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VICTIMES
DU TERRORISME ET ASSOCIATIONS DE DISPARUS
Tirs
croisés sur l’amnistie générale
L'Expression,
03 novembre 2004
L’initiative de Bouteflika risque de se heurter au refus des entités
associatives.
Surprise,
incompréhension, désarroi, rejet...Le discours
du président de la République à la veille du cinquantenaire
dans lequel a été soulignée, avec force, l’idée
de recourir à un référendum populaire, pour accorder
l’amnistie générale en faveur des terroristes a,
en effet, sonné le glas et jeter l’effroi parmi les victimes
du terrorisme.
Offensées, les principales associations représentant cette
catégorie sociale, se disent scandalisées par ce rebondissement,
pour le moins inattendu, comme le soutient Fatma Zohra Flici, présidente
de l’Organisation nationale des victimes du terrorisme (Onvt): «On
croyait que cette question était classée du moment que
Bouteflika, lui-même, l’avait désavouée dans
sa compagne électorale», lâche celle-ci et rappelle,
avec stupeur, l’intransigeance que le premier magistrat du pays
avait, précédemment, affiché contre ceux «qui
ont les mains tachées de sang». Apparemment prise de court
par la tournure du discours présidentiel, elle s’interroge: «Qu’est-ce
qu’on va devenir?» avant d’exprimer son rejet de cette
démarche qui consiste à «pardonner» à des
assassins «car un assassin est un assassin» a-t-elle renchéri.
La seule amnistie à laquelle croit et milite la présidente
de l’Onvt est celle qui consiste à ce que les terroristes
doivent demander pardon aux familles des victimes avant leur traduction
devant la justice. A cette question qui prend, selon notre interlocutrice,
une dimension nationale «puisque c’est tout le peuple qui
est concerné» dit-elle, Mme Flici, entend, en cas de l’annonce
du référendum, s’y opposer, après, bien sûr,
l’aval du conseil national et du secrétariat de son organisation.
Plus critique, aura été, de son côté, la réaction
de l’autre mouvement, Soumoud, connu, au demeurant, pour son opposition
farouche à la politique du gouvernement. D’ailleurs, M.Merabet,
son président n’y va pas avec le dos de la cuillère
pour descendre en flammes la manière avec laquelle est menée
la lutte anti-terrorise, qui s’est transformée, à son
avis, en un slogan creux. Il propose, à ce sujet, de revenir à la
politique sécuritaire des années 96-97 qui avait, selon
lui, porté ses fruits sur le terrain en opposant une lutte implacable
contre les terroristes. Aussi catégorique, il affirme rejeter
l’éventualité du référendum mis en
avant par le chef de l’Etat. Une démarche qu’il voit
se profiler derrière «le souci de Bouteflika de se maintenir
au pouvoir» car, «non motivée par le souci de l’intérêt
suprême de la nation».
Plus incisif, il considère que, contrairement à l’idée
soutenue par l’Onvt, ce n’est pas au peuple qu’échoit
le pardon mais, d’abord aux victimes des terroristes: «Il
faut qu’ils [les pouvoirs publics] demandent notre avis. Qu’ils
nous consultent ! Nous sommes les premiers concernés par cette
affaire» a-t-il fait savoir. Il promet de mener une vraie bataille
contre le projet de Bouteflika en alertant d’abord l’opinion
nationale et internationale sur les conséquences en résultant,
ensuite en faisant un bloc d’opposition uni avec les autres mouvements.
Les associations des disparus n’ont pas été, elles
aussi, en marge de ces réactions sus-citées. Sos disparus,
par la voie de sa présidente, Mme Yous, désavoue l’initiative
présidentielle, puisqu’elle n’apporte aucune solution
aux vrais problèmes posés. Toutefois, elle subordonne à l’issue
de la crise et l’instauration de la paix, au règlement définitif
de la question des disparus. Même son de cloche du côté,
de Mme Koudri, ex-présidente de l’Association nationale
des familles des disparus, une organisation qui est, à en croire
cette dernière, en proie à des tiraillements politiques.
Mme Kouidri regrette le silence que le président s’est assigné durant
son discours concernant les disparus. A propos de l’amnistie, elle
estime qu’il est trop tôt pour s’exprimer sur le sujet
et préfère attendre pour voir plus clair. Elle appelle,
elle aussi, à trouver une solution définitive à l’épineuse
affaire des disparus, condition sine qua non du règlement total
de la crise qui dure depuis plus d’une décennie.
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