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Pour
une réconciliation majoritaire Par Abdou B., La Tribune, 7 novembre 2004 «Rien ne s’est fait sans l’aval de la tutelle.» Par ces propos qui renvoient une part de responsabilité au gouvernement à propos de l’argent de la CNAS déposé chez El Khalifa Bank, le secrétaire général de l’UGTA repose encore une fois sur le tapis une série de dysfonctionnements. A son corps défendant, et peut-être sans mesurer la portée de son discours, M. Sidi-Saïd met le doigt sur un fonctionnement archaïque d’un syndicat qui aurait une «tutelle» autre que ses adhérents-cotiseurs et sur l’interventionnisme gouvernemental dans l’action syndicale et sur la vie des associations régulièrement enrôlées comme supplétifs politiques. C’est dire la profondeur des réformes qui attendent M. Bouteflika dans sa volonté déclarée de construire un Etat de droit, de mettre le citoyen au cœur de la décision et d’ancrer la réparation des pouvoirs avec une administration performante non politisée et une justice indépendante en tant que pouvoir à part entière.Cependant les objectifs affichés par le président de la République articulés autour de la réconciliation nationale qui sera légitimée une deuxième fois et légalisée par un référendum, qui ne sera pas une fin en soi, impliquent une participation active et en même temps constructive de l’opposition la plus sérieuse et des personnalités crédibles porteuses d’idées et créditées d’ancrage populaire, auprès des cadres et des élites et dont l’intégrité est au-dessus de tout soupçon. Une réconciliation nationale et une amnistie générale à expliciter passent nécessairement par un dialogue entre le pouvoir et la société, en dehors des canaux administrés ou qui échappent même au Président, et entre le pouvoir et l’opposition. Un dialogue permanent, en dehors des seules consultations électorales qui ne sont que des pauses, des haltes d’évaluation et matière pour les statistiques concernant le corps électoral en étant des marqueurs irremplaçables de l’évolution d’une démocratie. Le référendum annoncé par M. Bouteflika aura sûrement une réponse positive des Algériens qui sont comme tous les peuples. Ils veulent la paix, la sécurité, la joie de vivre, du travail, des logements, de bons soins et la meilleure éducation pour leurs enfants dans un environnement de qualité et protégé par des lois au-dessus de tous.Mais comment faire tomber les murs qui séparent encore le citoyen de son Etat, le pouvoir et l’opposition, sachant que ces murs ont été érigés méthodiquement depuis 1962 au profit de ceux à qui toutes les violences ont servi d’alibi et de rente à grande échelle ? Et voilà que le président de la République s’attaque sûrement au plus grand chantier, celui de la réconciliation et de l’amnistie en présence de tous les acteurs encore vivants des deux dernières décennies et qui sont partie prenante, à différents degrés, de la crise qui a failli tout emporter. La commémoration du cinquantième anniversaire de Novembre a permis quelques frémissements qui restent à confirmer pour que la pratique politique, l’écoute du pouvoir et celle de l’opposition s’inscrivent dans la normalité, celle qui prévaut dans les pays modernes où l’exercice démocratique est amplement socialisé. Un opposant n’est ni un ennemi de l’Algérie ni un «saboteur» congénital et encore moins un traître. N’a-t-on pas lu après la signature du contrat de Rome qu’il fallait déchoir de sa nationalité… M. Aït Ahmed ? Certains journalistes, heureusement ultra-minoritaires et peu soucieux de respecter leur métier, ont été jusqu’à faire signer ledit contrat par M. Hamrouche, croyant le stigmatiser, en désinformant leur maigre lectorat. Le deuxième mandat de M. Bouteflika dont l’élection posait, à tort, problème à certains acteurs politiques semble partir sur un chemin autrement plus lisible que le premier, du moins sur le plan politique. La rencontre entre MM. Bouteflika et Mehri, celle entre le Président et MM. Ben Bella et Chadli, indiquent une volonté de fédérer, de tourner quelques pages. Une rencontre avec M. Bouteflika que ne refusera pas M. Aït Ahmed si elle est voulue par le premier magistrat peut être une avancée démocratique, la reconnaissance par les appareils du droit de l’opposition à justifier son existence par le travail politique libéré des entraves répressives, par la capacité de faire de la pédagogie, de mobiliser et de proposer. Ce serait là un axe majeur de la réconciliation entre les Algériens qui cesseraient de se diaboliser et de vouloir faire taire ceux qui pensent librement et autrement. En politique, la discussion entre Algériens sans armes est une nécessité.Ce cinquantième anniversaire a vu aussi des membres du gouvernement écouter d’autres syndicats que l’UGTA qui ne peut plus, grâce à l’interdit administratif, conserver un monopole dont la naissance remonte à la guerre d’indépendance et à la «légitimité révolutionnaire». Cet apprentissage du dialogue et surtout de la négociation est lui aussi un des ciments de la réconciliation nationale qui n’occulte pas la diversité des intérêts et leur défense pacifiquement. Plus l’action syndicale est forte, plus l’Etat est renforcé dans sa négociation avec l’étranger. Plus l’opposition est forte et respectée, plus la teneur démocratique du pouvoir augmente. Au-delà des supputations intéressées ou sous contrôle, le Président en a trop peu dit durant les célébrations de Novembre, surtout pour ce qui est de l’amnistie dont il a annoncé l’avènement. Bien entendu, le cadre forcément consensuel et la charge symbolique limitaient les propos. A juste raison, la classe politique et les Algériens attendent donc des initiatives fédératrices pour mettre définitivement fin aux atrocités vécues durant plus d’une décennie et enfin bannir de la façon la plus équitable pour tous la haine, ici et là entretenue, qui empêche encore la construction collective d’un avenir commun qui ne sera prospère que par le travail, la sincérité du pouvoir et de l’opposition qui ont l’Algérie en partage. A. B.
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