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REPERES: La théorie du danger permanent El Watan, 30 juin 2003 Les officiels algériens, militaires ou civils, ne s’entendent pas sur la nécessité de lever l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1992. Leurs déclarations vont dans tous les sens. La chose ne semble pas être prise au sérieux. Sans convaincre, Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement pour la troisième fois depuis 1995 et responsable du RND, a lâché, lors d’une conférence de presse tenue vendredi dernier à Zéralda, qu’il était contre la levée de l’état d’urgence. Ses arguments sont terribles : «Rien n’a changé sur le terrain.» Traduction simple : sur le terrain de la lutte contre le terrorisme rien n’a changé. L’homme, qui a inventé la célèbre formule du «terrorisme résiduel», qui a adopté la loi sur la Rahma et qui a défendu avec acharnement la concorde civile, se contredit, encore une fois, et tente de vouloir «recycler» la peur. A sa manière. A ses yeux, le danger reste le même. Ainsi, il est facile de penser que pendant dix ans l’armée algérienne et les différentes dépendances sécuritaires n’ont «rien» fait pour venir à bout du terrorisme. Chose qui, bien entendu, n’est pas vraie puisque la situation sécuritaire s’est améliorée depuis au moins cinq ans. Mais chose qu’Ouyahia veut ignorer avec l’espoir peut-être de revendre une marchandise périssable. Celle du «danger permanent». L’approche de la libération de Ali Benhadj de la prison militaire de Blida est un autre prétexte pour justifier le maintien d’un état d’exception qui refuse d’apparaître comme tel. Il s’agit, visiblement, d’une forme «réactualisée» de «choisissez : nous ou l’ogre» ! Le but flagrant de ce stratagème est de maintenir la société sous contrôle et de mettre entre parenthèses les libertés démocratiques. «Il faut voir la réalité de l’état d’urgence avec le regard de ceux qui subissent ses méfaits sur tous les plans. La levée de l’état d’urgence conditionne la libération du champ politique et médiatique ainsi que l’exercice des libertés. Il n’y a pas de liberté de réunion ou de manifestation pacifique si elle est conditionnée par une autorisation préalable», a remarqué l’avocat Ali Yahia Abdenour, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) dans un récent entretien à El Watan. Dans un récent rapport sur les droits humains dans le monde, «Supporting human rights and democracy : The US Record 2002-2003», le Département d’Etat américain relève que l’état d’urgence est «l’un des plus grands problèmes» posés aux droits de l’homme en Algérie. Ouyahia s’aligne, d’une manière disciplinée, sur les thèses de Abdelaziz Bouteflika qui tient, lui aussi, à l’état d’urgence au motif que «la situation ne s’est pas stabilisée». Cet argument paraît faible pour un président qui, au lendemain de son élection en 1999, avait dit que l’état d’urgence était «une question politique qui se règle dans un cadre politique». Dans un entretien accordé à la radio Africa Numéro 1, en juillet 1999, Bouteflika avait déclaré que la levée de l’état d’urgence était «un problème qui concerne les responsabilités du président de la République». Il est clair que Bouteflika n’a jamais voulu s’engager courageusement sur ce terrain, pourtant si sensible, comme si la chose ne l’intéressait pas. Lui qui aime discourir sur «les droits et les libertés». Son directeur de cabinet, le général à la retraite Larbi Belkheir, avait eu une position plus claire sur la question. «Aujourd'hui, l'état d'urgence n'a plus aucun sens. Aucune de ses dispositions n'est appliquée en dehors de la lutte antiterroriste. J'estime qu'il serait bon de lever cette mesure», avait-il déclaré au quotidien français Le Monde. Dernièrement, le général de corps d’armée Mohamed Lamari a tenu des propos presque similaires au quotidien égyptien El Ahram. «L'état d'urgence n'est pas un problème pour l'armée. Sa levée avant quatre ans n'aurait nullement affecté notre travail. S'il venait à être levé demain, nous n'y émettrions aucune objection», a déclaré le général Lamari. Ouyahia, en soutenant le contraire de ce qu’a dit le général Lamari, a-t-il voulu répondre au chef d’état-major de l’armée ? Y a-t-il mésentente sur la question de l’état d’urgence au sein des décideurs militaires ? Ou s’agit-il d’un simple désir de Bouteflika, homme peu porté sur le débat démocratique, de maintenir le pays dans une sorte de léthargie ? Toutes les interrogations sont permises dans un pays où tout est décodé en fonction des humeurs des uns et des autres. En fonction des manipulations en tous genres, aussi. A signaler enfin que l’état d’urgence a été reconduit et prolongé, contrairement aux dispositions constitutionnelles, sans l’avis du Parlement. Le Conseil constitutionnel n’a, bien entendu, rien vu. Par Fayçal
Métaoui |
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www.algeria-watch.org
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