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BOUTEFLIKA-ANP Rupture de contrat Le Soir d'Algérie, 19 juin 2003 Ces dernières semaines, en effet, un discours dominant est imposé par l’entourage de Bouteflika et consistant à faire accroire que la prochaine présidentielle était d’ores et déjà scellée. Oui, comme en 1999, le ministre des Affaires étrangères de Houari Boumediène est encore cette “moins mauvaise” solution consensuellement retenue par les cercles influents de la décision politique. C’est-à-dire, faut-il d’ailleurs le préciser, par les principaux dirigeants de l’armée. Brandir, de façon reccurrente, les menaces islamistes incarnées par un Djaballah dopé exagérément par les services et les relais de la présidence s’avérait, chaque jour davantage, un axe fondamental de la stratégie de campagne du candidat Bouteflika. Ce, en même temps qu’une volonté ostentatoire d’amadouer l’islamisme politique dans ses deux versions, “hard” incarnée par le terrorisme, et son prolongement “soft” qui se traduit par la doctrine “qui-tue-qui ?”. L’armée, via son chef d’étatmajor, se démarque manifestement du bourbier électoraliste de Bouteflika, à bien lire son entretien accordé, mardi dernier, au quotidien égyptien Al Ahram. Exactement comme il y a une année de cela, Mohamed Lamari y tenait à faire la part des choses entre l’aspect strictement militaire et celui politique dévolue par la Constitution au plus grand segment institutionnel du pays qu’est l’armée. Ministre de la Défense nationale, Abdelaziz Bouteflika disposait, en effet, de toutes les compétences exclusivement dévolues au détenteur de la fonction. “Faute de temps”, estimera avec un fort sens de civilité Lamari, Bouteflika n’a pas assumé ses responsabilités à ce niveau. Pis encore, la lutte contre le terrorisme engagée par l’armée, les services de sécurité et les forces politiques républicaines du pays aura été sapée par un “discours politique” ambiant désastreux. “La lutte contre le terrorisme ne se limite pas uniquement à l’armée et aux services de sécurité, mais devrait être consolidée par un discours politique et une mobilisation des citoyens”, estimera Lamari dans une allusion à peine voilée à la politique de “concorde et (de) réconciliation nationales de Bouteflika”. Une démarche non seulement démobilisatrice mais porteuse de périls pour la sécurité nationale. Le chef de l’état-major de l’ANP exprime la chose à sa manière : “L’an dernier, nous avons réussi à éliminer 186 terroristes appartenant au GSPC (...), mais en contrepartie, 220 jeunes ont rejoint les rangs de ce groupe”. Considérant l’obligation de réserve liée à la fonction, le général de corps d’armée, chef d’étatmajor, ne pouvait raisonnablement exprimer plus ouvertement une espèce de ras-le-bol quant à l’attitude des responsables politiques du pays par rapport à la subversion islamiste : “Je suis le chef d’étatmajor de l’armée et non le ministre de la Défense”. Une précision somme toute banale mais qui, en l’espèce, est à interpréter comme un lourd reproche. Président de la République en exercice, fortifié, comme il l’a souhaité en 1994, déjà de la fonction de ministre de la Défense, Abdelaziz Bouteflika, qui concentre tous les pouvoirs depuis 1999, ne peut plus jouer la carte populiste du genre “trois quarts de président”. Un dossier, le fameux “état d’urgence”, fonds de commerce convoqué incessamment, et jusqu’à l’abus par la smala du “qui-tue-qui ?” au prétexte malsain de se soucier des “droits humains”, est on ne peut plus illustratif de la chose. Lamari, solennel, affirme que l’armée, de toutes les façons, non habilitée en la matière, ne voit aucun inconvénient dans sa levée “dès demain” s’il le peut. Le patron des troupes algériennes ira même plus loin : “Sa levée (l’état d’urgence, ndlr) il y a quatre ans de cela n’aurait en rien influé sur notre mission”. Une allusion d’une précision chirurgicale. Kamel Amarni
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