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Abdelaziz
Bouteflika et le général des corps d’armée
Mohamed Lamari
Chronique
d’un divorce annoncé
Par
Karim Kebir ; Liberté, 4 août 2004 Voilà qui met fin aux spéculations et autres supputations
de salon : le général des corps d’armée, qui
passe aux yeux de nombreux observateurs comme l’épine dorsale
du régime algérien, a présenté mardi sa démission
au président de la République qui l’a aussitôt
acceptée, annonce un communiqué laconique de la présidence
de la République. Sans fournir de détails précis
sur cette énigmatique “démission”, le communiqué se
contente seulement de préciser que cette démission est
motivée par des “raisons de santé”. En décodé :
l’homme n’est plus en “mesure” de diriger une
institution, qui plus est, est la plus importante du système politique
algérien, l’Armée nationale populaire (ANP). Or,
il y a quelques semaines, une voix officielle, en l’occurrence
le ministre de l’Intérieur, M. Nouredine Yazid Zerhouni,
interpellé par les journalistes sur l’absence remarquée
du désormais ex-homme fort de l’armée lors de la
visite en Algérie de la ministre française de la Défense,
Michèle Alliot-Marie, avait indiqué que celui-ci “était
en vacances”.
Un justificatif qui n’avait pas alors convaincu grand monde du
moins ceux qui connaissent les mécanismes de fonctionnement du
sérail algérien. Faut-il alors prendre pour argent comptant
les explications de la présidence ? Comme de coutume, l’opacité qui
entoure le pouvoir algérien, l’un des plus secrets au monde,
ne permet pas de percer l’énigme de cette “démission”.
Cependant, à se fier à des sources crédibles, la “démission” du
général Lamari date du lendemain de l’élection
présidentielle du 8 avril dernier. L’ex-premier responsable
de l’institution militaire dont on soupçonnait alors la
sympathie avec Ali Benflis, l’ex-secrétaire général
du FLN — concurrent potentiel de Abdelaziz Bouteflika — et
lequel avait été reçu à la veille du scrutin,
voulait ainsi exprimer son désaccord avec un homme dont le moins
que l’on puisse dire est qu’il ne le portait pas dans son
cœur.
Bien avant l’élection présidentielle, le général
Lamari, même de façon subtile certes, ne manquait pas de
laisser entendre ses divergences avec le président de la République.
Dans une conférence de presse animée à l’Académie
interarmes de Cherchell, en juillet 2002, Lamari avait critiqué,
en termes à peine voilés, la politique de la réconciliation
nationale. “Si le terrorisme est militairement battu, l’intégrisme
est encore intact. Vous n’avez qu’à entendre les prêches
dans les mosquées, le contenu de la télé, l’école”,
avait-il affirmé alors. En janvier 2003, dans un entretien accordé au
magazine français Le Point, il soutenait que “l’institution
militaire accepterait le président élu même s’il
est issu du courant islamiste”.
Une précision qui signifiait aux yeux de nombreux observateurs
que l’ANP n’allait pas parrainer, comme elle l’avait
fait jusqu’à alors, la candidature de Abdelaziz Bouteflika.
Et la presse étrangère ne cessait de rapporter des indiscrétions
sur les rapports tendus, sans jamais qu’ils ne soient démentis,
entre les deux institutions.
Lorsqu’au lendemain de l’élection, l’on annonça
la victoire de Bouteflika avec un “score” qui a défié tous
les pronostics et qui suggérait un “deal” secret avec “certains
cercles décideurs”, Lamari décida alors de jeter
l’éponge.
Des tentatives de l’en dissuader auraient été même
entreprises, ajoutent les mêmes sources, mais en vain. “Je
ne peux plus travailler avec lui”, aurait-il confié à ses
pairs.
Et la visite d’Alliot-Marie n’a fait que lever le voile sur
la crise entre les deux hommes. Reste maintenant à savoir si cette
démission constitue une évolution chez le pouvoir algérien
et donc la “fin d’une époque” ou alors entraînera-t-elle
une autre crise ?
K. K.
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