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ANP - BOUTEFLIKA Les raisons d’un lâchage Le Soir d'Algérie, 29 juin 2003 Alors que le premier
cercle présidentiel enregistre déjà les premières
défections, ceux qui se disent encore fidèles à
Bouteflika font preuve d’un activisme jamais égalé
jusqu’ici. Mais il est connu que, dans ce genre d’exercice,
le zèle ne laisse que peu de place à la raison. Alors
que le flop enregistré lors de la tentative d’invalidation
du 8e congrès du FLN n’a pas encore été totalement
digéré par Saïd Bouteflika et sa cour, ils échafaudent
déjà un scénario diabolique qui consiste à
présenter le président comme une victime expiatoire d’une
partie, et une partie seulement, de la haute hiérarchie militaire.
Dans le cas présent, le cercle présidentiel n’apporte
aucune innovation. Bouteflika avait inauguré son mandat par des
attaques sournoises contre l’ANP et cela est de notoriété
publique. Par contre, cette fois-ci il semble bien que la stratégie
mise en place s’appuie sur un seul leitmotiv : ce que dit Lamari
n’est pas nécessairement l’expression d’un
consensus large au sein de l’institution militaire. L’objectif,
on le devine aisément, est de produire une certaine confusion
auprès d’un électorat qui depuis 1991 tient compte,
au vu du désastre créé par l’islamisme armé,
de l’orientation que donne l’armée par rapport à
toute consultation électorale. En martelant à souhait
que Lamari n’exprime qu’un point de vue personnel, l’entourage
du président cherche justement à rassurer rapidement cet
électorat qui se recrute majoritairement à l’intérieur
du pays et qui de surcroît ne boude pas les urnes le jour du vote.
Concomitamment à cela, Bouteflika est fixé dans son rôle
classique de pourfendeur de l’armée auprès de puissants
chefs d’Etat étrangers. D’ailleurs, lorsqu’il
affirme qu’il est prêt à laisser une issue de sortie
à ceux qui ont pris en otage des touristes étrangers dans
le Sud algérien, ce n’est rien d’autre qu’une
fetwa consacrant l’échec de l’ANP dans leur libération.
Même s’il n’est pas pris au sérieux par ses
pairs étrangers, Bouteflika aura tout de même lancé
une pique à l’endroit de l’institution militaire.
Et puisque le résultat du vote des éléments de
cette dernière est sensiblement le même que celui de leurs
concitoyens civils, comme le soulignait Lamari dans l’entretien
qu’il a accordé au quotidien cairote El- Ahram, il est
pour le moins hypothétique de croire que le vote des militaires
dans les casernes ou dans leurs circonscriptions de résidence
n’accompagnerait pas cette désillusion citoyenne par rapport
à un homme qui promettait tant en 1999 et qui termine son mandat
par des tentatives de casse de l’unité de leur commandement.
C’est en cela que la nouvelle "feuille de route" de
l’équipe d’El-Mouradia ressemble à s’y
méprendre à celle élaborée par l’islamisme
armé au début de son insurrection contre l’ordre
républicain en véhiculant dans ses publications clandestines
l’idée qu’il n’avait pas de problèmes
avec cette "armée issue du peuple, mais avec les services
de sécurité qui s’opposent au choix de ce peuple".
L’objectif des groupes armés islamistes était de
monter une partie de l’armée contre une autre. Pour un
autre mandat présidentiel, Bouteflika n’en fait pas moins
en suggérant que Lamari ne fait qu’exprimer un point de
vue personnel. C’est du pur délire relayé par une
clientèle qui, pour assouvir ses intérêts bassement
matériels, n’a qu’une mission en tête : entretenir
l’écran noir autour de Bouteflika en lui organisant des
tournées folklore à l’intérieur du pays pour
lui faire croire que sa cote de popularité demeure intacte et
que les cailloux qui ont plu à Boumerdès ne sont qu’un
"coup fourré" ou une “machination” orchestrée
par ceux qui veulent lui barrer la route vers un second mandat. Que
Bouteflika soit grisé par les propos rassurants de son frère
conseiller, ceci peut à la limite se comprendre. Mais que ce
dernier continue, tel un enfant gardant jalousement entre les dents
le bâtonnet d’"esquimau" espérant en tirer
encore les dernières gouttes de glace fondue, cela relève
d’une obsession dangereuse pour l’avenir immédiat
du pays. Et dire qu’il y a des gens qui sont allés à
Paris intenter un procès à Souaïdia, alors que ses
semblables sont tapis à l’ombre du palais d’El- Mouradia...
Alors, qui doit partir ? Lamari ou Bouteflika ? |
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