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Amnistie générale Se réconcilier d’abord avec soi-même et sa patrieLe Quotidien d'oran, 9 avril 2005 Alors que le président de la République vantait à partir de Club des Pins les vertus de la réconciliation nationale et de l’amnistie, les terroristes fomentaient, ce même jour, un macabre projet pour tuer des innocents. Peu importe le nombre de victimes du massacre perpétré dans la soirée de jeudi dernier aux alentours de Laâba, c’est l’acte en lui-même qui, comme toujours, afflige, répugne et ranime des sentiments de révolte. C’est comme si les terroristes voulaient ponctuer une période où les citoyens commençaient à croire véritablement à un retour définitif de la paix et de la sécurité. Ponctuer en fait deux mandats présidentiels, un premier durant lequel son détenteur croit avoir réussi à rétablir la paix et un second au cours duquel il projette de réaliser l’amnistie générale. Et comme pour le contraindre de baisser les bras, les terroristes ont tenu à faire parler d’eux le même jour et à l’heure où le chef de l’Etat s’adressait à la Nation et promettait des jours meilleurs au peuple algérien. Ils ont ressurgi en cette fin de journée de jeudi pour assassiner des innocents. L’acte replonge dans des souvenirs macabres. Plus de 200.000 victimes et 30 milliards de dinars de pertes matérielles. Ce sont là les chiffres que le président a donnés à partir du Palais des nations pour rappeler les atrocités vécues durant de longues années. «Je me suis attelé à concrétiser des engagements simples mais aussi vitaux pour la situation dramatique que vivait alors l’Algérie: éteindre les feux de la fitna», a-t-il dit tout en rendant hommage aux «services de sécurité, à leur tête l’ANP» pour avoir rétabli «très largement la sécurité». Il convainc de la restauration de la paix civile «grâce aux bienfaits de la concorde civile, aussitôt transformée en dynamique de réconciliation nationale». Il persuade que «dans la paix revenue, nous apprenons à vivre de nouveau ensemble, à nous accepter avec nos différences d’opinion et à faire valoir le fait qu’en définitive, nul parmi nous n’a de patrie de rechange». C’est d’ailleurs ce qui le laissera reprocher aux intellectuels et universitaires algériens d’avoir fui le pays pour prendre d’autres nationalités. «J’appartiens à une génération qui s’est débarrassée de la nationalité française par les armes alors qu’il y en a qui la prennent avec une telle facilité !». Il promet que «si c’est l’insécurité qui les fait fuir, nous leur garantissons la paix et la sécurité et de meilleures conditions de vie, nous les aurons avec l’effort de tous». Mais il avertit: «Je ne suis ni prophète ni messie.» Le chef de l’Etat discourra longuement sur la réconciliation nationale et l’amnistie générale. Et malgré ses persuasions sur leur ancrage dans l’esprit du peuple, il n’en demeure pas qu’il s’interroge sur leur réalisation. «Sommes-nous arrivés à cela ?», s’est-il demandé à propos de «l’acceptation les uns les autres par la réconciliation nationale». Il appelle à «laisser de côté les rancoeurs» non sans préciser: «Ce qui ne veut pas dire que ceux qui ont assassiné nos proches, violé nos femmes, décapité nos enfants sont les bienvenus». Il promet que «nous n’accepterons jamais de les revoir sur la scène politique nationale, nous leur reconnaissons cependant le droit de vivre dans ce pays». Voilà des propos qui laissent entrevoir quelque peu les intentions du chef de l’Etat en matière de réconciliation et d’amnistie générale. «Leurs idées ont ruiné nos demeures, que Dieu ruine les leurs», implore-t-il. Mais dans ce cas «qui se réconcilie avec qui ?», demande-t-il en répondant tout de suite: «Ce qui ne le voit pas, le sent», dit-il. Et comme pour faire clair, il rappelle son voeu de voir «les Algériens se réconcilier d’abord avec eux-mêmes et avec leur patrie». Bien qu’il ait assuré de ne se conformer qu’à la Constitution et aux lois de la République pour toute démarche qu’il entreprendra dans le cadre de l’amnistie générale, il interroge: «Mais ne pensez-vous pas qu’il nous faut une solution pour sortir de la crise ?». Son rappel de son idée d’un référendum pour laisser le dernier mot au peuple à cet effet est évident. Il n’omettra pas en premier de promettre de mener une lutte implacable contre le terrorisme tout en étant persuadé qu’il faut mettre en oeuvre des programmes économiques, sociaux et culturels pour assurer le bien-être des citoyens. Il insistera beaucoup sur la lutte antiterroriste comme s’il voulait prouver sa bonne foi de ne lésiner sur aucun moyen pour éradiquer ce fléau. Il fera même une digression sur le terrorisme international pour noter que «chacun semble avoir son propre terrorisme, ses moyens de lutte contre et sa manière de lui faire face même en transgressant la légalité internationale». C’est clair, l’allusion est faite directement aux Etats-Unis. Il profitera pour réitérer son appel à la communauté internationale pour s’entendre sur une définition claire du terrorisme «pas de deux poids deux mesures». «Nous sommes partenaires dans la lutte internationale contre le terrorisme mais c’est donnant, donnant et nous attendons de nos partenaires qu’ils nous donnent ce que nous donnons», a-t-il précisé comme s’il voulait faire savoir qu’il conditionne désormais l’adhésion de l’Algérie à cette lutte par la définition qu’il recherche du fléau. A défaut, «nous sommes mobilisés pour être uniquement au service de l’Algérie». Bouteflika revient à son projet pour souligner que «sans la paix et la concorde civile, tout effort sera vain». Son insistance sur la réalisation de son amnistie est forte. Encore une fois, il parle du référendum qu’il compte organiser. «Nous avons d’énormes difficultés à ouvrir un dialogue avec des parties sur lesquelles pèsent de lourdes responsabilités dans ce qu’a vécu le pays et pour cela je demanderais l’avis du peuple». Il en restera là sans dévoiler le contenu de son projet ni de ses intentions. Ghania Oukazi |
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www.algeria-watch.org
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