AUX DÉTRACTEURS DE BOUTEFLIKA

Quelques vérités bonnes à dire...


L'Expression, 8 février 2003

Une fois encore, comme en 1999, on entame avant l’heure une campagne électorale non pas pour qui, mais contre qui.

Une fois encore, la liberté d’expression et la démocratie «spécifiquement» algériennes, comme le fut en son temps le socialisme «spécifique», révèlent la dimension des paradoxes développés par une classe politique virtuelle en déphasage avec une société algérienne en pleine mutation et dont les préoccupations sont loin d’être le centre des débats. Pourquoi parler de classe politique virtuelle?
- Parce qu’elle est, en fait, composée de personnalités politiques alignées les unes à côté des autres sans qu’on sache avec précision pour quel projet politique elles se battent, si jamais elles en ont un.
- Parce que les positions ne sont identifiables qu’en fonction de l’allégeance ou du rejet de tel ou tel et, rarement, pour tel ou tel choix de société.
- Parce qu’elle tente de se positionner non pas par ce qu’elle a pu apporter comme bien-être et progrès à ce peuple et ce pays, mais par la quantité de sang versé par d’autres.
- Parce qu’elle a décrié la légitimité historique sans être en mesure de lui substituer la seule légitimité qui vaille aujourd’hui : celle du peuple, par les urnes.
- Parce qu’elle réclame le pouvoir pour les civils tout en veillant attentivement à plaire aux militaires.
Une fois encore, comme en 1999, on entame avant l’heure une campagne électorale non pas pour qui, mais contre qui, sans peser les conséquences dévastatrices pour TOUS d’une fragilisation d’un chef d’Etat en exercice dans un pays dont la convalescence se fait difficilement, au sortir d’une sanglante décennie. En fait, tout se passe comme si on souhaitait que ce pays n’avance ni en direction de la démocratie ni en direction du progrès, mais qu’il soit toujours en équilibre instable, pourvu que les clans et les lobbies maintiennent leur pression sur le pouvoir. Ce qui fait, bien entendu, du chef de l’Etat, la cible privilégiée de toutes ces manoeuvres, en raison même du poids spécifique de cette institution, en particulier dans la phase transitionnelle...
Que visent les promoteurs de cette campagne contre le chef de l’Etat et que lui reprochent-ils?
La réponse se résume NON PAS A CE QU’ILS DISENT, MAIS A CE QU’ILS NE DISENT PAS.
Ils lui reprochent de vouloir ramener la paix, d’arrêter l’effusion de sang et de considérer que l’Algérie appartient à tous les Algériens quelles que soient leurs convictions idéologiques ou politiques, en mettant un terme à l’illusion cultivée dans les années 90 d’une Algérie «utile» (à promouvoir) par rapport à une Algérie réelle (à ignorer).
Ils lui reprochent d’avoir ramené les «épouvantails» fabriqués pour la bonne cause dans les années 90 à leur véritable dimension et de permettre à l’Algérie réelle de reconstruire sa vraie représentation politique en dehors de toute exclusive idéologique.
Ils lui reprochent de vouloir rendre la décision politique là où elle aurait dû toujours rester, n’était-ce la carence de ladite classe politique, c’est-à-dire au plus haut niveau de la représentation populaire: le Président de la République. Ils lui reprochent de n’avoir pas livré l’Economie aux monopoles des nouveaux barons de l’import-import en faisant jouer la libre-concurrence dans une économie en mondialisation rapide et de travailler à la modernisation de l’outil économique. Ils lui reprochent de n’avoir pas trouvé une solution à la crise en Kabylie au détriment de l’égalité de tous les Algériens devant la loi et d’avoir démontré en rendant tamazight langue nationale, que la revendication culturelle pour certains cachaient des desseins de pouvoir hégémonique pour d’autres (du moins ceux qui estiment appartenir à l’Algérie «utile»). Voilà une partie des paradoxes qu’étale cette campagne anticipée.
Une partie seulement: celle qui concerne les adversaires du chef de l’Etat.
En fait, le moindre des paradoxes n’est pas ce silence des présumés partenaires ou soutiens politiques du Président dont la manifestation se limite à la répartition des portefeuilles ministériels. Le moindre des paradoxes n’est pas non plus cette insidieuse campagne tendant à faire du chef de l’Etat le fusible du Chef du gouvernement alors que c’est habituellement le contraire en tout lieu et en tout temps, campagne qui se fait au corps défendant de l’intéressé lui-même et contre laquelle il faut réagir vigoureusement pour lever le trouble dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens.
La thèse (ou le mythe) de l’Algérie «utile» face à l’Algérie réelle n’est pas une construction intellectuelle de l’auteur de ces lignes mais un débat réel au sein de certaines sphères dirigeantes devant la montée du populisme fondamentaliste religieux : sa mise en oeuvre explique beaucoup de dérives, y compris les retours de «boomerang» politique d’aujourd’hui.
La démarcation du Président Bouteflika de cette démarche est tout à l’honneur de son mandat politique: elle lui vaut toutes les agressions que nous observons depuis quelque temps et qui n’en sont qu’à leurs débuts.
Je souhaite que ces «quelques vérités bonnes à dire» contribuent à animer le débat politique toujours fécond, toujours nécessaire, même et surtout, quand les avis sont opposés et qu’à l’invective et la polémique, on préfère l’argumentation dans la sérénité.


Abdelazize ZIARI

 

   
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