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| L'Année de quelle Algérie ? Le Monde 6 février 2003 Une Année de l'Algérie en France. Qui pourrait trouver à y redire ? Ces deux pays sont liés par l'histoire - pour le meilleur et pour le pire - et tout ce qui concourt à mieux faire connaître la culture algérienne aux Français ne peut, évidemment, qu'être salué et encouragé. Néanmoins, qui est vraiment dupe ? Sous une initiative culturelle d'envergure, le pouvoir algérien orchestre une énorme entreprise de relations publiques. L'Algérie que l'on veut nous présenter est une Algérie policée, maquillée, une Algérie rêvée. L'Algérie de chair et de sang, l'Algérie mutilée, qui souffre, nous restera cachée. Les organisateurs de l'Année y voient "une occasion unique pour réhabiliter la culture algérienne". Mais qu'en est-il de la réhabilitation de plus de cent mille victimes de la "sale guerre" ? Des milliers de disparus ? Des dizaines de journalistes et artistes assassinés ? Des personnes torturées lors des arrestations ou des détentions au secret ? Quid des onze ans d'état d'urgence marqués du sceau de l'impunité ? Quid des responsabilités : forces de sécurité, milices armées par l'Etat et groupes armés ? "C'est du passé", va-t-on nous rétorquer. Il faut oublier, pardonner, amnistier. Le problème, c'est que l'Algérie des violations des droits de l'homme est, malheureusement, encore et toujours d'actualité. Voici tout juste quelques semaines, plusieurs dizaines de femmes ont été violemment dispersées à Alger par les forces de police. Leur crime : s'être rassemblées pour exiger la vérité sur le sort de leurs proches enlevés par les services de sécurité. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, a affirmé, lors de la conférence de lancement de "Djazaïr 2003" : "L'Algérie a mille visages, et il nous faut aujourd'hui les redécouvrir."Mais les familles des disparus, quand pourront-elles redécouvrir les visages de leurs proches ? Les manifestations en Kabylie, réprimées violemment par les forces de l'ordre, ont fait plus de 100 morts et un millier de blessés depuis avril 2001. Et les violences armées ont fait plus de 1 000 victimes en l'espace d'un an. Aura-t-on vraiment le cour à célébrer cette Algérie de violences et de massacres à travers des manifestations organisées à l'initiative de ceux qui portent une lourde responsabilité ? Comment la France peut-elle se prêter à cette mascarade ? Il faut prendre en compte, sans tabous ni hypocrisie, ces réalités. Il faut mettre les droits de l'homme au centre des relations franco-algériennes, les fonder sur le droit du peuple algérien à la vérité et à la justice. "Sans un Orient libre et digne, point d'Occident qui tienne. Sans un Maghreb démocratique et prospère, pas d'Europe qui vaille", écrivait récemment le journaliste algérien Y. B. Si l'Algérie ne peut se résumer aux exactions qui la défigurent depuis dix ans maintenant, elle incarne, malheureusement, aussi, cette réalité. Ne l'oublions pas. Les ONG cosignataires de ce texte s'engagent aujourd'hui, et cela tout au long de l'année, à présenter aux publics français et algérien une image plus complète de l'Algérie que celle offerte par les organisateurs de l'année officielle. Pour ces organisations, l'Année de l'Algérie sera l'occasion de montrer le vrai visage de l'Algérie : celui d'un pays qui souffre et qui réclame la vérité et la justice. Abdennour Ali Yahia , président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme ; Kamel Daoud, président de Algérie, droits de l'homme pour tous ; Nasséra Dutour, porte-parole du Collectif des familles de disparus en Algérie ; Driss el Yazami, secrétaire général de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme ; Malika Matoub, présidente de la Fondation Lounès Matoub ; Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières ; Danielle Mitterrand, présidente de la Fondation France Libertés ; Francis Perrin, président d'Amnesty International, section française ; Michel Tubiana, président de la Ligue française des droits de l'homme ; Nesroulah Yous, secrétaire général de Vérité et Justice pour l'Algérie.
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www.algeria-watch.org
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