En l'absence d'un réel contre-pouvoir

Bouteflika, unique recours

 

Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune, 29 décembre 2004

Plébiscité avec un taux de près de 84% des votants, Bouteflika dispose d'une légitimité assez large pour avoir les coudées franches et mener une politique de changement profond devant toucher tous les domaines. En attendant que le Président révèle ses intentions et les détails du programme de son second mandat, l'opposition, laminée par ses scores, redoute une gestion politique de main de fer ne permettant à aucun parti de renaître de ses cendres et de se remettre sur pied, y compris à travers des fusions, des unions et des fronts dans la dynamique de cette recomposition inéluctable. Ce taux en faveur de Bouteflika a fait naître des craintes quant à des tentations bonapartistes d'autant plus que Bouteflika dispose du profil du Bonaparte que fut Boumediene, puisqu'il se situe au-dessus de la mêlée, et a commencé à défaire les «clans» informels qui ont toujours parasité l'Etat, le centre de décision rendant imperceptible le centre de décision. Sauf que Boumediene l'avait été dans un contexte différent aussi bien au plan politique qu'économique et, à ce titre, il avait arbitré les luttes de classes au sein de la société et les luttes de clans au sein du pouvoir. Les résultats enregistrés par l'opposition peuvent pousser certains milieux à considérer l'opposition comme une formalité et un alibi démocratique au même titre qu'une presse privée pouvant subir les contrecoups de son «excès de liberté». Le 8 avril, les électeurs ont accordé les pleins pouvoirs à Bouteflika pour qu'il soit le président de la République à part entière, le premier magistrat, le chef suprême des armées et l'unique centre de décision qui engage l'Etat et la nation. Bouteflika en est conscient et en souffre, parce que le poste qu'il occupe dans cette conjoncture nationale et internationale est loin d'être une sinécure. Certes, les contextes financier et climatique sont venus à point nommé conforter quelque peu le programme ambitieux du Président mais les choix à faire notamment au plan économique aussi bien au niveau interne qu'au niveau de l'intégration régionale et internationale sont difficiles, tant en raison des pesanteurs d'une administration et d'une clientèle qui refusent le sevrage de la rente qu'en raison des craintes légitimes du monde du travail quant aux conséquences des réformes et des mutations sur leur devenir. La libéralisation du marché algérien a effectivement commencé à prendre forme sous le premier mandat de Bouteflika même si le marché demeure déstructuré. La phase qui s'annonce sera celle de la normalisation et de l'assainissement du marché et de son environnement institutionnel notamment à travers la réforme du système financier qui reste le dernier secteur résistant à toute mutation qualitative, en raison justement des convoitises qu'il suscite. N'est-il pas le pourvoyeur de fonds par complaisance ou sur injonction de ceux qui ont travesti l'esprit des réformes et de la libéralisation à travers la formule d'«import-import». Souvent et pendant la dizaine d'années de «bricolage» économique, des personnes ont bénéficié de lignes de crédit sans aucun apport financier de leur part et sans produire de plus-value au profit de la communauté nationale. C'est justement là que réside le défi de Bouteflika qui doit faire face à la prédation, à la corruption et au népotisme dans la gestion des affaires publiques et la privatisation de l'Etat, et de ses biens, au nom du tout Etat, par des clans rapaces alimentant ainsi la dislocation et les fractures sociales qui ont produit l'une des tragédies les plus terribles de l'Algérie. Après avoir apaisé, pendant son premier mandat, le front sécuritaire, ce qui a permis au pays de reprendre sa place dans le concert des nations, Bouteflika s'attelle à en finaliser la normalisation avec son projet de référendum sur l'amnistie générale, pour mieux s'attaquer aux facteurs originels de la crise multidimensionnelle. Pendant de longues années, les pouvoirs successifs en Algérie n'avaient aucune stratégie globale et intégrée de sortie de crise. Bouteflika a, dès son investiture en 1999, établi un plan de travail basé sur des priorités consistant, en premier lieu, à rétablir la sécurité sur la majorité du territoire national. Mais cette action déterminante pour la suite du programme présidentielle a été parasitée par les clivages politiques classiques qui allaient enfin révéler le poids réel de chaque tendance notamment entre le courant favorable à la réconciliation nationale à travers un compromis nécessaire et le courant de la rupture même violente avec l'islamisme et le conservatisme. Dans ce tourbillon d'incertitudes politiques et d'instabilité gouvernementale, Bouteflika ne cessait de répéter qu'il refusait d'être «un Président à trois quarts», suggérant que la partie invisible de l'iceberg l'empêchait de mener à bien sa mission. Cette partie invisible sera mise à nu lors de la campagne des présidentielles d'avril 2004, avant d'être à son tour restructurée et formatée en douceur après les résultats des élections. Les divisions politiques ayant caractérisé le processus électoral ont révélé une profonde crise du système que Bouteflika semble avoir géré de main de maître pour en sortir vainqueur. Plusieurs facteurs ont concouru à la victoire de Bouteflika. Si l'on excepte Boudiaf dont l'élan a été brisé trop tôt, la crise de plus de dix ans n'a pas permis l'émergence d'un leader politique d'envergure nationale et internationale. D'où le recours à Bouteflika en 1999 pour servir de faire-valoir d'une politique anachronique et sans objectif stratégique. Mais après son élection contestée en 1999, Bouteflika a fait le roseau qui plie mais ne casse pas, jusqu'au moment où le peuple le redécouvre, comprenne ses intentions et le consacre chef de l'Etat. Le 16 septembre 1999, Bouteflika obtient le suffrage universel qu'il veut et entame un bras de fer sournois avec les adeptes du statu quo. Il a réussi à transcender cette guerre sourde à travers son action diplomatique qui lui a permis, d'une part, de rétablir la crédibilité politique et financière de l'Algérie et, d'autre part, de gagner le soutien des puissances mondiales à son programme. L'autre facteur déterminant réside dans l'absence d'un front uni et unique de l'opposition autour d'un projet national alternatif. Ce qui a affaibli les détracteurs de Bouteflika au sein même du sérail et a fait de lui l'unique recours des Algériens qui ont découvert un homme seul face à une coalition politique vide et à des lendemains incertains. Dès lors, les électeurs l'ont plébiscité pour lui signifier qu'il dispose de tous les pouvoirs constitutionnels pour assainir l'Etat, les institutions et l'économie. Bouteflika a saisi le message qu'il attendait depuis longtemps.     

A. G.

L'année 2004 entamée avec pour seule perspective l'élection présidentielle

Période trouble et enjeux du cap du 8 avril

 

Par Abdelkrim Tazaroute, La Tribune, 29 décembre 2004

Jamais une élection présidentielle dans notre pays n'avait été vécue de la sorte. Passion, effervescence, lutte féroce entre candidats avec des dérapages, des incidents, de la violence. Enfin, c'était l'année de toutes les incertitudes, pour ne pas dire, comme le prédisaient les acteurs de la scène politique, de tous les dangers pour le pays. Un homme symbolisait à leurs yeux les dangers qui minent l'Algérie, c'était le président candidat. Dès lors, il a constitué la cible privilégiée. Il a eu droit à toutes les attaques possibles et imaginables. La situation était explosive, à la lecture de la presse, de ses commentaires comme de ses analyses. Les hommes politiques, des anciens, des ex en puissance, des généraux à la retraite et des candidats à l'élection présidentielle à longueur de colonnes de presse brossaient les tableaux les plus noirs de la situation du pays. Un climat de peur et d'appréhension s'était installé. Normal avec le foisonnement des scénarios catastrophe. C'était la période des appels au boycott, à la résistance, au blocage des institutions, des appels à l'union contre la candidature du président Bouteflika pour un second mandat, des appels pour le report de l'élection présidentielle.L'effervescence dans toute sa démesure. Cette échéance électorale ne pouvait de toute évidence que connaître un tel développement. Pour preuve, il y a une campagne électorale avant l'heure. Au commencement, il y a cette fameuse position de l'armée qui ouvrait la voie à toutes les spéculations et supputations. L'armée pour la première fois affichait officiellement sa neutralité. Autrement dit, elle ne cautionnait aucune candidature, ce qui constituait une première. Mieux, par la voix de son chef d'état-major, elle avertissait qu'elle respecterait le choix des électeurs même si le Président était de la mouvance islamiste. Du coup, toutes les grilles de lecture habituelles étaient devenues obsolètes. La course pour les présidentielles était ouverte. Ouverte en réalité à un déballage sans précédent. Le ministre de l'Intérieur ayant rejeté le principe du report de la prochaine élection présidentielle, a clairement affirmé que le scrutin se déroulerait au mois d'avril 2004, comme prévu par la Constitution de la République et que tout le monde était tenu à respecter les délais fixés pour la tenue de l'élection présidentielle. Après avoir vainement tenté de contraindre le président Bouteflika de jeter l'éponge au terme d'une cabale médiatique plus virulente que celle qui avait contraint le président Zeroual à écourter son mandat, la partie opposée à la candidature du président pour un second mandat passe à une autre étape. La crise au FLN, parti majoritaire dans les institutions élues, exacerbait la situation politique du pays. C'est le moment choisi par un groupe de personnalités, le groupe des dix, pour affûter ses armes et ouvrer pour barrer la route au président candidat. Les alliances conjoncturelles se tissaient et le candidat Benflis avait bonne presse. Le microcosme algérois avait la conviction que la victoire ne pouvait lui échapper. Les opportunistes de tous genres se sont alors positionnés publiquement. Ils détenaient la vérité servie par des initiés du sérail. L'Algérie profonde manifestait ses faveurs pour le Président «qui a ouvré pour la paix durant son premier mandat». Les contestations se multiplièrent contre les visites entreprises par le président de la République à travers plusieurs wilayas du pays. Mais personne ne désespérait, le regard tourné vers l'institution militaire. Au fur et à mesure que la date fatidique de la tenue des élections présidentielles approchait, le pays était suspendu à ce scrutin. Tout était relégué au second plan. L'Algérie était en situation de blocage de toutes les réformes entreprises. L'Algérie était divisée en raison du choix du candidat à la présidentielle à élire. L'heure était au choix et il fallait, du moins pour la sphère influente, le montrer, l'afficher publiquement et faire en sorte de convaincre les indécis. Les faiseurs d'opinion s'acharnaient à avancer la thèse selon laquelle, sans un second tour, il ne pouvait s'agir que de fraude. Il y avait de la bagarre et des dérapages mais point de débat. L'Algérie offrait une piètre image. Elle était dans tous ses états et son peuple retenait son souffle. Et puis, le jour J arriva. La suite, tout le monde la connaît. Personne n'a réussi à occuper la rue. Heureusement. Le président Bouteflika a été réélu pour un second mandat avec une écrasante majorité. Les candidats malheureux se sont effacés de la scène politique pour un temps. Le temps de se demander ce qui s'était réellement passé. Les fidèles compagnons d'une lutte pour les présidentielles ont parlé de trahison. Entre-temps, le président de la République a opéré les premiers changements dans l'institution militaire. Mohamed Lamari a pris sa retraite, Ali Benflis aussi apparemment, et les formations politiques se cherchent quand elles ne vivent pas de crise interne. Le pays, malgré tous les scénarios catastrophe établis avant le 8 avril, a surmonté la crise.    

A. T.

Diplomatie algérienne en 2004

En quête d'une place sur la scène internationale

 

Par Ghada Hamrouche, La Tribune, 29 décembre 2004

A l'image des cinq années de son premier mandat, le président Bouteflika fait du retour de l'Algérie sur la scène internationale l'une des priorités de sa politique. Dès son investiture en avril 2004, aidé par une conjoncture internationale favorable mettant l'Algérie dans une place confortable, le président Bouteflika a multiplié les signes pour marquer la poursuite de sa politique externe. En parfait ministre des Affaires étrangères, il multiplie les messages d'ouverture à l'endroit des Etats-Unis d'Amérique et de la France, annonce un réexamen des relations avec le Maroc, densifie des relations avec les pays africains et solidifie les liens avec les pays arabes. Ainsi, l'Algérie a réussi à se repositionner auprès de ses principaux partenaires du Nord, ceux du Golfe, ainsi qu'une forte présence sur la scène africaine. La politique africaine algérienne a indéniablement marqué des points. L'année 2004 a été celle des rencontres africaines. Elle avait commencé avec une participation au deuxième sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) en Libye. Trois mois plus tard, soit en mai, le président de la République a dirigé la délégation algérienne à la seconde réunion des chefs d'Etat et de gouvernement pour la mise en ouvre du NEPAD à Maputo, au Mozambique. Deux jours plus tard, l'Algérie, représentée toujours par le chef de l'Etat, participe au lancement officiel du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine à Addis-Abeba. Deux mois plus tard, au même lieu, soit la capitale éthiopienne, l'Algérie, représentée par son Président, participera à la 3e session ordinaire de l'Union africaine. Deux jours plus tard, le chef de l'Etat prendra part au troisième sommet extraordinaire de l'UA consacré à l'emploi et à la lutte contre la pauvreté. Le président clôturera ses visites africaines en octobre par la participation à la réunion consacrée au «dialogue des parties prenantes au NEPAD», à l'invitation du président de l'Afrique du Sud, M. Thabo M'beki.Ayant intensifié ses relations avec les Etats-Unis, l'Algérie attendait beaucoup de la présidence américaine du G8. Espérant que les Américains sauraient sensibiliser leurs partenaires à la nécessité d'accroître le montant de l'aide publique au développement et d'investir en Afrique, le président de la République s'est employé lors du sommet de Sea Island, en juin dernier, en Géorgie, aux Etats Unis, à plaider le partenariat G8-région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. C'était également l'occasion de discuter des problèmes en matière de paix et de sécurité entre les occupants de l'hémisphère Nord et ceux du Sud. La signature du Traité d'amitié avec la France et la participation au 60e anniversaire du débarquement marquent une nouvelle ère dans les relations avec l'ancienne force coloniale. 2004 a été également l'année de la recherche d'une meilleure insertion dans les échanges internationaux.L'Algérie cherche désormais à s'intégrer pleinement dans le jeu international et à jouer la carte de la mondialisation. Pour les autorités algériennes, il s'agit de disposer de leviers extérieurs pour accélérer le processus de réformes économiques qui se heurte encore à de nombreux obstacles. Cette politique passe notamment par la signature de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie, sa ratification par le Parlement algérien devant intervenir au cours de 2005, et la perspective d'adhésion à l'OMC.Les Etats-Unis, très présents en Algérie dans le secteur des hydrocarbures, encouragent les autorités algériennes à accélérer le processus de libéralisation économique. 2004 marque aussi la poursuite des efforts de rapprochement avec la francophonie. En prenant part au sommet des chefs d'Etat des pays francophones au Burkina Faso, le président Bouteflika a, une fois de plus, souligné l'intérêt d'intégrer l'organisation francophone sans toutefois formuler sa volonté d'adhésion. L'intégration progressive dans l'Organisation de la francophonie est envisagée sans volonté de heurter les réticences et les résistances des conservateurs. Sur un plan régional, les relations algéro-marocaines sont toujours en dents de scie. Le conflit algéro-marocain à propos du Sahara occidental continue à être l'obstacle majeur de l'édification de l'Union du Maghreb arabe. La tension entre les deux pays est quasi permanente. Le dernier trimestre de l'année 2004 est l'exemple édifiant de la nature des relations des deux voisins. Froid, tension et hostilités par déclarations interposées continuent à empoisonner les relations de bon voisinage des deux pays.    

G. H.

Longtemps impliquée dans les affaires politiques

ANP : la fin d'une époque

 

Par A. Lemili, La Tribune, 29 décembre 2004

Le retrait de l'armée du champ politique est un événement au demeurant difficilement imaginable dans l'histoire de l'Algérie. Cela signifie-t-il celle de toute l'institution ou seulement d'un groupe d'officiers supérieurs, plus clairement de généraux qui, pour leur présence trop appuyée sur la scène politique depuis la fin des années soixante-dix en général et au cours de la décennie noire en particulier, n'étaient plus sortables aux yeux et de l'Europe et des Etats-Unis ?Indéniablement ancrée dans la société en raison de l'extraction populaire des éléments la composant depuis la création du service national, l'ANP a joué un rôle essentiel dans tout le processus d'édification nationale, de l'indépendance à la disparition de Boumediene. Toutefois, l'image qui en sera gardée par le commun des citoyens au lendemain de l'élection de Chadli Bendjedid et encore une fois jusqu'à la démission du chef d'état-major Mohamed Lamari sera celle d'une institution dont le premier exercice est de faire et défaire les chefs d'Etat. Une propension à peser dans la vie politique algérienne «tolérée» à l'extérieur du pays tant que l'ordre géopolitique mondial avant la déglaciation du bloc de l'Est, la chute du mur de Berlin, la perestroïka n'autorisait encore ni le devoir et encore moins le droit d'ingérence, autant sous des formes économiques ou militaires, dans les affaires internes des pays du reste du monde.Inéluctablement, l'Algérie n'échappera pas à ces importantes mutations internationales suscitant, l'onde de choc mondiale aidant, un besoin impérieux de démocratie au sein de la population. Pour préserver la stabilité du pays, l'ANP en paiera le prix par l'impopularité auprès des masses en octobre 1988, et par le sang face à l'intégrisme religieux au lendemain de l'arrêt du processus électoral au motif que la République serait menacée confirmant ainsi sa tutelle sur un peuple à son corps défendant. Le général Lamari ne déclarait-il pas lors de l'entretien accordé à la revue le Point : «[.] Au début des années 90, une frange de notre population a marché quand on lui a proposé d'instaurer un régime théocratique. Mais grâce à NOUS, elle a finalement compris qu'il ne s'agissait que d'un moyen de conquête du pouvoir et elle a cessé de soutenir les terroristes.» Superbement, le chef d'état-major des armées faisait l'impasse sur l'illégitimité de toutes les consultations populaires passées depuis l'indépendance, confirmant dans la foulée que, quelles que soient les dénégations des plus hauts responsables de l'institution militaire, celle-ci n'a pas cessé de jouer le rôle de tuteur de près de trente millions d'Algériens. Or, auparavant, le président Bouteflika, élu en 1999, déclarait pour sa part à un autre organe d'information étranger : «Je comprends ceux qui se sont rebellés contre le pouvoir établi», ajoutant : «J'aurais, dans les mêmes circonstances, agi de la même manière si j'avais vingt ans».L'opposition diamétrale des deux opinions entre le président de la République et accessoirement ministre de la Défense et celle du général pour très nette qu'elle s'établissait et était établie n'en était pas moins tronquée par un deal matérialisé par la ligne rouge que le chef de l'Etat s'était fait obligation de ne pas franchir par devoir de reconnaissance sans nul doute à l'endroit de «décideurs» qui ont «autorisé» en 1999 sa candidature d'abord et son élection ensuite.Une élection encadrée qui n'était pas de nature à lui laisser exercer réellement le pouvoir, d'une part, et parce que les militaires ont subrepticement mais très certainement pesé dans le choix du peuple, d'autre part. L'institution militaire, c'est évident, est un parti politique dominant et de la désignation de Chadli à celle de Zeroual qui a autant «élu» les Présidents qu'investi leurs chefs de gouvernement à l'exception de Mohamed Boudiaf, elle ne s'est jamais excentrée en réalité. De sa mise à l'écart en 1979 à son retour aux affaires en passant par sa traversée du désert, Bouteflika, compagnon le plus populaire de Boumediene, a eu le temps nécessaire de scruter le paysage politique algérien, tirer des enseignements à partir de données subliminales mais également de signaux forts qui pèseront dans sa stratégie visant à faire passer de l'autre côté du champ l'institution militaire. En prenant subtilement en charge des sujets brûlants mais incontournables en ce sens qu'ils constituent une condition sine qua non aux yeux de l'opinion internationale, laquelle porterait un autre regard sur la réalité algérienne, il évoquera sensiblement la question de la réconciliation nationale, le retrait de l'armée des institutions politiques, le dossier des disparus, la réforme de la justice, accompagnant ses déclarations politiques par une accélération des réformes économiques comme moyen attractif de l'investissement étranger. Avril 2004 sera le couronnement de cinq années passées à préparer et confirmer un deuxième mandat libéré de toute tutelle autre que celle du peuple. Le plébiscite incontestable qui s'ensuivra en constituera une preuve éclatante. Et quand la nouvelle de la démission du général Lamari fut portée à la connaissance de l'opinion publique, autant en Algérie qu'à l'étranger, tout le monde s'accordait à dire qu'une page de l'histoire de l'Algérie venait d'être définitivement tournée. Une transition faite dans la douceur par un remodelage très soft de la scène politique nationale par le retrait progressif visible et prévisible de l'institution militaire des affaires. Les contours de ce retrait de la vie politique, un retour bien ordonné dans les casernes, étaient perceptibles eu égard aux sorties médiatiques multipliées de hauts gradés autant en fonction qu'à la retraite, mais également du président de la République avant et après sa réélection.Il est vrai que les conditions politiques et idéologiques qui permettaient à l'armée d'incarner la souveraineté, voire d'être la source même du pouvoir, étaient en ce début de troisième millénaire largement dépassées. L'institution ne pouvait dès lors qu'être subornée à l'Etat, obéissant à un président de la République qui plus est ministre de la Défense nationale. Elle compte dans ses rangs une nouvelle génération de jeunes officiers d'un niveau très élevé dont le but est de servir le pays mais également de réhabiliter l'image ternie, parfois arbitrairement, d'une institution par une logorrhée médiatique urbi et orbi.   

A. L.

   
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