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Table ronde sur la réconciliation nationale et l’amnistie générale au centre de presse d’El Moudjahid
Dans la logique de la PAIX et de la CONCORDE
Par : Tahar Mohamed Al Anouar, El Moudjahid, 08 mai 2005
Le Centre de presse a regroupé hier d’éminents juristes, universitaires, représentants de la société civile, parlementaires et la presse au cours d’une table ronde consacrée à la réconciliation nationale et à l’amnistie générale.
Il s’agit de chantiers lancés par le Président de la République au début de son mandat : la concorde civile notamment que l’on fait naturellement suivre aujourd’hui par la réconciliation nationale et l’amnistie générale.
Une prédisposition à la réconciliation
L’espoir de réaliser cette réconciliation est conforté par le fait que la propension à la paix et la prédisposition à la réconciliation sont des caractéristiques authentiques du peuple algérien relevait il n’y a pas longtemps encore le Président de la République dans une de ses interventions publiques. C’est de ce constat que s’est inspiré le débat au cours de cette table ronde qui posait la question de savoir comment aller vers cette société de justice dans un cadre de sécurité, de concorde et de stabilité.
Le débat qui a été ouvert hier au centre de presse d’El Moudjahid l’a été sur une question essentielle, voire capitale, pour l’avenir de la Nation, de celles en tout cas qui conditionnent la vie de celle-ci.
Ce sont des questions, celle de la réconciliation nationale, de l’amnistie qui, par leur portée, leur gravité, leur impact sur des générations entières d’algériennes et d’algériens ne peuvent être traitées à la légère. C’est bien la volonté du Président de la République après avoir ouvert ces chantiers de laisser ouvert le débat et les opinions s’exprimer en toute liberté.
Un anniversaire qui prend tout son sens
La date choisie pour la tenue de cette table ronde correspondait à la célébration d’un anniversaire tragique pour notre peuple avec le massacre par les troupes coloniales françaises, le 8 mai 1945, de milliers de nos compatriotes. Une minute de silence a marqué le rappel des événements.
Elle l’a été à la mémoire de tous les chouhada qui ont tracé la voie de l’indépendance pour notre pays et arraché celui-ci des mains assassines du terrorisme.
C’est M. Serraï, membre de la commission nationale de l’amnistie générale (CNAG) qui signalait lors de son intervention le travail qu’effectue actuellement la commission en matière de sensibilisation auprès de l’opinion publique à l’intérieur du pays comme à l’extérieur auprès de la communauté nationale établie à l’étranger. Cela nous permet aujourd’hui d’envisager le lancement, ajoute M. Serraï, de la phase deux du travail de la commission qui consiste en le lancement d’un débat démocratique qui a, en fait, dit le représentant de la commission, commencé aujourd’hui au Centre de presse d’El Moudjahid.
M. Serraï invite universitaires, juristes, spécialistes des sciences sociales, à se joindre à ce débat pour une plus grande prise de conscience et barrer la voie à quelques opportunistes qui ont tenté de faire dévier la commission de sa mission. Maître Ksentini, président de la commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme a rappelé que le Président de la République a ouvert un débat qui est un débat de société en évoquant le dossier de la réconciliation nationale et de l’amnistie générale. C’est ce débat qui nous réunit aujourd’hui.
Une majorité écrasante
La réconciliation nationale et l’amnistie générale réunissent autour d’elles une majorité écrasante de la population et cela se vérifie de jour en jour.
Le Président de la République, souligne le président de la commission des droits de l’homme, a endossé la paternité de la réconciliation nationale. Nous pouvons essayer de donner un contenu à ce qu’a exprimé la commission nationale des droits de l’homme.
Maître Ksentini souligne qu’à la commission dont il préside aux destinées on applaudit à l’idée de réconciliation nationale et à ce qui l’a préparée à savoir la concorde civile.
Cela étant, l’amnistie générale s’agissant d’elle n’est en rien opposée aux droits de l’homme. C’est bien dans ce cadre que les choses vont se dérouler. Il est alors naturel que l’on en débatte.
Mme Benhabylès, représentante de la société civile affirme pour sa part ne pas comprendre la présence d’une délégation d’Amnesty International dans notre pays actuellement.
Rappelons seulement, dit-elle, qu’Amnesty International a failli à sa mission quand elle n’a pas réagi à ce qui se passait en Algérie durant les années où le terrorisme ravageait le pays. Voilà que lorsque l’Algérie à travers la sagesse de ses dirigeants et de son peuple, prend de sages décisions pour son avenir à travers la réconciliation nationale et l’amnistie générale. Amnesty International se manifeste alors qu’elle reste silencieuse sur ce qui se passe en Palestine, en Irak et au Sahara Occidental.
La reconstruction de la paix
Cela étant, note l’intervenante, notre position reste invariablement orientée vers la reconstruction de la paix et pour cela il faut entretenir le dialogue, s’attaquer aux racines du mal qui demeure dans les injustices sociales pour éviter d’autres tragédies. C’est cela le dossier ouvert par le Président de la République relève Mme Benhabylès qui souligne que le rôle de la femme reste très important dans l’œuvre de reconstruction de la paix.
Nous soutenons fortement en tout cas la position du Président de la République relève l’ancien ministre qui note également que la réconciliation nationale est déjà sur le terrain. On l’a véhiculée jusque dans les moindres villages. Il y a un devoir impérieux de mémoire à entretenir, pardonner oui, mais oublier non. Pour Mme Benhabylès, la réconciliation nationale et l’amnistie générale sont deux autres formes de sacrifices de ceux qui ont souffert.
Intervenant à son tour, Maître Miloud Brahimi, note que ce sont les organisations non gouvernementales à l’extérieur qui ont alimenté le «qui tue qui». Aujourd’hui, elles cherchent à remettre en cause la démarche de la réconciliation nationale et de l’amnistie générale.
La façon de faire et cette vision qu’ont les ONG des droits de l’homme sont une véritable agression pour notre pays.
Nous ne pouvons oublier que nous célébrons aujourd’hui un anniversaire douloureux, pour la mémoire algérienne, celui qui rappelle le massacre de milliers des nôtres. Cela rend l’Algérie en attente d’un geste de la France qui va dans le sens de la demande de pardon.
L’exigence de vérité
Pour Maître Miloud Brahimi, la réconciliation nationale que nous appelons de tous nos vœux a un fondement qui est celui de l’exigence de vérité. L’on doit dégager une voie pour que la réconciliation nationale trouve son fondement du point de vue du droit algérien.
Il y a une mise à niveau du droit algérien qui reste à faire pour le rendre compatible avec la norme internationale.
Toutes les guerres ne se sont pas terminées par la recherche de l’amnistie. Personne n’a eu l’idée de pardonner aux nazis après la guerre de 39-45. Nuremberg a cristallisé le crime contre l’humanité. S’agissant de notre pays, il y a un fait aujourd’hui incontestable c’est que l’Etat a vaincu les forces du mal.
Il y a la recherche de la paix des cœurs à présent. Il reste à bien cerner la notion de crime contre l’humanité qui, en droit pénal international, ne tomba pas sous le coup de l’amnistie.
La réconciliation, c’est le terrain
Pour Mme Zahia Benarous, parlementaire, l’amnistie générale n’est pas soluble dans une réglementation. On ne peut attendre dès lors que le règlement ou la loi nous apportent cela. l’amnistie générale, nous sommes tous concernés. Il faut savoir que l’Algérie, et c’est une chance inouïe, possède une vie associative extrêmement active qui, déjà à ce niveau, s’affaire à mettre en place la réconciliation nationale.
M. Mohamed El Mili, ancien ministre et universitaire, remonte à des sources historiques nationales et religieuses pour justifier la réconciliation nationale et l’amnistie, puisqu’il fait référence au
Prophète Mohamed (QSSSL), qui avait un sens profond du pardon. Il cite également l’Emir Abdelkader qui a usé de beaucoup de mansuétude à l’égard des prisonniers des troupes dont il était à la tête. Ceci lui valut une réplique d’un général français qui dira de l’Emir, qu’il s’agit d’un beau geste venant d’un barbare.
Une bataille de tous les instants
Pour l’ancien ministre et universitaire, la réconciliation nationale c’est une bataille de tous les instants. Il faut l’ancrer dans nos traditions pour que les générations à venir n’aient pas à souffrir des erreurs de leurs aînés. Cette éducation est nécessaire si l’on veut préserver les acquis que les années de lutte de notre peuple ont permis d’engranger.
Intervenant à son tour, Maître Benbraham relève que contrairement à ce qui a été dit, la réconciliation nationale et l’amnistie générale ne peuvent relever que d’une loi, car il y a nécessité à codifier les rapports au sein de la société pour préserver le bien-être et la sécurité de l’individu. Pourquoi parle-t-on spécialement, aujourd’hui, d’amnistie générale, s’interroge Me Benbraham. tout simplement parce que le moment a été jugé opportun. La juriste relève qu’il y a depuis les années 90, un ensemble de textes juridiques qui fonde aujourd’hui le recours à la réconciliation nationale et à l’amnistie générale, dont certains n’ont pas trouvé d’application sur le terrain, en tout cas pas encore. La justice a connu, en outre, des dysfonctionnements dans sa tentative d’application d’autres textes.
L’ambiguïté des textes juridiques
L’oratrice relève la difficulté qu’il y a de par les dispositions de la loi à encourager des terroristes à se rendre aux autorités, car la responsabilité était individuelle avant qu’elle ne concerne les groupes eux-mêmes, ce qui a permis des redditions de nombreux groupes terroristes par la suite.
Pour Me Benbraham, l’amnistie générale est un principe de droit fondamental. L’amnistie équivaut à un pardon et ne peut s’exercer qu’à travers un acte juridique. Elle concerne les faits qui se sont déroulés à l’extérieur comme à l’intérieur. En remontant très loin dans l’histoire de l’humanité, la juriste a fait la démonstration que les notions de réconciliation et d’amnistie prend ses sources au plus profond de l’histoire de l’humanité. Les Algériens ne font rien d’autre que de se sourcer à l’histoire de l’humanité pour trouver des solutions aux problèmes qu’ils affrontent.
L’amnistie, un prolongement de ce qui a été fait
Pour M. Khaldoun Hocine, président de la sous-commission des affaires juridiques à la Commission des droits de l’homme, présidée par Me Ksentini, l’amnistie générale n’est que le prolongement de toute cette chaîne qui a commencé avec la concorde civile, pour aller à la réconciliation nationale et aboutir aujourd’hui à l’amnistie générale. C’est une responsabilité civile des Algériens que de contribuer à la cultiver au sein de la population.
Dans le débat, M. Serraï reprend cette idée de donner un fondement juridique à la démarche du Président de la République, relevant que l’amnistie doit relever essentiellement d’une loi, alors que pour Me Ksentini Farouk, le pardon dans la tradition algérienne plonge ses racines dans l’Islam.
A propos de la visite d’Amnesty International, plusieurs animateurs présents à la tribune ont fait remarquer que les ONG internationales se sont trompées sur le compte de l’Algérie à un moment où elle était confrontée à une violence terroriste inouïe. en leur permettant de revenir en Algérie, la démonstration doit être faite de la dimension de l’erreur que ces ONG ont commise sur leur appréciation de la situation en Algérie. L’Algérie est dans une position favorable pour le faire. C’est une maison de verre, relève me Ksentini.
Complémentarité
Evoquant la dualité entre réconciliation nationale et amnistie générale, qu’un participant a cru percevoir, Me Miloud Brahimi relève que l’on ne peut parler de dualité mais plutôt de complémentarité entre les deux concepts.
en relevant les positions des ONG sur ce qui s’est passé en Algérie, dans la décennie précédente, Me Miloud Brahimi rappelle que nous avons toujours eu des problèmes avec la gauche européenne et française en particulier. Or, chacun sait que les ONG internationales ont de puissants liens avec la gauche. Pendant longtemps, on a laissé le terrain libre à ces ONG pour dire n’importe quoi sur la situation qui prévalait dans notre pays. en un mot, l’Algérie ne communiquait pas.
Cela nous a valu d’inestimables dégâts.
Un Président qui communique
Depuis 1999, on a un Président de la République qui communique et la situation a radicalement changé alors le résultat est qu’aujourd’hui, le monde porte un autre regard sur ce qui se passe ou s’est passé dans notre pays et qu’il est devenu vital de s’ouvrir à l’extérieur.
Il faut discuter et discuter encore, relève Maître Miloud Brahimi et ouvrir les portes à ces ONG, leur dire quelles sont nos préoccupations et ce que nous souhaitons faire dans le sens d’un plus grand enracinement de la démocratie dans le pays et de la défense des droits de l’homme. Maître Miloud Brahimi en profite pour lancer un appel à la reconnaissance légale des associations de familles victimes du terrorisme et de familles de disparus.
Intervenant toujours à propos des ONG, M. Serraï, membre de la commission nationale de l’amnistie générale, rappelle l’attachement au message du Président de la République par la CNAG.
Il souligne aussi que les ONG qui, hier, entretenaient la tension et la confusion en faisant référence aux droits de l’homme souvent sélectifs crient aujourd’hui à l’amnésie.
Or rien n’autorise celles-ci, relève le représentant de la CNAG, les ONG ne l’oublions pas ont été accusés d’un véritable appel au meurtre de la paix dans notre pays ce que nous condamnons fermement.
Ceux qui ont tout perdu
M. Serrai fait aussi part des démarches des membres de la commission à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. A l’intérieur où il affirme avoir rencontré des représentants de commerçants à l’est du pays, ceux-ci ont posé le problème de ceux qui ont été touchés par le terrorisme et vu leurs bien détruits.
Ce sont des gens qui n’ont plus rien et demandent que l’Etat ne les oublie pas. L’homme de droit, le fiscaliste doit absolument se pencher sur ces questions contentieuses et y trouver des solutions, peut-on parler alors à ce propos d’amnistie?
Il y a de véritables drames rapporte M. Serraï parce que la justice, le fisc poursuit toujours ces gens.
Ce débat existe au sein de la commission note le représentant de la CNAG. Le rôle de celle-ci est de faire passer le message et nous profitons de cette tribune du centre de presse d’El Moudjahid pour le faire. M. Serraï en profite pour demander que la commission soit renforcée par l’apport de spécialistes dans plusieurs disciplines, économistes, fiscalistes, juristes, etc.
La difficulté de gérer l’après-terrorisme
Intervenant dans le débat à la suite de questions posées par l’assistance, Mme Benhabylès, relève qu’il est très difficile de gérer l’après-terrorisme. C’est un sacrifice du peuple et de l’Etat que d’accepter d’aller vers la réconciliation nationale et l’amnistie générale.
Rendons hommage à tous ceux qui ont barré la route à ceux qui ont cru que la violence terroriste allait avoir raison de ce peuple.
L’ancien ministre pose le problème et la situation douloureuse des femmes violées en relatant leur détresse, leur abandon sur le plan social et qui pourtant ne demandent rien d’autre que de retrouver une vie normale, en ignorant leurs bourreaux.
L’amnistie générale doit absolument prendre en charge ce genre de situation, note Mme Benhabylès.
Il faut s’éloigner des manipulations en tout genre, et assurer une véritable prise en charge de ces victimes.
L’ancien ministre évoque aussi le cas des victimes de balles perdues et qui sont protégés aujourd’hui par la loi.
Il faut le savoir. C’est le rôle du mouvement associatif d’aider les victimes à connaître la loi.
Un crime contre l’humanité
Maître Brahimi Miloud rappelle les lois internationales en vigueur qui règlent le problème du viol, rappelant qu’il s’agit d’un crime contre l’humanité et qu’il est imprescriptible.
Il rappelle les situations vécues au Rwanda et dans l’ex-Yougoslavie que le tribunal pénal international condamne en tant que crimes contre l’humanité. Il ne faut jamais oublier ce qui a été commis note maître Brahimi. La gestion de l’après-terrorisme doit nous conduire à la paix, à la réconciliation définitive dont il faut savoir extraire ce qui est contraire aux lois internationales.
Pour M. Serraï, la gestion de l’après-terrorisme c’est notre capacité à écouter, c’est aussi communiquer. Pour M. Khaldoun, président de la sous-commission des affaires juridiques à la commission consultative des droits de l’homme, la commission nationale pour l’amnistie générale doit être un espace pour un débat qui soit un débat de haut niveau et qui cerne les problèmes réels.
Ce qui doit sortir de la réconciliation nationale et de l’amnistie générale ne doit pas être assimilé à une sorte de règlement de comptes.
Faire attention aux termes employés
Maître Benbraham fait remarquer à la suite de questions posées durant le débat qu’il nous faut faire attention aujourd’hui aux termes utilisés car ceux qui se sont rangés à la suite de la loi sur la concorde ne sont plus assimilés à des terroristes mais à des repentis.
Leur rappeler leur situation antérieure peut relever selon la loi de la diffamation. Le terme de terroriste continue à s’appliquer à ceux qui sont restés en marge du processus de concorde civile.
Maître Benbraham fait remarquer aussi que le terrorisme a aujourd’hui une portée générale puisque devenu un phénomène universel qui ne connaît ni patrie, ni frontière, ni religion. L’Algérie est aussi signataire de conventions internationales sur la lutte antiterroriste dont il faut tenir compte.
Le terrorisme n’est pas une spécificité algérienne
Le terrorisme n’a jamais été spécifique à l’Algérie. C’est le 11 septembre qui a seulement réveillé les consciences à ce sujet rappelle Mme Benhabylès.
Dès le début, le terrorisme a été un phénomène transnational.
Intervenant à son tour dans le débat, M. Senani Mohamed, chargé de l’organique auprès du CNAG, relève que cette institution a besoin d’hommes de terrain et de cadres compétents. Pour l’heure, plus de vingt-cinq organisations sont représentées à la CNAG.
Notre priorité va à la concrétisation de la paix civile et la réconciliation nationale relève le Président de la République.
C’est ce qui a paru guider le débat durant cette table ronde où l’on a pu constater que la gestion de l’après-terrorisme pose encore de redoutables problèmes à la société algérienne. Les passerelles qui sont dressées par les autorités politiques ont pour fonction d’atténuer l’acuité des problèmes posés.
Mais il faudra se battre pendant longtemps encore en communiquant et en dialoguant. C’est ce que font les autorités du pays.
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Ils ont dit
* Belkacem Abdallaoui, coordinateur général des associations de soutien au programme du Président de la République :
“Il faut d’abord se réconcilier avec notre histoire”
"Si l’on tient compte des réactions des citoyens, on peut affirmer qu’ils sont prêts à soutenir le projet de réconciliation nationale et d’amnistie générale. Ce que le citoyen veut savoir c’est quand aura lieu cette amnistie, et quelle catégorie de personnes sera bénéficiaire. Les citoyens considèrent qu’à partir du moment où ils ont voté en faveur du Président avec 85% des voix, ils sont avec son programme. Ils ont peur de revenir à la période d’avant l’indépendance et d’avant même la révolution, c’est-à-dire l’amnistie de ceux qui étaient ennemis de la Révolution et ceux qui ont eu des comportements immoraux et irresponsables après l’indépendance, en détournant des fonds publics et causé beaucoup d’injustice sociale. Ils veulent que ces gens soient exclus de l’amnistie. Le plus important, aujourd’hui, c’est qu’ils considèrent que leurs enfants ne devraient pas souffrir comme eux. La réconciliation nationale doit commencer par l’histoire, comme l’a fait le Président Bouteflika. Aujourd’hui, on parle sans crainte de Krim Belkacem, de Messali El Hadj, de Ferhat Abbas…, la réconciliation commence par restituer aux enfants de l’Algérie leur place dans l’histoire, un peuple qui ne connaît pas son histoire ne peut pas construire son présent ni son avenir. On peut ne pas être d’accord politiquement, mais on doit respecter l’unité du peuple, l’unité de la nation et son identité".
* Farouk Ksentini, président de la CNCPPDH
“L’amnistie générale ne concerne pas les pieds noirs et les harkis”
"D’abord, il faut noter que c’est une décision à caractère politique.
Il faut savoir aussi que l’amnistie générale dans les débats actuels, ne concerne pas les pieds noirs et les harkis, mais uniquement les gens impliqués durant les années noires dans les actions terroristes. La question des pieds noirs et des harkis est dépassée, les crimes qu’ils ont commis sont dépassés par loi, on ne peut plus parler de ces problèmes. Il faut que la loi soit approuvée par le Parlement, et comme l’a indiqué le Président de la République, la loi passera par un référendum. Je pense que les choses viendront naturellement, une loi a ses initiateurs, elle sera inspirée de la volonté du Président de la République et cette loi tiendra compte nécessairement des observations de la société civile et de toutes les parties concernées, pour qu’elle soit votée démocratiquement. Personnellement, en tant que citoyen et président de la commission, je souhaiterais que cette amnistie puisse bénéficier au plus grand nombre possible des Algériens, le reste c’est l’affaire du législateur.
D’après ce que j’ai constaté, l’écho auprès de la population est extrêmement favorable. Le projet d’amnistie emporte l’adhésion de la majorité de nos concitoyens.
L’amnistie fiscale c’est autre chose. Bien qu’une loi peut intervenir pour décider de l’amnistie fiscale, ce n’est pas l’objet du débat actuel.
Ce qui nous intéresse et préoccupe aujourd’hui, c’est l’amnistie des faits et des personnes qui sont compromis dans des opérations de terrorisme. Nous n’avons pas actuellement les détails nécessaires, mais l’amnistie peut intervenir avant et après jugement, ce sont des éventualités qu’on ne peut pas écarter. Pour l’instant il ne faut pas nous précipiter, nous avons des directives précises du Chef de l’Etat.
L’Algérie est un pays souverain. Il peut décider d’une amnistie, nous n’avons de compte à rendre à personne. Je peux vous dire que de la part de l’Union européenne, des USA et d’autres pays amis, l’initiative est fortement encouragée. Le peuple algérien doit faire concession de certains droits, c’est naturel.
Le législateur algérien est souverain et le peuple algérien est souverain, partout dans le monde l’amnistie a été positive.
Ce qui est fondamental à retenir c’est que cette amnistie ne touchera pas aux droits des victimes, ce sont les infractions criminelles qui seront amnistiées et ne feront plus objet de poursuites judiciaires, les droits des victimes demeureront intacts".
* Abdelmalek Serraï, membre de la commission nationale d’amnistie générale
“L’écho de l’amnistie est excellent auprès de la population”
"L’initiative est aujourd’hui populaire. Dès que le Président de la République a émis le vœu, à partir du 30 octobre 2004, l’initiative est devenue populaire et à travers tous les meetings que nous avons tenus au niveau des 48 wilayas, en Europe et aux Etats-Unis, nous avons constaté qu’il y a un intérêt particulier de la population algérienne pour régler nos problèmes définitivement. L’amnistie a pour objectif de pardonner et permettre au pays de redémarrer dans de meilleures conditions, cependant, nous avons un travail à faire. Nous allons, à partir d’aujourd’hui (hier, ndlr), officiellement engager la deuxième phase qui consiste à donner des conférences populaires pour expliquer le thème de l’amnistie générale et ses objectifs. Jusqu’à présent nous avons installé les commissions et les bureaux de wilaya et à l’échelle internationale pour permettre à notre communauté à l’étranger de prendre part à cette démarche.
L’écho est excellent de la part de la population, notamment les personnes touchées par le terrorisme. Nous avons enregistré essentiellement des revendications de réparation, il n’y a pas d’accusation, ce qui est extraordinaire.
Cela prouve également que le niveau de compréhension et de responsabilité des Algériens est très élevé. Il y a une prise de conscience formidable, ce qui nous encourage à aller de l’avant. Il faut qu’on arrive à sensibiliser la majorité du peuple algérien pour qu’un jour, lorsque la date du référendum sera annoncée, nous aurons déjà préparé les conditions pour que cette majorité puisse donner son avis sur ce sujet.
C’est un prolongement de la loi sur la "Rahma " et de la loi sur la Concorde civile. C’est un cycle tout à fait normal dans la vie d’un peuple qui a souffert énormément. Il y a eu beaucoup d’incompréhension et de malentendus, beaucoup de dégâts et de violence sur le plan humain (plus de 100.000 morts), nous avons perdu beaucoup d’argent et de temps, aujourd’hui il faut parler entre nous, de nos problèmes et en toute responsabilité.
Les Algériens pardonnent. Ils ne réclament pas des sanctions, ils réclament des réparations, c’est ça le premier avantage. Le débat est encore ouvert, nous sommes en train d’écouter la population algérienne pour relever les remarques afin de réaliser un document qui puisse relater l’intégralité des avis et des revendications du peuple algérien. Nous allons examiner les moyens juridiques, financiers, sécuritaires à mettre en place pour que ce projet réussisse.
* Saïda Benhabylles, présidente de l’association nationale de la femme rurale
«Il faut s’attaquer à l’injustice sociale»
"Dans les villages perdus de la région de l’ouest, dans ce qu’on appelait le triangle de la mort, et en présence de délégations étrangères, à l’instar de celle venue d’Afrique du Sud, nous avons été témoins de ces rencontres sur la réconciliation que nos concitoyens ont accueillie favorablement. Il y avait de l’émotion, les gens se remémorent mais ont des perspectives d’avenir fondées sur cette réconciliation nationale. Ils vous disent nous avons une seule condition, il ne faudrait pas que l’Etat nous oublie. Ils pensent à leurs enfants et sont convaincus que sans la réconciliation nationale, c’est la haine et la vengeance qui vont dominer.Les victimes font confiance au Président de la République, qui est le garant de leurs droits, de la solidarité envers elles et de leur protection. Elles ne veulent pas que du jour au lendemain elles soient abandonnées, livrées à elles-mêmes ou de considérer que les leurs sont simplement morts comme des victimes de n’importe quel autre accident. La protection de leurs droits est un aspect fondamental, elles veulent pardonner mais en gardant le devoir de mémoire.
Ce qui m’a frappé le plus c’est l’exemple de cette femme qui a perdu un mari et un fils mais n’a pas hésité à dire à un frère d’un terroriste : «mon cœur à ton égard est blanc comme le lait de ta mère», pour moi, c’est une leçon de pardon digne de l’Algérie. Ce n’est un secret pour personne, tout le monde sait pourquoi les jeunes ont été manipulés par ceux qui sont à l’origine du terrorisme et révoltés. Je crois que ces jeunes ne sont pas responsables, ce sont les gens qui sont à l’origine de l’injustice sociale qui sont les vrais responsables. Tant qu’on ne s’attaque pas sérieusement à ce phénomène on ne peut pas parler d’éradication du terrorisme ni de réconciliation nationale".
* Me Miloud Brahimi, ex-bâtonnier, avocat à la cour d’Alger
«La vraie indemnisation est morale»
"Sur un plan strictement juridique l’amnistie ne concerne pas le droit des victimes qui continuent, même après l’amnistie, à pouvoir être réparé.
Les victimes d’une action quelconque du terrorisme, même après amnistie ont le droit de demander réparation du mal qui leur a été fait, mais la réparation du préjudice matériel, à mon avis devait relever de l’Etat, elle ne doit pas relever des auteurs des crimes eux-mêmes pour une raison très simple, ils ne sont pas capables d’indemniser quoi que ce soit.
Au-delà de ce problème, la vraie indemnisation des victimes, elle, est morale, c’est-à-dire il faut que l’Etat les prenne en charge en tenant compte de leur doléances et ne doit rien faire dans la préparation et dans la concrétisation de l’amnistie générale sans un accord et sans une adhésion des familles des victimes du terrorisme à ce projet.
L’Etat doit également faire un geste vis-à-vis des familles des disparus, en disant la vérité sur le sort de ces disparus. On continue encore à s’interroger sur l’existence d’endroits secrets de détention auxquels je n’y crois pas personnellement, mais c’est à l’Etat de déclarer solennellement qu’ils n’existent pas. Le contexte est bon pour engager le débat, pour faire mûrir l’idée et le Président de la République, lui-même, avait dit «il ne faut pas remuer le couteau dans la plaie», lorsqu’il a parlé pour la première fois d’amnistie générale.
Chaque chose en son temps, c’est bien qu’on parle, qu’on dise il y a des choses qu’il faut éviter de faire, comme par exemple l’amnistie des crimes contre l’humanité.
Propos recueillis par Farid B.
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