PROJET DE REFERENDUM SUR L'AMNISTIE GÉNÉRALE

Prélude à la révision de la Constitution ?

Le Soir d'Algérie, 3 novembre 2004

Sept mois après sa reconduction à la tête du pays, Abdelaziz Bouteflika “reprend” son projet : absoudre l’islamisme politique de l’ensemble de ses abominables crimes. Un projet, en fait, entamé en 2000, déjà, avec la fameuse grâce amnistiante du 12 janvier qui octroie, depuis, impunité et privilèges aux premiers “contingents” du FIS.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Mercredi 27 octobre dernier, Bouteflika choisit un lieu et une date chargés de symboles pour annoncer la couleur. Toujours aussi prolixe, l’homme, qui a cet art bien à lui d’affirmer une chose et son contraire, prendra ses airs les plus menaçants pour évoquer la nécessaire lutte antiterroriste. Un moment, il enjoindra même ses interlocuteurs du jour — les groupes armés et leur tutelle politique — à demander pardon au peuple. “Ils ne doivent espérer ni remerciement ni félicitations”! Un bel élan républicain sapé tout de suite après par celui-là même qui prononçait cette sentence. Bouteflika lancera effectivement dans la foulée l’idée du référendum sur l’amnistie générale qu’il explicitera davantage dimanche dernier lors d’un discours à la nation à l’occasion du cinquantenaire de la Révolution du 1er Novembre. L’Algérie est donc invitée à un rendez-vous référendaire qui doit donner sa force de loi et, plus que cela, une légitimité populaire à ce vieux fantasme du FIS, ses troupes et alliés de Sant’ Egidio. L’issue de “cette formalité” étant connue d’avance, le seul intérêt qui en demeure est la date de son intervention d’un côté et l’arrière-pensée politicienne qui la motive. Pourquoi Bouteflika, à peine sorti d’un show électoral, se sent-il subitement le besoin “de remettre ça” ? Cette initiative rappelle à bien des égards une précédente quasi similaire. Mal élu le 15 avril 1999, le successeur de Liamine Zeroual avait recouru un référendum sur la loi portant “concorde civile”, pourtant votée déjà par les deux chambres du Parlement pour compenser cette “lacune”. Le “soviétique 85%” du 8 avril dernier lui fait-il sentir le même besoin ? Ou alors ce recours n’est-il qu’une précampagne pour l’autre référendum, celui portant révision constitutionnelle que Bouteflika prévoit, affirment des sources crédibles, pour l’an 2007 ? Moralement inacceptable, “une amnistie générale”, outre le fait qu’elle ne doit pas, au plan juridique, précéder le travail de la justice, fera dans le contexte algérien courir au double plan sécuritaire et social, d’énormes risques à la nation. Est-ce réconcilier réellement les Algériens que de lâcher dans la nature des “zombies” tel El-Para, par exemple ? Ce alors même que, quotidiennement, encore le terrorisme fauche des vies humaines à l’intérieur du pays. La quête du pouvoir absolu, qui a coûté jusque-là à l’Algérie des “primes de nuisance” concédées, déjà, aux “émirs” de l’AIS, du FIDA, Al Ahwal, etc. est bien partie, cette fois-ci, pour compléter le décor. A savoir accomplir au plan politique l’abdication de la République face à ceux qu’elle a pourtant combattus et battus au plan militaire.
K. A.

 
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