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Réconciliation et amnistie Par Abdou B. «Les Discours Des Hommes Ne Sont Que Des Masques Qu'ils Appliquent Sur Leurs Actions». Stendhal Le Quotidien d'oran, 11 novembre 2004 En déclarant être hostile à l'exercice du pouvoir absolu, M. Bouteflika entend faire appel au référendum populaire dans le cas où les responsabilités que lui confère la constitution ne sont pas suffisantes à couvrir une décision importante pour l'avenir du pays. En effet, une amnistie générale, dont les objectifs restent à être explicités, aura des effets dont la profondeur nécessite un consensus aussi large que possible, des débats sincères et l'implication positive du maximum d'acteurs politiques qui seraient des relais pertinents et surtout convaincus. Et cela pour éviter les allures d'un plébiscite qui sera, plus ou moins, contesté sinon contestable. L'option référendaire, si elle est menée démocratiquement, indiquerait une série de démarquages annonciateurs de ruptures et d'inclinaisons libérées par le vote du 8 avril 2004. La distance serait prise, tout d'abord, avec la légitimité révolutionnaire qui avait marqué l'ère de Boumédiène et du Conseil de la Révolution, ensuite avec les tenants civils et militaires de positions acquises dans les champs culturel et idéologique, et enfin avec les courants encore nostalgiques de la suprématie du militaire sur la société et la vie politique. Cette «philosophie» a été dopée par l'irruption d'un mouvement de masse d'essence «religieuse» qui entendait imposer sa seule loi au pays et par l'Etat d'urgence qui ne saurait durer comme c'est le cas en Egypte. A première vue, et si c'est l'orientation du chef de l'Etat, cette construction théorique peut se recouper, avec des divergences avouées, avec les discours constants, républicains et modernistes, de MM. Mehdi, Hamrouche et Aït Ahmed pour lesquels la modernité se confond avec «l'exigence de liberté» et sa défense contre tout ce qui transforme l'être humain en instrument, en objet ou en étranger», selon A. Touraine. Mais ce serait aller trop vite en besogne que de voir, comme supputent ceux qui sont allergiques aux trois hommes et à M. Bouteflika, un «deal» clandestin. Et si la politique a toujours et partout ses jardins secrets, force est de reconnaître que les quatre ont toujours dit haut et fort, chacun ses convictions. Il leur appartient donc de faire oeuvre pédagogique et d'éclairer leur démarche respective. Le président de la République, pour ce qui est de l'amnistie générale et de l'économie, et les autres pour les mêmes thèmes, le reste et aussi sur la place définitive que doit occuper l'ANP. Et ce n'est pas fortuitement que M. Mehri déclarait dernièrement que «le Premier Novembre était une décision politique et non militaire». Ce serait aussi aller trop vite en besogne que d'oublier, les «gardiens du temple» nourris par la crise, l'instabilité politique et sécuritaire et qui entendent parasiter toute réconciliation dans l'espoir de couper encore longtemps le pays entre «réconciliateurs» et «éradicateurs». Une amnistie générale ne saurait balayer des phénomènes actifs. Le premier est le manque de confiance entre le pouvoir et l'opposition, et le second entre le pouvoir et la société. En plus d'un adjuvant supplémentaire qui est la méfiance des Algériens à l'encontre de certaines oppositions velléitaires, incohérentes, sans racines, ni relais dans le pays profond. De faux ancrages médiatiques relèvent plus de l'idéologie, de la coterie que de programmes fédérateurs et ouverts sur la société avec des ponts imaginés et toujours reconstruits en direction du pouvoir et des institutions, sans oublier les électeurs. Le retour de M. Aït Ahmed et des commentaires aigres doux, accompagnés de photos bien «choisies» mettent en exergue la singularité du FFS et la place occupée par M. Aït Ahmed qui ne fait pas «fructifier» comme le font des acteurs sans envergure, la légitimité révolutionnaire. Et c'est avec une constance «remarquable qu'il a toujours refusée que le pouvoir soit assuré par des militaires. C'est là le fondement essentiel des attaques que lui prodiguent des «civils» depuis 1963, toutes générations confondues. Ces derniers animés par une haine viscérale ne perçoivent pas encore, en cette fin 2004, qu'une époque est révolue, disqualifiée par le bouillonnement de la société et la complexité porteuse de sérieux dangers de la situation internationale aux effets immédiats sur les pays retardataires aux plans démocratique et économique. La volonté affichée publiquement par M. Bouteflika, lors de son premier mandat, de s'affranchir et de libérer l'exercice du pouvoir des pesanteurs militaires a été surtout «analysée» sous l'angle du conflit de personnes et très peu sous le prisme des «souhaits» des grandes puissances et des soupapes à ouvrir d'urgence pour éviter l'implosion du corps social, réguler les contradictions mûries par la décennie rouge et pour enfin réconcilier les Algériens pour qu'ils bâtissent ensemble dans le respect de leurs différences. M. Bouteflika entend être un chef à part entière, assurant ses choix, ses erreurs ou ses échecs. Ce qui peut réconforter tous les militaires qui souhaitent vivre normalement en symbiose avec leur peuple et se désengager enfin du bourbier politique, et l'ensemble des forces politiques qui veulent investir la société par le travail et la pédagogie sans occulter des fermetures vérifiées, les limitations aux libertés et l'ensemble de basses manoeuvres qui freinent l'expression et la militance pacifique de l'opposition républicaine. Et c'est là un des plus grands défis qui attendent M. Bouteflika: quel avenir voit-il ou veut-il pour le débat contradictoire, pour l'opposition et la libération du champ social par rapport à l'administration? Quels mécanismes et quelles institutions laissera-t-il, une fois qu'il aura achevé sa carrière politique? Sont en question, la place et l'ancrage rapide de la démocratie et de la modernité en Algérie. Dans l'état actuel des choses, et après l'incroyable «ruée vers l'or» avant et pendant l'élection présidentielle d'avril 2004, il y a réellement une dégradation par l'argent ou par les promesses (qui n'ont engagé que ceux qui y ont cru) de larges pans associatifs, partisans ou assimilés. Des intermittents en politique, des gestionnaires corporatistes, des «culturels» en mission, des rabatteurs saisonniers sans foi, ni loi continuent de polluer les aires économique, syndicale, politique et même sportive en agissant comme des groupes de pression, souvent avec l'aide et les moyens matériels de l'administration ou de secteurs étatiques. La séparation des genres et le tarissement de nombreuses subventions deviennent des impératifs de salubrité politique. Si de véritables réformes sont envisagées pour libérer la société. L'unanimisme de façade du gouvernement, de ce dernier avec l'UGTA ne résiste plus devant les enjeux économiques, écologiques, culturels et politiques qui bruissent dans le pays ou qui épousent les contours de l'incivisme, de l'émeute à répétition. Les couches diversifiées doivent être libres d'organiser la défense de leurs intérêts, sans «oreillette» greffée. Un changement frontal permettra l'encadrement transparent et le suivi de réformes qui ne peuvent plus être différées.
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