Coup de gueule

Algérie : une illusion de plus

Youcef Zirem, www.damocles.org, février 2003

Paris est une fête, écrivait ce grand reporter qu'est Ernest Hemingway. Paris est aussi un grand carrefour de la presse mondiale. Mais c'est à Paris que je me rends compte que la liberté de la presse est une chimère ; une illusion de plus pour accompagner et peut-être adoucir un peu la vie des femmes et des hommes. Quand je regarde comment la presse française, presque dans son ensemble, parle de l'Algérie depuis quelques mois, je me pose des questions. Quand je lis certains papiers sur Ali Benflis, chef du gouvernement algérien, je rigole. Même le Tout va bien, c'est-à-dire El Moudjahid, le journal du parti unique, la voix officielle des décideurs algériens, ne fait pas pareil et sait parfois se retenir.

Car l'Algérie est encore une dictature. Et les rédacteurs du Tout va bien le savent très bien. Si en France, on ne veut pas raconter la quête de justice, de démocratie, de dignité tout simplement, de ces millions de citoyens qui demandent que les gendarmes assassins passent devant les tribunaux, que dire alors de la presse algérienne ?

Mais je préfère rester optimiste. Je préfère faire encore confiance à mes nombreux confrères qui essaient de se battre contre tous ces éléments de la Sécurité militaire qui se prennent pour des journalistes et qui viennent étouffer toutes les voix de la vérité.

Mais je préfère me dire que la mafia du pouvoir et de ses relais se lassera un jour de tuer et de faire tuer, à travers les islamistes, les gens de la plume et du savoir qui sont encore restés intègres et honnêtes.

Il y aujourd'hui en Algérie près d'une quarantaine de quotidiens nationaux, écrits en arabe et en français, mais en réalité, ils disent presque tous la même chose. Ils n'osent pas s'attaquer à cette foule de sujets tabous parce que les directions de ces rédactions sont souvent de connivence avec les décideurs de la mafia au pouvoir. Mais un jour, la situation changera. De nouveaux horizons apparaîtront pour la presse algérienne quand on n'aura plus besoin d'un agrément pour éditer un journal. Quand on permettra la véritable expression plurielle...

Youcef Zirem. Auteur, entre autres, de "Algérie, la Guerre des ombres, les non-dits d'une tragédie" ( ed. Le Grip-Complexe, nov. 2002 )

 

   
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