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«RÉCONCILIATION» ET TERRORISME ÉMAILLENT
LE PAYSAGE QUOTIDIEN
Dix
personnes tuées en une semaine
L'Expression,
21 avril 2004
Le discours résolument et absolument réconciliateur de
Bouteflika peut aboutir à une «deuxième vague de
repentis».
La «réconciliation nationale» occupe aujourd’hui
un espace largement plus grand que les actes de violence liés
au terrorisme islamiste. La réélection d’Abdelaziz
Bouteflika à la tête de l’Etat remet au jour son projet
de «passer de la concorde civile à une véritable
réconciliation nationale» et dont personne ne connaît
avec exactitude les «limites» et les contours, et donne toute
sa place à la deuxième phase de la paix civile.
Cependant, en arrière-plan de cette réconciliation, le
terrorisme réactive peu à peu ses mécanismes. Le
Gspc répond en écho au GIA. Le premier a tué trois
militaires qui étaient en ratissage à l’est de Boumerdès,
et en a blessé dix autres, alors que le second, «oublié» depuis
plusieurs semaines, a assassiné, dans un faux barrage dressé à Hameur
El Aïn (là même où, il y a une année,
il avait assassiné trois citoyens qui roulaient en R4, vers un
domaine agricole situé à la sortie sud de la ville). Il
y a une semaine, deux militaires ont été tués dans
une embuscade tendue par des éléments du groupe des Houmat
eddaâwa essalafiya dans les massifs forestiers de Saïda. Deux
jours après, deux islamistes armés avaient été tués
dans la région de Sidi Bel Abbès, et deux autres dans les
régions de l’est du pays où domine le Groupe salafiste
pour la prédication et le combat. Entre les «irréductibles» et
les «velléitaires» de la trêve, il y a heureusement
un espace de négociation, de concession et de dialogue.
Mené sans cesse depuis plusieurs années, le dialogue avec
les maquis islamistes connaît une certaine ferveur ces jours-ci,
sans connaître les résultats importants dont parle la presse.
Trois repentis ont réellement regagné la vie civile dans
la région de Bouira, alors que dans les maquis de l’Est,
les contacts, menés laborieusement avec le Gspc, laissent espérer
que certains hommes de cette organisation «tricéphale»,
qui a éclaté en trois directions quasi-autonomes, pourraient
annoncer une trêve des hostilités et quitter les maquis
de l’Est algérien. Cependant, et à la lumière
des fetwas qui circulent au sein même de la direction, et signées
par Nabil Sahraoui, ou, avant lui, par Hassan Hattab, il est peu probable
que la trêve du Gspc connaisse une poussée de paix ou qu’elle
trouve preneur en nombre. La cellule opérationnelle, qui a investi
la capitale, et qui se spécialise dans les attentats ciblés
et la collecte d’armes sur les cadavres des policiers et des militaires
tués, répond déjà à la question de
la trêve du Gspc. Cette cellule active a déjà perpétré plusieurs
assassinats ciblés à Alger, dont le plus retentissant reste
celui commis contre l’imam d’El Harrach, Abdennacer Abou
Hafs, et pose des problèmes, insolubles jusque-là, pour
les responsables de la sécurité intérieure. Cependant,
le discours résolument, absolument et ostensiblement pacificateur
du président de la République peut, à terme, aboutir à une
deuxième vague de repentis, pour peu que le contexte politique
retrouve «l’élan sécuritaire » de 1998 à 2000.
Pour le moment, à l’échec de «l’islamisme
constitutionnel», répond la turbulence et l’impatience
de «l’islamisme insurrectionnel». Les résultats
très insignifiants obtenus par le MSP, le MRN et Ennahda consacrent
l’échec de l’intégration d’un islamisme
aux objectifs imprécis dans le jeu équivoque d’une
démocratie aux contours flous.
Fayçal OUKACI
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