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Référendum sur le projet de « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » Les urnes de l’abdicationAhmed Kaci, 28 septembre 2005 Le 29 septembre prochain, les Algériens sont de nouveau conviés aux urnes pour se prononcer par voie référendaire sur le projet de « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ». Dans le même temps, seuls les voix acquises à ce projet ont droit au chapitre que ce soit dans les médias ou à travers la campagne d’explication, pardon de propagande menée à sens unique. Ne se contentant plus d’user de la fraude massive et générale comme pour tous les scrutins organisés depuis l’indépendance, le régime impose le silence aux opposants de cette énième fuite en avant. Les forces contestataires sont vilipendées de la manière la plus abjecte qui ait été donnée à un régime autoritaire de le faire. En plus de l’anathème qui est jeté sur eux, ils subissent au quotidien harcèlement, interpellation et menaces de la part de la police. C’est le cas notamment des militants des droits de l’homme, des partis politiques et des membres de familles des disparus et des victimes du terrorisme. Devant tant d’acharnement dans la chasse aux opposants, l’on se demande alors si réellement la volonté de Bouteflika et de ses parrains dans la junte militaire est l’instauration de la paix et la recherche d’une sortie de crise. On aimerait savoir si le texte s’adresse aux Algériens en tant que citoyens libres ou seulement à des sujets qu’on convoque le temps d’un scrutin dans le but de se donner un semblant de légitimité. Dernière question, on doit s’interroger si enfin le texte va ouvrir véritablement une nouvelle page politique en Algérie dans le sens positif de l’histoire et de la démocratie, comme le clame Bouteflika et les escouades de baratineurs chargés de prêcher la bonne parole à un peuple dénié de tous ses droits. Ne faut-t-il pas au contraire craindre que le texte ne fera que consacrer de jure plus d’une décennie forgée par le feu et le sang et partant la perpétuation des méthodes autoritaires et du pouvoir absolu. Une offre de capitulation Une simple lecture du texte suffit largement à réfuter l’objectif que prétend réaliser ce projet de charte, en l’occurrence la paix et la réconciliation nationale. Dans de nombreux passages, on s’aperçoit vite que la démarche ne fait que perpétuer la situation de non droit que vivent les Algériens depuis plus d’une décennie, pour ne s’arrêter qu’à cette période récente de notre histoire. Ce déni de justice qui transparaît à chaque ligne de la charte, rappelle dans sa substance si ce n’est dans ses principales dispositions les traités d’abdication par lesquels les peuples colonisés ont été sommés de renoncer à leurs droits les plus élémentaires, voire à leur dignité d’êtres humains. Seuls, en définitive, les contextes ont changé et très peu les enjeux. Cette volonté farouche de se soumettre l’autre et lui ôter toute espèce de personnalité est le trait dominant du régime algérien. Le projet ne fait qu’entériner cette situation. En un mot, le texte que défend Bouteflika et qui a été conçu dans les officines n’est rien d’autre qu’une offre de capitulation adressée à la nation entière sous un habillage juridico-politique. Entre délire présidentiel et cynisme criminelDans cette course folle à la puissance, Bouteflika est prêt à tout pour un troisième mandat croyant qu’après cela il lui sera loisible de dégommer les généraux qui contrarient ses desseins de monarque absolu. Lors de ses discours de campagne, il a laissé glisser quelques phrases sibyllines comme à son habitude, mais qui ne manquent pas de renseigner sur les ressorts profonds du projet référendaire. Entre autre aveux, celui présentant la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » comme une démarche limitée par les « grands équilibres » encore « fragiles » au sein du pouvoir. Autrement dit, le texte ne serait qu’un condensé du rapport de force au sein du bloc dominant au pouvoir. La volonté du premier collège et des apprentis sorciers de la guerre menée contre la société entière vendue aux Algériens comme la volonté du « peuple souverain ». Les déclarations de Bouteflika ne relèvent surtout pas d’un exercice de style ou de simples formules incantatoires, mais d’une véritable confession quant aux limites tracées par les détenteurs du pouvoir réel à ses velléités d’autonomie. Sur ce point, les joutes électorales aussi discutables qu’elles paraissent représentent les rares moments durant lesquelles les différentes fractions du régime brisent quelque peu l’unanimité et dévoilent leurs intérêts propres. Divergences qu’on retrouvera dans les discours prêchés par le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia et chef du RND et celui de Belkhadem le chef du FLN. Même si au fond peu de choses différencient ces deux partis de la « famille réactionnaire », les enjeux de domination les fait séparer sur de nombreuses questions, notamment le sujet de la réconciliation. Sur le dossier du FIS, Bouteflika voudrait aller plus loin que le cahier des charges que lui ont tracé les cercles dominants au sein de la junte. Il a longtemps lorgné du côté des islamistes, dans l’espoir d’élargir sa base sociale qui n’arrive pas à dépasser les limites de son conglomérat régional si ce n’est tribal, pour en faire un instrument contre les chefs militaires. Hélas pour lui, les seules politiques du FIS qui ont exprimé leur adhésion au projet n’ont aucun crédit chez les militants du parti dissous. Dans le meilleur des cas, ce sont pour la plupart des agents du DRS reniés par le FIS depuis bien longtemps lorsqu’ils ne sont pas des terroristes infiltrés ou retournés par les services. Pour autant, les contradictions évoquées précédemment qui traversent le régime de part en part ne remettent pour le moment pas en cause la survie. Par contre, elles sont décisives pour l’avenir politique de chaque fraction. Le statu quo n’est permis que par le reflux du mouvement populaire depuis que la dissidence kabyle a été domestiquée. De sorte qu’aucune des deux tendances aujourd’hui ne peut aller très loin dans ses projets faute de disposer de rapport de force indispensable à cet égard. Mais c’est tout de même un statu quo morbide qui fait perdurer la crise et les raisons de la crise et nourrit l’absolutisme. Quand bien même Bouteflika, qui prétend souvent ne pas être « un quart de président », arrive à asseoir fortement son emprise sur tous les appareils de l’Etat, il sera toujours ce monarque de pacotille tel que voulu par ceux qui détiennent la véritable décision dans le pays. Les chefs militaires semblent parvenus à la conviction qu’il leur faut une vitrine forte, un tigre mais tout de même un tigre en papier. C’est dire que si le pouvoir de l’ombre a été pour le pays une tragédie, Bouteflika en sera la farce. Une farce délirante. Bouteflika ignore à l’évidence jusqu’au pathétique qu’il n’est qu’un potiche politique, contredit à tout bout de champ même par un triste sire, son premier ministre Ahmed Ouyahia, le chargé de mission de l’armée dans le gouvernement. « L’homme des sales besognes », selon ses propres aveux. Le chef de l’Etat n’a-t-il pas cédé sur la dissolution des assemblées locales en Kabylie et donné une période de répit à l’aile ultra-réactionnaire de la junte résolue à en finir avec la rébellion du FFS qui dure depuis 1992 ? C’est que chaque fois que Bouteflika et ses amis ont cru arriver à leurs fins, l’aile fascisante les rappelle à l’ordre, allume des contre-feux et leur retrace les limites à ne pas franchir. Depuis six ans qu’il est au pouvoir, Bouteflika s’est bien gardé d’ailleurs à s’y risquer. Arrivera-t-il un jour à s’armer de courage pour les franchir ? C’est qu’il se sera alors allié au diable: une clique de généraux et une police politique sûrement plus redoutable encore. Pour un président dont la Tunisie de Benali est la référence, on comprend aisément ses colères, ses coups de poings sur la table et ses regards de fauve qui se veut indompté: le signe d’une frustration profonde, d’une tare congénitale, d’un destin maudit que ne peut ressentir qu’un quart de président. C’est dire que ce qui est en jeu le 29 septembre n’est ni la paix ni la réconciliation nationale. Mais quelque chose comme la course éperdue d’un président tout à son délire « du tout le pouvoir pour moi » et de quelque chose d’autre de la même engeance mais cynique et délinquant : celui d’une caste d’officiers criminels responsable de dix années de guerre sanglante et dévastatrice. Consacrer de jure la guerre préventive Sur ce point, la « guerre préventive » n’est pas une invention des spins doctors américains. Ces derniers n’ont fait que copier sur les régimes d’exception, comme l’Algérie, une stratégie qu’ils appliqueront à leur tour contre ceux qu’ils traitent d’« Etats voyous ». Le but de la junte algérienne depuis l’interruption du processus démocratique n’était pas de venir à bout du FIS seulement, mais de toutes les forces sociales qui remettaient en cause la domination des oligarchies militaro-bureaucratiques et de leurs clientèles. Dans le cas contraire, on s’en serait longtemps aperçu. Ce qui remet sérieusement en doute le mythe des « généraux républicains » engagés dans la défense de la démocratie menacée par « l’intégrisme islamiste ». Bien avant l’interruption du processus électoral, la fraction affairiste, anti-nationale et structurellement liée aux grand capital international destituait au terme d’un coup d’état qui ne dit pas son nom le gouvernement des réformateurs de Mouloud Hamrouche. Les changements envisagés par ce dernier remettaient dangereusement en cause les intérêts de celle-ci. Bien qu’elles ne soient pas de nature profondément populaire, les mesures du gouvernement Hamrouche visaient au moins à la protection de l’économie locale du secteur étatique, ceux de la bourgeoisie industrielle naissante et des petites entreprises. Les décrets sur l’autonomie des entreprises publiques et son action pour la transparence du commerce extérieur déchaînèrent contre lui un tsunami de mensonges et de contrevérités et lui valurent les foudres de guerre de l’affairisme érigé déjà en réseaux mafieux. Hamrouche venait de toucher aux mécanismes huilés de la distribution mafieuse de la rente et aux intérêts des barons du régime. Les mesures à destination des jeunes à l’effet de leur permettre l’accès aux crédits et la création de petites entreprises ne rencontrèrent que blocage de la part des castes bureaucratiques. Des dizaines de milliers de jeunes serviront, faute d’avoir pu s’épanouir par le travail et la création, de chair à canon aux vendeurs d’illusions et aux criminels ravis d’une telle aubaine tant la confusion qui sera entretenue nourrira l’affairisme sous toutes ses formes. L’ultime phase de la normalisation totalitaire Cette normalisation, qui après avoir décimé la direction politique du FIS, s’attellera à faire rentrer dans les rangs le FLN de Abdelhamid Mehri un des signataires de la plate-forme de Rome. Celui-ci sera éloigné de la direction du parti en 1996 à la suite de ce qui est appelé « le coup d’Etat scientifique ». En vérité une opération de barbouzerie politique planifiée par les agents du DRS. Le retour de l’ex-parti unique dans le giron du pouvoir montre si besoin est la faiblesse de l’assiette économique et idéologique de la fraction nationale de la bourgeoisie et sa soumission totale à la fraction affairiste et réactionnaire qui domine les appareils sécuritaires et bureaucratiques. Cette dernière augmentera son assise politique dés les législatives et les locales de 1997 en aménageant une place au versant ultra-libéral et réactionnaire de l’islamisme, en l’occurrence le MSP dans l’alliance gouvernementale et par ricochet dans les bénéfices de la rente. Mais la normalisation s’appuiera aussi sur des méthodes non avouées : l’effritement de la société civile et l’entretien des divisions sur des bases idéologiques entre « éradicateurs et réconciliateurs », corporatistes entre les différents factions de la « famille révolutionnaire », régionalistes, voire ethniques. La mise en évidence de dizaines de partis microscopiques à la tête desquelles on trouve souvent des agents du DRS servant de leurre et de brouillage de toutes lecture de la crise. Diviser pour régner a été appliqué avec un rare cynisme. Le 29 septembre est la fin de cycle de janvier 1992Dès lors, doit on s’étonner de ce qui nous arrive ? De cet énième coup tordu de l’Histoire ? Quelle coïncidence du reste avec l’anniversaire du FFS que ce jour de vote ! Le pouvoir algérien maître dans l’art de la provocation démontre que le coup d’Etat de janvier 92 sera mur le 29 septembre. Cette date du 29 septembre ne sera pas le point de départ mais le point d’arrivée de quelque chose de nouveau qui devrait faire réfléchir tous ceux qui se sont engagés dans des luttes secondaires, dans les querelles de leadership et surtout dans les positions sectaires. Le projet de « charte pour la paix et la réconciliation nationale » est la seule réponse possible que les castes dominantes sont en mesure d’accorder du haut de leur sa morgue à une société meurtrie, déchirée, profondément blessée, encanaillée, réduite à vivre et de débrouillardise. Le 29 septembre c’est la résignation qui l’emporte sur l’espoir. L’indifférence qui enveloppe de sa cruelle lâcheté les corps mutilés des milliers de personnes disparus, le silence qui couvre par sa surdité les cris des millions de victimes refoulés comme un pêché. Le 29 septembre est la preuve irréfragable que le régime est dans l’incapacité de solutionner la crise qui le ronge depuis le viol commis sur la société en janvier 1992. Un régime incapable même de régler la question sociale ne serait-ce que pour les besoins de sa survie malgré les milliards de dollars de la rente pétrolière et gazière. Un régime qui paradoxalement ne fait étalage de ses muscles que pour nous convaincre, malgré lui, de la faiblesse intrinsèque qui le condamne à rejoindre les poubelles de l’histoire, lui et les 12 salopards des Tagarins, ses potiches, ses catins obséquieuses au parlement, ses larbins et ses sbires dans la société civile, ses cerbères de nuit et de jour. Une faune réuni par le crime, le lucre et la luxure, qui dans un réflexe de citadelle assiégée, est obligé après verrouillé la porte de la mémoire, prépare avec la complicité d’un syndicat fantoche l’UGTA le bâillonnement du front ouvrier par le biais d’un pacte anti-social et anti-ouvrier. Et pour cause, les différentes familles mafieuses estiment qu’aujourd’hui leur pouvoir économique a acquis une efficace propre qu’elles pensent arrivée l’heure pour elles de poursuivre la prédation avec un vernis de respectabilité. Que la reproduction élargi du système pourrait se passer de l’usage de la terreur armée. Le pacte social que le syndicat fantoche s’apprête à signer est la continuation de la guerre à l’Algérie travailleuse puisqu’il annonce dans le même mouvement la volonté de mise à mort des syndicats autonomes et la mise au pas pour de longues années des classes ouvrières. Que faire ? Et pourquoi donc ? Car d’abord, il n’y a rien à attendre d’un régime qui a vendu l’Algérie au souk d’Okadh et qui maintient les raisons de la crise pour se maintenir. La réponse doit être l’œuvre de toutes les progressistes et du mouvement populaire même en son état végétatif actuel. Une chose reste certaine, la sortie de crise émanera des acteurs qui s’investissent au quotidien quelque soit le domaine, le secteur et les questions qui motivent leurs luttes. C’est la somme de ses combats gagnés ou perdus, achevés où en chantier qui ouvrira des perspectives nouvelles dans le pays, c’est la somme des solidarités qui s’exprimeront à l’intérieur et à l’extérieur qui forgeront la détermination des Algériens à en finir avec un régime antisocial et antinational. Le rôle de tous ceux qui sont convaincus qu’une alternative est d’abord une construction, laborieuse certes mais inévitable, est de travailler à fédérer toutes les énergies aussi minimes qu’elles soient et aussi secondaires qu’elles puissent paraître. La construction d’un front de résistance et de refus du fait accompli et de cette nouvelle paix des braves s’avère aujourd’hui la priorité de toutes les forces qui aspirent au changement. Mais ce front n’aura de prise sur la réalité ni arracher des avancées en termes d’espaces de libertés que s’il est appuyé sur un pole de radicalité qu’est le mouvement populaire. Avec un objectif principal et unique quelque soit le degré de radicalisation : abattre la dictature et instaurer la démocratie. Ahmed Kaci
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