Bouteflika met au pas ses généraux

Arezki Ait-Larbi, La Libre Belgique, 5 août 2004

Le chef d'état-major Mohamed Lamari a démissionné.
Le président algérien sort victorieux de son bras de fer avec la hiérarchie militaire.


Annoncée depuis quelques jours par le «téléphone arabe», la démission du général Mohamed Lamari, chef d'état-major des forces armées, vient d'être confirmée officiellement. En invoquant des «raisons de santé» pour justifier le départ de l'homme fort du régime, le communiqué publié mardi par la Présidence algérienne n'a réussi à occulter ni les luttes d'influence au sommet de l'Etat ni les recompositions en cours dans le sérail.

Dès le début de son premier mandat en avril 1999, Abdelaziz Bouteflika tente de marquer son territoire. Coopté par les chefs militaires qui le considéraient comme «le moins mauvais des candidats», le président algérien se retourne contre ses «parrains», qu'il accuse de freiner sa volonté de réforme: «Je refuse, confie-t-il à des journalistes, d'être un trois quarts de président. Lorsque j'étais commandant de l'Armée de libération nationale, les généraux actuels n'avaient pas de grade.»

Bras de fer

Plus que des susceptibilités de préséance, le président et le chef d'état-major de l'armée divergent sur la gestion du terrorisme islamiste. Partisan de la manière forte, le général Lamari a fini par accepter la politique de «concorde civile» du président Bouteflika qui accordait l'impunité aux islamistes armés qui «n'ont pas de sang sur les mains». En décrétant une «grâce amnistiante» pour tous les maquisards qui déposent les armes, quels que soient les crimes dont ils se seraient rendus coupables, le chef de l'Etat a franchi la «ligne rouge». «J'ai appris la nouvelle dans la presse» s'est indigné le général Mohamed Lamari.

Jaloux de leurs prérogatives, les chefs de l'armée actionnent leurs relais dans la «société civile» et la presse privée qui attaquent le clan présidentiel avec une rare violence. En mars 2003, le premier ministre Ali Benflis, encouragé par le général Lamari, entre en dissidence et se présente comme le favori de l'armée pour la présidentielle d'avril 2004.

Homme rusé, Abdelaziz Bouteflika connaît le talon d'Achille de ses adversaires: le drame des milliers de «disparus» durant les années 90. Par des procédés aussi subtils que perfides, il les menace des foudres de la justice internationale pour «crimes contre l'humanité». «Si les généraux lui font barrage pour un second mandat, plus de 7000 dossiers de disparus sont déjà ficelés et prêts à atterrir sur le bureau des instances internationales», confie, en privé, un de ses proches.

«Retraite paisible»

Les dégâts collatéraux de ces luttes d'influence au sommet de l'Etat sont parfois sanglants. Comme la crise de Kabylie du printemps 2001 qui a fait plus d'une centaine de victimes, de jeunes manifestants tués par les gendarmes.

Fin 2003, c'est l'armistice: président et chefs de l'armée trouvent un deal. Le 8 avril 2004, Abdelaziz Bouteflika est réélu avec 85 pc des suffrages. En contrepartie, les principaux généraux qui auraient, dit-on, accepté de quitter le champ politique en douceur, seraient assurés d'une «retraite paisible et sans soucis». Une amnistie générale, votée à la rentrée, pourrait les mettre à l'abri de toute poursuite judiciaire.

Après avoir laminé l'opposition et désigné ses fidèles au sommet de toutes les institutions, le président Bouteflika a réussi à prendre le contrôle de l'armée. Avec une façade civile, le régime risque de se refermer. En toute impunité.

© La Libre Belgique 2004

 

   
www.algeria-watch.org