Alger officialise la "démission" du général Lamari

Le Monde, 5 août 2004

Lors de l'élection du 8 avril, qui a reconduit triomphalement Abdelaziz Bouteflika à la présidence, des dissensions s'étaient fait jour entre le chef de l'Etat, également ministre de la défense, et son chef d'état-major
Alger correspondance

Par un communiqué, la présidence de la république algérienne a confirmé, lundi 3 août, la démission "pour raisons de santé" du chef d'état-major de l'armée, le général Mohamed Lamari, et son remplacement par le commandant des forces terrestres, le général Salah Ahmed Gaïd. Son départ était évoqué depuis la réélection d'Abdelaziz Bouteflika avec 84,9 % des suffrages, le 8 avril, mais son sort n'avait semblé scellé que lors de la visite de Michèle Alliot-Marie à Alger, le 16 juillet, à laquelle il n'avait pas assisté.

Comment, à l'occasion de la première visite d'un ministre de la défense français depuis l'indépendance, et tandis que les deux pays s'apprêtent à signer un accord de coopération militaire, le véritable "chef" de l'armée algérienne pouvait-il être "en congés", comme l'avait indiqué le ministre de l'intérieur Yazid Zerhouni ? C'est ce dernier, proche du président, qui avait accueilli Mme Alliot-Marie.

Les rapports entre le chef d'état-major et le président ont toujours été complexes. Comme l'a expliqué dans ses mémoires Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense, M. Bouteflika avait été élu en avril 1999, comme ses prédécesseurs, parce qu'il était le candidat de l'armée. Mais après son élection, le nouveau chef de l'Etat avait pris ses distances, déclarant que l'arrêt du processus électoral en janvier 1992 par l'armée algérienne constituait une "violence". Les chefs de l'armée algérienne, dont le général Lamari, avaient poussé l'ancien président Chadli Bendjedid à la démission pour priver le Front islamique du salut (FIS) de sa victoire, la jugeant contraire aux intérêts de l'Algérie. Non content de sembler le leur reprocher a posteriori, le président avait tardé à constituer son premier gouvernement, déclarant que les militaires l'empêchaient de travailler et menaçant de "rentrer chez lui" pour éviter d'être un "trois quarts de président".

UNE "PURGE" SYMBOLIQUE

Même si, par la suite, le chef de l'Etat a rendu hommage à l'armée pour avoir assuré la "sauvegarde de la nation et de la république", les rapports avec son chef d'état-major ne se sont jamais réchauffés. Celui-ci, avec le temps, est apparu comme l'homme de la décennie sanglante des années 1990, avec ses 100 000 à 200 000 morts et ses milliers de "disparus", imputable en partie aux "éradicateurs" des forces de sécurité, avec la menace de voir un jour la justice internationale se pencher sur le dossier. Le départ du général Lamari, qui a dirigé la guerre contre les groupes islamistes armés, apparaît donc comme une "purge" symbolique.

Même s'il ne s'était pas opposé ouvertement à la politique de réconciliation nationale du président, le chef d'état-major, lors d'une rencontre avec la presse algérienne en juillet 2002, avait estimé que l'armée avait "vaincu le terrorisme" mais que l'Algérie continuait de vivre sous la menace de l'intégrisme, et que la lutte contre ce phénomène, "une lutte d'abord politique, économique", n'avait "pas atteint ses objectifs". A l'approche de la présidentielle d'avril, le général Lamari avait insisté sur la "neutralité de l'armée", signal interprété comme un encouragement par les adversaires du président, tout particulièrement Ali Benflis, ancien chef de gouvernement limogé par M. Bouteflika en mai 2003.

Depuis la réélection de M. Bouteflika, la phase des "mises à jour" a commencé. Ali Benflis a démissionné du FLN et le parti, un temps scindé en "factions", a rejoint le giron présidentiel. Les journaux qui avaient mené campagne contre M. Bouteflika sont remis au pas.

ANNONCE OFFICIELLE

La "mise à jour" la plus attendue, celle du chef d'état-major de l'armée, est apparue comme irrévocable le 4 juillet. A la veille de la fête de l'indépendance, le général Lamari a accueilli le chef de l'Etat au siège du ministère de la défense pour une cérémonie classique de promotion d'officiers supérieurs.

Alors que le président, traditionnellement, procède aux nominations sur les conseils de la hiérarchie militaire, M. Bouteflika, cette fois, a fait son choix seul. Pour mieux marquer ses distances avec le chef des "décideurs" militaires, il a également rappelé publiquement son rôle constitutionnel de chef des armées. Ce fut la dernière apparition publique du général Lamari.

Ce dernier a-t-il choisi de quitter son poste avant d'être démis, prenant de cours le président ? Le retard dans l'annonce officielle de la démission aurait eu pour but de le convaincre d'y renoncer.

En choisissant le général Salah Ahmed Gaïd, 72 ans, pour lui succéder, le président algérien respecte une tradition qui veut que le chef de l'armée de terre accède au poste de chef d'état-major. Peu porté sur la politique, le nouveau chef d'état-major a un profil qui ne bouleverse pas la donne au sein d'une institution militaire dont le rôle reste déterminant.



   
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