongés dans l'inculture d'où ils ne sortent qu'à la faveur des grandes et rarissimes occasions que constituent les pics événementiels. Ainsi, au mois de jeûne dernier, après quelques hommages et activités de circonstance, les organisateurs planchent sur la prochainedate-événement. La célébration du 1er Novembre, où tout un dispositif a été installé pour fêter cet événement par plusieurs manifestations jusqu'en 2005, aurait pu être un prétexte pour suggérer une amorce de relance culturelle de même d'ailleurs que l'Année de l'Algérie en France.En effet, les organisateurs se sont tous accordés à dire que l'Année de l'Algérie n'était pas une fin en soi et que, la manifestation bouclée, il s'agissait de penser et travailler à «l'après-Année». Le commissaire général algérien, M. Mohamed Raouraoua, voyait en cet événement «comme une immense scène ouverte à la création artistique et littéraire. L'événement que représente l'Année de l'Algérie en France permettra de valoriser les capacités créatives des Algériens engagés dans un rapport passionnant entre les références patrimoniales et les tendances actuelles. Ce sera l'occasion de souligner des itinéraires originaux, de faire connaître des personnalités attachantes, de révéler ou de confirmer des expressions intimement liées au parcours symbolique et affectif du peuple algérien avec ses joies, ses douleurs et ses espoirs». Relance à l'Arlésienne Il est vrai que cet événement a relancé en quelque sorte l'activité culturelle, permettant à un bon nombre d'artistes de créer, de travailler et de produire des spectacles. Mais qu'en est-il de l'après-Année de l'Algérie en France ? Rien ou si peu : des ouvrages publiés et exposés au niveau des librairies, une promesse, pas encore tenue, de permettre au public algérien d'assister aux manifestations présentées en France. Les festivals, grands événements culturels qu'on songe même à institutionnaliser, qui auraient pu être des vitrines de la culture algérienne, sont, eux aussi, touchés par cette dilatation du «vide» qui a transformé les manifestations en îlots dans un désert culturel. Pour s'en convaincre, il suffit de voir le nombre de festivals qui ont été créés et le nombre de ceux disparus ou, faute de prise en charge, menacés de disparition. Pour s'en convaincre, il suffit de se remémorer l'aventure du festival de jazz JazzAyir créé, organisé et produit par le Collectif 33 tours qui, après s'être taillé une place de choix sur la scène et avoir fidélisé un public par la qualité de ses spectacles, est parti sur la pointe des pieds. La raison ? «On ne voulait pas faire dans le bricolage. On était venu avec l'idée de construire un festival qui se bonifie et s'améliore à chaque édition. On voulait tirer vers le haut et on a vu qu'on était entraînés vers le bas. Et comme on refuse de faire dans la médiocrité, on a préféré arrêter les frais et partir, même s'y on y a laissé des plumes, beaucoup de plumes [.]», nous dira en substance Reda Chikhi du Collectif 33 tours. La versatilité des sponsors, l'inconstance des partenaires et les pièges bureaucratiques de l'administration ont eu raison de la volonté de ce groupe de jeunes Algériens qui voulaient tout simplement donner à l'Algérie un festival de jazz égal à tous les autres du monde et, par respect envers son public et les artistes, refusait de travailler en bricolant des éditions où, après avoir invité des sommités du jazz algériennes et étrangères, il devait se résigner à annoncer des annulations pour cause de problèmes de dernière minute. Souvenons-nous aussi du festival du théâtre de Mostaganem qui s'est tenu in extremis à cause d'un cafouillage administratif provoqué par le ministère de la Culture. Le festival ayant été institutionnalisé, l'association locale, qui s'est depuis toujours chargée de son organisation, a été de facto écartée et l'argent qu'elle avait réussi à rassembler bloqué, car ne pouvant être géré que par le commissaire du festival qu'on avait omis de désigner et d'installer ! Festivals versatiles Il en est de même du Festival international du film de la jeunesse de Timimoun. Créé en 1998 par le cinéaste Mohamed Chouikh, ce festival flirte avec l'annulation parce qu'il manque de sponsors, mais surtout de ces «grosses cylindrées» du cinéma qui, pour la plupart, monnayent leur participation et l'affichage de leurs noms qu'ils savent constituer un gage pour le festival. Ainsi, après trois éditions, le festival a observé une année sabbatique en 2001, pour reprendre en 2002 et en 2004 pour la 5e édition. A chacune de ces éditions, Mohamed Chouik faisait référence aux difficultés financières qui menaceraient la tenue de ce festival. L'an dernier, il a pu se tenir grâce, entre autres, à la fondation Déserts du monde. Une collaboration qui n'a pas porté ses fruits puisque c'est à la suite de cette association que Mohamed Chouikh a annoncé la «fin» du festival de Timimoun, pour la 6ème édition du moins. Une autre année sabbatique ou la mort pure et simple ? Pour le moment, personne ne le sait. Plus récemment, les organisateurs du festival de rock, à quelques jours de l'ouverture, ignoraient où se tiendrait sa 3e édition. «On ne dispose pas d'un organisme fixe qui se charge d'une manière permanente de l'organisation du festival de rock. Chaque année, on sollicite des organisateurs et sponsors nouveaux. La première édition de ce festival a été assurée par l'OREF, la seconde par l'Etablissement Arts et Culture et pour cette année par African Music Power avec la collaboration de l'OPCA et la participation de Nestlé. La prochaine édition sera peut-être assurée par ces deux derniers», a affirmé Redouan du groupe Litham lors de la troisième édition de ce festival qui a eu lieu le week-end dernier. Le «peut-être» de Redouan en dit long sur l'instabilité caractérisant l'assise d'un festival, qui est constituée de sponsors, de partenaires et, surtout, d'une administration dont dépend tout : scène, autorisation, sécurité.Et la nouvelle réglementation concernant l'institutionnalisation des festivals n'a pas changé grand-chose à la situation. Quant à la suppression du vide culturel, elle demeure tributaire de l'administration à laquelle revient la charge de mettre en place une législation qui faciliterait la création de sociétés de spectacles et d'événements, encouragerait le sponsoring, le mécénat et l'investissement dans le secteur de la culture et organiserait toutes les filières de production.    F. B.

   
www.algeria-watch.org