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Enjeux autour d’un départ Par Ali Bahmane, El Watan, 4 août 2004 Le recours au classique motif médical a épargné au général Lamari de rendre publiques les causes réelles de sa démission de son poste de chef d’état-major et à Bouteflika de motiver son acceptation. Mais tout le monde sait que le général Lamari a décroché depuis le 8 avril dernier et que son départ n’était qu’une question de temps : les profondes divergences qui existaient entre les deux hommes forts du pays étaient connues de tous car souvent ouvertement étalées devant l’opinion publique. Celle-ci a compris que tout était définitivement fini entre eux lors de la visite à Alger de la ministre française de la Défense, Michelle Alliot-Marie, durant laquelle était absent le général Mohamed Lamari. Ce dernier s’est toujours opposé à Bouteflika sur la gestion du dossier de l’islamisme politique, ne partageant pas sa philosophie générale consistant à réserver une place aux islamistes sur la scène politique nationale. Un des piliers, avec Khaled Nezzar du mouvement dit des «janvieristes», ceux qui ont interrompu le processus électoral il y a quatorze ans, le général Mohamed Lamari, était partisan de l’éradication de l’islamisme politique au motif que sa vocation est de servir de terreau au terrorisme. Estimant que les islamistes avaient subi une «violence» le 12 janvier 1992, Bouteflika s'était, en revanche, rapproché de ce courant depuis son arrivée au pouvoir, lui confectionnant une loi sur la «concorde civile», lui faisant cadeau d’un décret portant «grâce amnistiante» et lui préparant un texte sur la «concorde nationale». Les deux décideurs étaient donc aux antipodes sur cette question-clef de la crise algérienne mais ils partageaient l’idée, peut-être pas pour les mêmes raisons, que l’armée devait amorcer un processus de retrait définitif de la vie politique. Une idée partagée également par l’opposition pour qui le moment est venu pour les militaires de tourner la page, de cesser de faire et de défaire les présidents de la République et de tirer les ficelles politiques de l’ombre : en retournant aux casernes, l’Armée doit se consacrer essentiellement à la professionnalisation et à la modernisation de ses troupes. On n’en est pas encore là, mais les choses semblent avancer dans la bonne direction. Ce qui est sûr, en revanche, aujourd’hui, c’est que le départ du général Lamari et son remplacement par le général Ahmed-Salah Gaïd, un militaire peu porté sur la politique et assez effacé, laissent les mains libres à Bouteflika dans son traitement du dossier de l’islamisme politique, ce qui ne se fera pas sans grincements de dents au sein de l’institution militaire. Reste à savoir comment l’ANP digérera ce changement, si elle le verra comme salutaire ou comme un règlement de comptes d’appareils. --------------------------------------- Le général Gaïd Salah, nouveau chef d’Etat-major de l’ANP Lamari : mise à la retraite ou démission ? Fayçal Mettaoui Le seul à avoir le grade de général de corps d’armées, Mohamed Lamari, 65 ans, a quitté son poste de chef d’état-major de l’ANP. Ce qui n’était que rumeur, meublant l’été moite d’Alger, s’est avérée une information fondée, confirmée hier par la présidence de la République. La presse parlait du départ du général Lamari, mais cela a été démenti à demi-mot par des officiels sûrs d’eux. Nourredine Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur, avait même annoncé que le chef d’état-major de l’ANP était en congé et qu’il allait reprendre ses fonctions le 22 juillet. Déclaration faite à la faveur de la visite, à la mi-juillet, de la ministre française de la Défense, Michelle-Alliot Marie, à Alger, la première du genre depuis l’indépendance de l’Algérie. Au cours de cette visite, l’absence du général Lamari avait été remarquée et a ouvert grande la porte à toutes les supputations. «Le président de la République, chef suprême des forces armées, ministre de la Défense nationale, M. Abdelaziz Bouteflika, a reçu le général de corps d'armées Mohamed Lamari, chef d'état-major de l'Armée nationale populaire, qui lui a présenté sa démission pour raisons de santé», est-il précisé dans un communiqué de la présidence de la République, repris par l’agence officielle APS. Le communiqué n’a pas précisé si le général Lamari est appelé à occuper d’autres fonctions puisque démission ne signifie pas retraite. Comme il n’a pas indiqué les raisons de santé qui obligent un général à quitter un poste stratégique. Dans les pratiques politiques algériennes, la santé des dirigeants, civils ou militaires, relève du secret. Le même communiqué a annoncé la nomination du général Ahmed Gaïd Salah , actuel commandant des forces terrestres (CFT), au poste de chef d’état-major de l’ANP. Promotion politique ? Simple remplacement de forme ? Questions ouvertes. La mécanique au sein de l’Armée algérienne fait que le chef du CFT joue le rôle de numéro trois dans la hiérarchie. Mais l’on ne sait pas pourquoi Abdelaziz Bouteflika, ministre de la Défense également, a porté ce choix de nommer Ahmed Gaïd Salah , dont l’âge dépasse les 70 ans, à la tête de l’état-major de l’armée. Est-ce le résultat d’un consensus lié à cette fameuse règle de l’officier supérieur le plus âgé ? Cela dit, le ministre de la Défense a cette large prérogative de choisir qui il veut, si ceux qui «font» la décision au sein de l’Armée — et ils ne sont pas nombreux — sont d’accord. Le communiqué officiel est resté muet sur l’itinéraire militaire du nouvel homme fort de l’Armée. Tout ce que l’opinion nationale sait, c’est que Ahmed Gaïd Salah est resté chef du CFT pendant longtemps (plus de dix ans). Cet officier supérieur a dirigé, pour un temps, l’Ecole de formation des officiers de réserve de Blida avant de remplacer le général Lamari à la tête du CFT. CFT qui, aux yeux des experts, est à la traîne de l’entreprise de «modernisation» entamée à l’intérieur de l’ANP depuis qu’il est question de s’éloigner de la «sphère» politique et d’ouvrir les fenêtres sur ce qui se passe en Méditerranée et à l’Otan. Le départ de Lamari va-t-il installer la «modernisation» de l’Armée dans l’angle instable dans la mesure où la jeune et la relativement jeune génération d’officiers aspirent à accompagner, d’une manière plus visible, la «remise à niveau» de l’Armée ? La coopération de plus en plus apparente entre l’Armée algérienne et les Etats-Unis va-t-elle connaître un frein ou, à défaut, une remodelage ? «L’Armée nationale populaire va pouvoir ainsi, au fur et à mesure que le processus de professionnalisation et de modernisation se réalisera et se développera, se consacrer entièrement à l’exercice de ses missions, sous l’autorité et la responsabilité du président de la République, chef suprême des armées, responsable de la défense nationale», a déclaré Bouteflika, le 4 juillet 2004, lors d’une cérémonie de promotion de nouveaux généraux au siège du ministère de la Défense nationale. Cela ressemblait à un tracé d’une nouvelle stratégie. Stratégie dont les contours restes flous tant que l’opinion nationale ne saura pas, au-delà des explications officielles, pourquoi Lamari est parti, trois mois après la reconduction de Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Etat. «Il n'existe pas d'antagonisme entre le président Bouteflika et l'Armée, institution de la République au fonctionnement régi par la Constitution. Dans ce cadre, nous faisons notre travail. Nous mettre en opposition avec le Président, ça ne prend pas», avait déclaré en 2003 le général Lamari au magazine français Le Point. Pour rappel, Mohamed Lamari avait été installé à la tête de l’état-major de l’ANP en juillet 1993. Que fera Lamari ? «Si des généraux à la retraite ont du succès dans leurs affaires, c'est leur problème. Pour ce qui me concerne, je gagne à peine l'équivalent de 1500 euros (150 000 dinars, ndlr) par mois, et cela me suffit... L'opposition politique accuse les généraux d'accaparer 90% de la rente pétrolière. Mais, dans ce cas, comment mon pays aurait-il accumulé 24 milliards de dollars de réserves en quelques années ? Si on veut enquêter sur nos biens, notre Cour des comptes est là pour ça, tout est contrôlable, et nous avons à répondre chacun de nos actes», avait déclaré le général Lamari au Point. Par F. M. ----------------------- L’enjeu des réformes Après la nomination officielle du général major Gaïd Salah au poste de chef d’état-major de l’ANP, nombre d’observateurs s’interrogent d’ores et déjà sur le devenir du processus de modernisation de l’armée initié par son prédécesseur, le général major Mohamed Lamari. Son départ, volontaire ou forcé, a-t-il sonné le glas des réformes entamées dans le domaine militaire ? Lors de ses différentes sorties médiatiques, le désormais ex-chef d’état-major de l’ANP s’est toujours montré comme la principale cheville ouvrière de la professionnalisation et de la modernisation de l’ANP. Pour donner un coup d'accélérateur à ce processus, le haut commandement de l’armée, sous la houlette du général Lamari, avait initié «un plan de réformes» de l’institution militaire. Pour mener à bien ce chantier, l’ancien général du corps d’armée avait annoncé officiellement «le retrait de l’armée du champ politique pour qu’elle se consacre exclusivement aux missions qui lui sont dévolues par la Constitution». Après le rapprochement de l’Algérie avec l’Otan, le général Lamari, faut-il le rappeler, avait effectué plusieurs visites officielles à l’étranger. Ces sorties ont abouti à la signature de plusieurs accords de coopération dans le domaine militaire. Lamari avait visité, entre autres, la Russie, l’Allemagne, la Chine, le Pakistan, l’Afrique du Sud... Ces sorties ont permis à l’ANP de renouveler partiellement sa flotte et son équipement militaire. Parallèlement à cela, l’institution militaire s’est attelée à rompre son mutisme pesant grâce à la mise en place d’une stratégie de communication et d’ouverture. Grâce à cette stratégie, l’armée commence, par petites touches, à sortir de l’ombre pour se mettre sous les feux des projecteurs de la société. N’ignorant pas que cette absence de communication avait fourni aux détracteurs de l’armée des arguments pour tailler des croupières aux militaires, le commandement de l’ANP a décidé de casser ce tabou. En ce sens, on a vu le général major Mohamed Lamari s’exprimer dans les colonnes de la presse, sur les ondes de la radio et à la télévision. Le nouveau chef d’état-major, Gaïd Salah en l’occurrence, va-t-il avoir les coudées franches et surtout la conviction nécessaire pour relever le défi en menant à terme les réformes engagées dans le domaine de la défense nationale ? «L’Armée algérienne est condamnée à se moderniser», a déclaré le général démissionnaire lors de l’une de ses sorties médiatiques. Par A. Benchabane
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