Alors que Me Ksentini affiche sa satisfaction

Les familles des disparus rejettent les textes d’application

par Nabila K., Le Jeune Indépendant, 23 février 2006

Les textes d’application de la charte pour la paix et la réconciliation nationale n’ont pas été du goût des associations des parents des disparus. En effet, alors que les associations, à l’exemple de l’association Soumoud des familles des victimes du terrorisme et l’Association nationale des familles des disparus, fustigent les textes, Me Farouk Ksentini en est tout à fait satisfait.

Dans un communiqué de presse, Soumoud précise que certaines conditions sont absolument nécessaires pour toute tentative de réconciliation. Pour cette association, toutes les expériences vécues dans le monde ont démontré que «la véritable réconciliation ne se réalise en aucun cas par des textes, mais par un processus inscrit dans le temps et basé sur les deux piliers que sont la vérité et la justice».

En d’autres termes, Soumoud explique que «si l’impunité prend le dessus sur la justice et le respect des droits fondamentaux de la personne, aucune garantie ne pourra être avancée pour épargner nos générations futures des conséquences de nos problèmes d’aujourd’hui».

Selon Soumoud, ce que le peuple sud-africain a réussi difficilement, le peuple algérien aurait pu le franchir facilement, si seulement les présumés coupables des crimes avaient avoué, regretté et demandé pardon. D’un autre côté, même si Soumoud considère de comportement civilisé que de guider le peuple à prendre conscience que la condamnation du crime est individuelle et que, de ce fait, les proches des éléments des groupes armés islamistes ne peuvent être responsables des crimes commis par ces derniers, il reste cependant que «traiter cette catégorie de citoyens en dehors du contexte de la solidarité nationale pourrait glorifier ces actes criminels.

C’est l’une des raisons qui pousse Soumoud à la rejeter catégoriquement. Par ailleurs, Soumoud s’interroge sur les cas des terroristes qui ont enlevé, probablement torturé et assassiné des Algériens, mais qui ne seront ni poursuivis, ni condamnés, ni sanctionnés pour leurs crimes, lorsqu’il ne s’agit pas de massacres collectifs.

L’association se demande à qui profite l’extinction des poursuites judiciaires. Soumoud considère, en outre, qu’accorder une indemnisation à la famille d’un disparu est une reconnaissance implicite de la responsabilité de l’Etat quant à ce drame.

De plus, indique-t-on, la volonté délibérée de les mettre dans le même panier que celui des groupes armés islamistes «risque de camoufler le feu au lieu de l’éteindre et, aussi, d’élargir le fossé au lieu de renforcer la cohésion sociale, comme souligné dans la charte.

De son côté, la présidente de l’Association nationale des familles des disparus, Mme Ighil Lila, a précisé, hier, au Jeune Indépendant, qu’elle est contre toute démarche qui viserait à clore définitivement le dossier des disparus. Pour elle, les textes du gouvernement visent plutôt à faire taire les familles des disparus en leur offrant une indemnisation, au lieu de trouver une solution juste et louable.

D’un ton ferme, Mme Ighil se dit prête à continuer son combat jusqu’à ce que «nous obtenions gain de cause». D’ailleurs, Mme Ighil nous a informés qu’elle lancera prochainement une campagne parlementaire. L’objectif étant d’«alerter les élus de la nation sur le danger que peut revêtir ce genre de texte et les pousser à créer une loi à même de faire toute la lumière sur la disparition de nos enfants».

La campagne, a ajouté Mme Ighil, sera également lancée, conjointement, par l’Association des parents des disparus et l’Association des parents des victimes du terrorisme. Se voulant optimiste, Me Farouk Ksentini a affiché, hier, son extrême satisfaction pour le travail accompli par la commission.

Me Ksentini estime que «les textes d’application sont fidèles à la charte pour la paix et la réconciliation nationale votée par le peuple». Me Ksentini a estimé que les textes ont été soigneusement étudiés et traités. N. K.

 
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"Amnistie" et impunité: Texte intégral du communiqué du conseil du gouvernement

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