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| Rapports contradictoires entre Bouteflika et l'armée Grands mots et petites phrases El Watan, 28 janvier 2003 L’évolution de la scène politique algérienne ne peut pas se comprendre sans la référence aux institutions présidentielle et militaire qui ne sont pas en réalité éloignées l’une de l’autre. Le chef de l’Etat se trouve être dans le même temps chef suprême des armées. La Constitution lui permet donc d’exercer à ce titre la plénitude de ses prérogatives. En accédant à la charge présidentielle, Abdelaziz Bouteflika était en situation d’être un élu sans attache organique avec l’armée puisque ce n’est pas, comme avant lui le défunt Houari Boumediène, Chadli Bendjedid ou Liamine Zeroual, un officier de carrière. Président de rupture à cet égard, Abdelaziz Bouteflika n’aura pas mis longtemps à vouloir se libérer de la tutelle de l’institution militaire en affirmant qu’il ne voulait pas être un trois quarts président. Il indiquait explicitement, en fait, qu’il n’avait pas les coudées franches ni une forte marge de manœuvre pour agir et renverser un équilibre des pouvoirs en sa défaveur. A quelques semaines de sa prise de fonction, Abdelaziz Bouteflika avait manifesté publiquement sa volonté de se réapproprier les pouvoirs que lui attribuait la Constitution, même s’il ne craignait pas d’ajouter que cette Constitution il ne l’aimait pas mais qu’il s’obligeait à faire avec. Le président de la République, coopté dans le cadre d’un large consensus qui agrégeait à l’établissement militaire toutes les sensibilités politiques, en était venu à se fonder sur la volonté populaire dont il estimait en dernière analyse que c’était elle qui l’avait porté au pouvoir. C’est dans ces conditions qu’il ne voyait pas en quoi était utile la procédure qui visait à faire valider devant l’Assemblée le programme qui l’avait fait élire et qui était devenu celui du gouvernement. La légitimité populaire était ainsi placée par le président de la République au-dessus du consensus militaro-politique qui avait conduit à son élection. Une attitude qui pouvait tout à la fois prendre de court la classe politique, en attente de renvoi d’ascenseur, et embarrasser l’institution militaire que pouvait piéger un conflit avec un président qui, familier des grands forums mondiaux, pouvait prendre à témoin l’opinion internationale. D’autre part, l’armée n’aurait pas gagné à paraître au grand jour comme en opposition à un président qui martelait son intention de rétablir la paix, paraissant ainsi aux yeux des partenaires de l’Algérie contrecarrer les efforts du chef de l’Etat. Mais le président de la République, pas plus que l’institution militaire, n’auront été au-delà d’une escarmouche qui a laissé entiers bien des non-dits. Car, si de part et d’autre, on ne dit plus rien qui soit de nature à amener des questionnements,on n’en pense pas moins. Suffisamment pour que le chef d’état-major général de l’armée, Mohamed Lamari, ait jugé nécessaire de souligner, dans le récent entretien accordé à l’hebdomadaire français Le Point, que l’institution militaire n’avait pas de problèmes avec le président de la République. Mais nul ne pouvait s’attendre à ce qu’il dise autre chose à cet égard, la question n’étant déjà plus à l’ordre du jour dès lors que le général Lamari se positionnait par avance sur l’élection de 2004 en affirmant que l’armée accepterait le prochain président, fut-il islamiste. Et c’est sans doute cette petite phrase qui pèsera de tout son poids sur la scène politique algérienne, car elle résonne déjà plus comme un choix que comme un jeu de mots à l’emporte-pièce. Par Amine Lotfi
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