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| SEPT ASSOCIATIONS SE REUNISSENT Les familles de disparus contre l'amnistie générale Le Quotidien d'Oran, 31 janvier 2005Dans une pièce tapissée des portraits des personnes disparues au cours de la décennie sanglante qu'a connue l'Algérie, sept associations des familles des victimes ont annoncé hier leur refus catégorique du programme d'amnistie générale prônée par le président de la République. « Cela fait huit ans que mon fils qui vivait en France est venu passer ses vacances en Algérie sans jamais retourner chez lui. Cela fait huit ans qu'il me hante chaque nuit pour me dire que je ne dois pas baisser les bras et tout faire pour connaître les raisons de son calvaire. Et aujourd'hui, on nous demande de fermer le livre des horreurs pour que les bourreaux de mon fils et des autres soient réhabilités (...). Non, on ne construit pas un pays sur une mare de sang», a déclaré, en larmes, Mme Nacéra Djeddour, présidente du collectif des familles des disparus basé en France. A ses côtés, plusieurs associations, dont l'Association nationale des familles des disparus (ANFD), SOS Disparus, l'association Somoud des familles des victimes enlevées par les groupes islamistes armés, l'Organisation nationale des victimes du terrorisme et ayants droit (ONVTAD) et la Ligue algérienne des droits de l'homme (LADDH). D'une seule voix, ces associations ont affirmé que les familles des disparus «ne peuvent pardonner si on ne leur demande pas pardon». Tout au plus peuvent-elles attendre que les responsables des disparitions passent aux aveux pour pouvoir, peut-être, débattre sur le projet d'amnistie. Les familles des victimes se font plus mordantes depuis que le président de la Commission nationale des droits de l'homme, Farouk Ksentini, a affirmé son soutien à la réconciliation nationale. «M. Ksentini n'est pas sans savoir qu'au regard du droit international, tous les crimes ne sont pas amnistiables», soutient la présidente de l'ANFD. Enterrer le dossier des disparus créerait, selon les associations des disparus, un refoulement profond d'injustice au sein des familles qui pourrait être porteur d'un danger pour le pays. Car, pour les familles des disparus, les crimes commis contre leurs proches ne sont guère excusables. Elles les mettent au même rang que les pires crimes contre l'humanité commis par Pinochet ou encore le génocide bosniaque. Le Chili de Pinochet, affirment-ils, enregistrait 3.186 disparus, ce qui est bien loin du nombre d'Algériens disparus. Après la promulgation d'une loi d'amnistie chilienne, le décret a finalement été annulé. Les associations entendent mener des campagnes de sensibilisation dans toutes les régions du pays pour appeler les Algériens à voter «non» lors du référendum de l'amnistie générale, dont la date n'est pas encore arrêtée. Les associations déplorent que, déjà, «alors que les citoyens n'ont pas encore connaissance de la substance du projet, les soutiens pleuvent pour polluer tout débat». Si le projet de réconciliation venait à être accepté par la voie des urnes, les associations n'arrêteront pas le combat pour autant. «Nous continuerons à déposer les plaintes dans les institutions internationales. Ils ne nous feront pas taire avec la loi de l'amnistie, on continuera à leur faire honte en défilant avec les portraits de nos enfants», affirme la présidente du collectif des familles des victimes. Le représentant de la LADDH, M. Zahnoune, affirme de son côté que son organisation «ne ménagera aucun effort pour démonter la machine mise en branle pour liquider le dossier des disparus». La tâche n'est pas facile. Le représentant de la LADDH estime qu'en raison des rapports de complicité entre l'ONU et le gouvernement algérien pour des intérêts réciproques, il est difficile que les Nations unies répondent à leurs doléances. Il y a bien une possibilité de recours vers la Commission africaine des droits de l'homme. Mais là encore, les représentants des droits de l'homme en Algérie ne se font guère d'illusions. La Commission africaine est rongée, selon M. Zahnoune, par la corruption. La seule planche de salut des familles qui veulent connaître le sort de leurs proches reste liée à l'espoir que les Algériens refusent le projet d'amnistie. «Il faut que les Algériens sachent qu'ils se nourrissent du sang de nos proches. Il y a des charniers à la Mitidja. On ne peut pas accepter cela», affirme M. Merabet, président de Somoud, qui croit dur comme fer que ses deux frères ont été enlevés par les hordes terroristes et pense que, tôt ou tard, «si la loi de l'amnistie passe, les générations futures voudront venger leurs morts». En réponse aux accusations de Farouk Ksentini selon lesquelles les associations des familles des victimes reçoivent des aides financières étrangères, elles affirment que «si aides financières il y a, elles ne viennent pas des organismes de renseignement colonialistes mais des organisations humanitaires». En tout état de cause, pour les sept associations présentes hier au siège de SOS Disparus, seule la justice peut faire la lumière sur chaque cas et l'amnistie générale ne peut être opposable aux victimes des disparitions. Amel Blidi
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www.algeria-watch.org
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