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NOUVELLE
RECONFIGURATION DANS LA HIÉRARCHIE MILITAIRE
La «génération politique» perd
la partie
L'Expression,
05 août 2004
Le départ du général de corps d’armée
Mohamed Lamari aura des conséquences durables sur les nouvelles
orientations de l’armée.
Le départ du patron de l’armée algérienne
Mohamed Lamari et son remplacement par le général-major
Gaïd Salah s’est fait dans la correction la plus totale. Cette
fracture au sein de l’état-major de l’armée,
et qui, de surcroît, concernait le personnage le plus important
de l’institution militaire, ne s’est pas produite dans la
douleur et le sang et c’est le premier point positif à saisir.
Le nouveau patron de l’armée a bénéficié de
plusieurs paramètres qui tous ont joué en sa faveur. Premièrement,
il s’agit du commandant des forces terrestres, qui, de ce fait,
est placé n°2 dans la hiérarchie de l’état-major
de l’armée. Deuzio, il s’agit d’un officier
ancien dans la chaîne de commandement de l’armée,
et qui peut de ce fait assurer encore la cohésion et la stabilité des
troupes. Tertio, il s’agit d’un homme qui a affiché ses
préférences pour le candidat-président lors de la
campagne électorale d’avril 2004, et constituait avec Ahmed
Sanhadji, le pôle des officiers supérieurs qui appuyaient «à fond» la
candidature de Bouteflika. Cependant, le général-major
Gaïd Salah ne saurait être que chef intérimaire de
l’ANP, jusqu’à nomination du nouveau général
de corps d’armée, le plus haut gradé de l’armée.
Atteint par la limite d’âge, largement septuagénaire,
Gaïd Salah assurera la cohésion de l’armée jusqu’à nouvel
ordre, vraisemblablement jusqu’à la fin de l’année.
Ce n’est qu’alors que l’on pourra assister à la
nouvelle reconfiguration au sein de l’institution militaire. Mais
l’on devine d’ores et déjà les profonds bouleversements
qui vont toucher les structures de l’armée.
Dernier porte-drapeau des officiers «opérationnels» issus
de l’armée française, Mohamed Lamari a bâti
en douze ans une structure hiérarchisée et disciplinée
qui cadrait avec ses propres visions, forgées par un anti-islamisme
implacable, une lutte contre-insurrectionnelle sans merci et un engagement «très
politique» dans la vie quotidienne du pays.
La constitution d’une «citadelle» au sein de l’armée,
et qui épousait une à une toutes ses orientations, sera
dès à présent remise en cause. Les régions
militaires, les forces aériennes et navales, les zones sensibles,
dont le Sud, le commandement d’unités opérationnelles,
les départements administratifs et la communication de l’armée
sont autant de points qui figureront à l’ordre du jour et
subiront de profondes transformations.
La génération des officiers qui ont vécu la guerre
de Libération a écrasé sous son poids toute une
lignée de jeunes colonels moins politisés et plus techniques
qui sont restés «coincés» ou qui ont quitté prématurément
les rangs de l’armée. En occupant pratiquement tous les
postes de commandement de l’armée, ils ont exclu les jeunes
officiers issus des rangs de l’ANP. Depuis 1962, c’est-à-dire
depuis pratiquement quarante-deux ans, ils ont fait et défait
les présidents, ils ont exercé le pouvoir absolu. En fait,
ils n’ont pas constitué le pouvoir, mais étaient
le pouvoir lui-même, et c’est à leur périphérie
que s’articulaient les hommes politiques en faisant de grands cercles,
autour et en prenant garde de ne pas outrepasser les lignes rouges tracées
par l’état-major.
Aujourd’hui, il semble que les donnes ont chargé et que
le président de la République exerce pleinement le pouvoir
de président «total et à plein temps». Les
contraintes de la politique sécuritaire extérieure a joué en
faveur de Bouteflika, qui, lors de sa première visite, en 2000,
au siège de l’Otan à Bruxelles, avait placé l’armée
face à des impératifs qui la dépassaient en force.
Les diverses manoeuvres navales en Méditerranée, l’orthodoxie
budgétaire imposée par les grandes institutions politiques
et monétaires internationales, la coopération en matière
de sécurité, la professionnalisation et la tendance internationale
qui pousse les militaires vers les casernes, ont grignoté peu à peu
l’hégémonie de l’armée algérienne,
préparant l’avènement à un véritable
ascendant du président de la République sur l’état-major
de l’armée.
En juillet 2002, lors d’une conférence de presse organisée
dans la salle des conférences de l’académie militaire
inter-armées de Cherchell, la présence des généraux-majors
Fodhil Chérif Brahim et Gaïd Salah, ainsi que du directeur
de l’Amia, Abdelhamid Abdou, Lamari avait déclaré qu’il
envisageait sérieusement de prendre sa retraite. Depuis, on s’attendait à le
voir partir, ainsi que toute la génération d’officiers
ALN, mais aux conditions de ceux-ci et après avoir eux-mêmes
planifié, appliqué et supervisé les conditions de
leur retrait, lequel - on le devine - devrait se faire sans pour autant
leur causer de préjudices personnels.
On retiendra de Lamari le fait qu’il a ouvert grandes les portes
de la communication dans les structures militaires, avec notamment la
mise en marche de «cellules de communication » dans chaque
Région militaire, l’organisation de conférences de
presse dans les zones opérationnelles par les chefs de la lutte
contre-insurrectionnelle, la médiatisation des opérations
militaires d’importance, grignotant ainsi les espaces autrefois
réservés au seul département recherche et sécurité et
soumis aux labyrinthes de l’information sécuritaire. La
nouvelle reconfiguration de l’état-major de l’armée
déterminera aussi le positionnement de plusieurs hommes politiques,
qui ont tourné autour des chefs de l’ANP depuis 1992, ainsi
que des médias privés, qui ont fait jonction avec les chefs
militaires à la faveur de l’interruption du processus électoral
et des grands enjeux et orientations politiques et militaires qui suivirent.
Fayçal OUKACI
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