Conférence de presse du ministre de l'Intérieur à Adrar

Zerhouni s'attaque à Nezzar

Le Matin, 7 février 2004

« Je n'ai pas de commentaires à faire. Posez la question plutôt au général Nezzar qui vient de rentrer des Etats-Unis où il était en voyage. Peut-être a-t-il des informations plus précises à vous donner à ce sujet. » C'était là la réponse du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Nourredine Yazid Zerhouni, jeudi à Adrar en marge de la visite du Président, à la question d'un journaliste l'ayant invité à réagir aux dernières déclarations du général à la retraite attestant des entraves imposées par le chef de l'Etat aux forces de l'ANP dans leur lutte contre le terrorisme. Des déclarations faites au lendemain de l'offensive lancée en janvier par les forces militaires contre les éléments de Abderezak Le Para, qui tentaient d'introduire un impressionnant arsenal acheté aux trafiquants d'armes et payé avec l'argent de la rançon ayant servi à la libération des otages européens, notamment allemands en août 2003.
Après cette prompte réaction, le ministre s'est aussitôt ravisé pour éviter toute interprétation supposant une quelconque divergence entre les forces de l'Armée et la Présidence de la République : « Ma conviction, et ce que je sais personnellement en tant que ministre de l'Intérieur, est que cette opération s'est déroulée dans une coordination étroite entre toutes les autorités impliquées dans la lutte contre le terrorisme et les autorités politiques. »
Le général à la retraite, Khaled Nezzar, avait, dans un communiqué adressé à la presse et paru mardi dernier, accusé le Président de la République d'avoir « délibérément et sciemment lié les mains des unités spéciales de l'ANP qui avaient réussi à repérer et à encercler Abderezak dit Le Para et ses groupuscules de tueurs », lors de la libération des touristes européens pris en otages par le groupe terroriste l'été dernier au Sahara. L'ancien ministre de la Défense poursuit que le chef de l'Etat « a empêché l'ANP de mettre hors d'état de nuire la meute terroriste et de libérer par la force les personnes retenues prisonnières ». Dans un long écrit, l'auteur n'a pas mâché ses mots faisant ainsi éclater au grand jour toutes les divergences de stratégie et de vision en matière de lutte anti-terroriste entre les forces de l'ANP et le chef de l'Etat auquel est d'ailleurs imputée toute éventuelle dérive en matière de sécurité. « Dix années d'efforts et de sacrifices de l'ANP, dix années de résistance de notre peuple ont été réduites à néant par une politique faite de laxisme et d'ambiguïté. La concorde civile, souhaitée ou acceptée par la majorité de notre peuple, s'est transformée au gré des petites phrases, des longs discours et des actes de compromission en démarche qui a revigoré le projet intégriste et conforté les espérances de ses tenants qui ont opté pour la violence », avait-il expliqué.
L'attaque, jeudi, de M. Zerhouni contre le général Nezzar, intervenant à environ deux mois de l'échéance présidentielle, n'est pas fortuite et n'a fait ainsi qu'exacerber et confirmer les hostilités entre les autorités militaires et politiques contrairement à ce qu'a tenu à assurer le ministre de l'Intérieur. Le chef de l'Etat, qui convoite un second mandat présidentiel et qui accélère la cadence dans son périple à travers le pays, n'a plus le soutien de l'institution militaire et le divorce est ainsi consommé. La hiérarchie militaire qui a annoncé sa neutralité pour l'échéance électorale d'avril prochain a toutefois expliqué, par la voix du chef de l'état-major Mohamed Lamari, dans une déclaration faite au Matin en janvier écoulé, que cette neutralité est loin de signifier l'abandon de la République.
De son côté, Khaled Nezzar, qui se trouvait effectivement aux Etats-Unis « pour raisons de santé depuis le début du mois de janvier », a-t-il indiqué, n'a pas reculé d'un iota sur ses déclarations faites mardi dernier en confirmant qu'il avait exprimé tout ce qu'il avait à dire dans cet article. « J'ai tout dit », a-t-il répondu hier.
Yasmine Ferroukhi

   
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