Karim Tabou, secrétaire national du FFS

«Nous militons pour une réelle réconciliation nationale»

Le Jour d'Algérie, 18 septembre 2005

Dans cet entretien, Karim Tabou développe les dernières résolutions de la direction politique du FFS qui appellent, notamment, au boycott de la charte pour la paix et la réconciliation nationale.

Le jour d’Algérie : Le FFS, qui a toujours prôné la réconciliation nationale, notamment à travers le contrat de Rome, vient d’appeler au boycott du référendum sur la charte pour la réconciliation nationale. Peut-on savoir ce qui a motivé ce changement de cap dans la politique du parti ?

Karim Tabou : Il n’ y a aucun changement de cap, car nous militons pour une réelle réconciliation nationale qui nous conduira vers la démocratie. Une réconciliation au service des citoyens et non pas le contraire, comme c’est le cas avec la charte de Bouteflika. Une vraie réconciliation nationale commence par la manifestation d’une réelle volonté politique de changer les choses, c’est-à-dire accepter de faire le bilan des politiques qui ont été menées jusqu’à présent. Il ne faut surtout pas se laisser noyer dans les aspects policiers et militaristes de la crise. Nous, au FFS, nous considérons que la crise est avant tout politique. Le pays continue à être géré par un pouvoir de derrière les rideaux, les institutions ne sont qu’une simple façade et les «partis politiques», qui y logent, ne sont que de simples locataires ne détenant aucune légitimité populaire. Ils ne sont là que par la volonté des vrais décideurs.

Faire le bilan, c’est permettre le retour progressif vers le rétablissement d’une réelle représentation politique et sociale des citoyens. Ce processus doit être mené à plusieurs dans le débat et l’échange. Aujourd’hui, se pose, à nous tous, la question de comment faire revenir le pays sur la voie de la démocratie et de la paix ? La charte que Bouteflika s’efforce de promouvoir est le contraire même de la paix et de la réconciliation. C’est une charte qui consacre la prime à la violence, institutionnalise l’impunité et enfonce le pays dans le mensonge et la falsification. Aujourd’hui, la réconciliation est un enjeu de mémoire et de démocratie. Une vraie réconciliation, c’est celle qui permet à la population de se réapproprier ses droits et ses libertés. Le contrat national a posé les jalons d’une véritable reconstruction nationale du pays. C’était une offre de paix dont l’objectif principal est de permettre la mise en place de mécanismes transparents et démocratiques qui permettent aux Algériens de construire eux-mêmes l’avenir du pays dans le cadre d’une compétition pacifique et démocratique, tout en se donnant les garanties, toutes les garanties, pour se prémunir des dérives et des coups de force.

Vos alliés d’hier, dans le cadre du contrat de Rome justement, sont tous avec la réconciliation. Est-ce donc, là, la fin et, partant, l’échec de cette alliance ?

Tout d’abord, il n’y a jamais eu d’alliance entre les parties signataires du contrat national. Les parties ayant élaboré le contrat de Rome se sont engagées, tout en gardant leur autonomie de décision, à poursuivre la concertation et à engager des actions pour appuyer l’exigence d’une solution politique et pacifique. Quant à la question de ceux qui soutiennent la charte, elle est secondaire par rapport à la charte elle-même.

A travers cette charte, le pouvoir veut s’offrir une impunité par la falsification et la perversion du suffrage universel. De ce fait, les parties qui soutiennent une telle dérive politique deviennent des associés de l’Etat de non-droit.

Alors que la charte dénie le droit aux militants du FIS, qui ont tous les mains tachées de sang, des voix parlent de la possibilité pour certains d’entre eux de revenir à l’activité politique, qu’en pense le FFS ?

Evidemment, ne sont et ne seront autorisés à exercer de la politique que ceux qui sont admis dans la coupole du pouvoir. Quelle lecture peut-on faire d’une compagne animée par un ex-«émir» national de l’AIS, un Chef du gouvernement fraudeur en chef… Un vrai cirque pour une fausse solution. Comment peut-on savoir qui sont ces gens qui ont les mains tachées de sang et ceux qui ne le sont pas, en l’absence de la vérité et de la justice ? Qui peut le savoir ? Il est clair que l’objectif inavoué d’une telle disposition est de faire dépendre le maximum possible de personnes du seul verdict du pouvoir qui s’arroge, ainsi, le droit de condamner et d’innocenter qui il veut.

Dans une récente déclaration, vous avez parlé de «professionnels de la fraude», mais, par ailleurs, vous avez décidé de participer aux élections partielles qui seront organisées. Cela n’est-il pas un peu ambigu ? Et comment allez-vous vous y prendre pour contrer cette fraude ?

Vous convenez avec moi que chez la majorité des Algériens, l’actuel Chef du gouvernement représente le symbole de la fraude. Mais au-delà de cette dimension symbolique, j’aimerais attirer votre attention sur au moins deux types de fraude que le Chef du gouvernement est en train d’exécuter.

La première : le feuilleton du dialogue engagé avec une structure autoproclamée, qui n’est issue d’aucune compétition politique et qui ne dispose que du mandat que lui délivre Ahmed Ouyahia, est une fraude politique extraordinaire. Organiser l’usurpation politique d’un mouvement de protestation porté par des étudiants, des lycéens, des militants politiques, avocats, médecins, femmes, syndicalistes, pour lui substituer et lui imposer une structure archaïque et maniable relève de la fraude professionnelle. La deuxième : la dissolution des Assemblées locales élues en Kabylie sous couvert de la mise en œuvre d’une plate-forme cocotte-minute, pour mener le référendum sans aucun contrôle, ni par les élus ni par la population, est une fraude jamais égalée.

Notre participation aux partielles vise justement à empêcher l’usurpation du pouvoir par les relais et les associés du pouvoir qui escomptent imposer une fausse représentation politique à la région.

Propos recueillis par

Boudjemaâ Medjkoun

 
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