Pas de retour du FIS et pas de révélation sur le sort des disparus

Quelle sera la réaction des familles des disparus et des sympathisants de l’ex-FIS ?

par Mouloud Zouaoui, Le Jeune Indépendant, 15 août 2005

Six ans après la concorde civile, le président Bouteflika a révélé une nouvelle étape dans le long processus de règlement de la crise que vit l’Algérie depuis le coup de force de janvier 1992. Sorte de concorde civile bis repetita, l’initiative de Bouteflika exclut une réhabilitation ou un retour du FIS ou une reprise de l’activité politique de ses dirigeants.

L’épineux dossier des disparus ne connaîtra probablement pas d’épilogue puisque, en dehors d’indemnités, rejetées par une partie des familles, aucune mesure sur le sort des disparus n’a été prise. Si le Président a décidé d’absoudre, à une très large mesure, les terroristes dans le sillage de la grâce amnistiante de juillet 1999 qui a conduit au repentir de quelque 6 000 combattants de l’Armée islamique du salut (AIS), considérée alors comme le bras armé du FIS, il a aujourd’hui opposé son veto au retour sur la scène politique de ceux qu’il qualifie de responsables de l’instrumentalisation de la religion.

«Le projet de charte prévoit l’interdiction de tout exercice d’une activité politique, sous quelque forme que ce soit, aux responsables de cette instrumentalisation de notre religion, de même que l’interdiction de toute activité politique à quiconque ayant une part de responsabilité dans la conception et dans la mise en œuvre de la politique prônant le pseudo «djihad» contre la nation et les institutions».

Le douloureux épisode de l’assassinat de nos deux diplomates et les déclarations d’Ali Benhadj expliqueraient peut-être la position du président Bouteflika qui, à travers ces restrictions, oppose une fin de non-recevoir à ceux qui souhaitaient, à l’exemple du président Ben Bella, une réhabilitation du FIS.

Des mesures qui s’apparentent à un verdict sans appel d’exclusion de ce qui reste en vie de la direction du FIS de tout retour sur les devants de la scène et couper court à ses éventuelles velléités d’intégrer à nouveau l’échiquier politique sous quelque forme que ce soit.

Une mesure qui va dans le sens des dix interdits qui ont été imposés aux deux dirigeants du FIS Abassi Madani et Ali Belhadj lors de leur libération de prison en juillet 2003. Une telle exclusion qui ne manquera pas de susciter le courroux de la mouvance islamiste incarnée autrefois par le FIS qui estimait avoir été victime du coup de force de 1992.

Les dirigeants du FIS n’avaient de cesse de plaider pour une réconciliation nationale qui impliquerait non seulement une amnistie pour toutes les parties en conflit mais également une participation de toutes les tendances politiques à la concrétisation de la réconciliation et surtout à la guérison des plaies.

A travers ces mesures, Bouteflika tranche définitivement s’agissant du dossier du FIS en ne laissant plus planer le doute sur le devenir de ses dirigeants. L’avenir politique du pays post-référendum du 29 septembre devra se faire sans eux.

Il n’est pas exclu que le renvoi aux oubliettes de la direction du FIS a été pour Bouteflika un moyen de rassurer les courants interne et externe hostiles à toute résurgence du FIS sur la scène politique. Beaucoup parmi ses détracteurs soutenaient que l’amnistie des groupes armés allait servir de préalable à un retour du FIS.

L’on s’interroge dès lors si le refus de laisser le FIS refaire surface, sous quelque forme que ce soit, est le résultat d’une solution médiane négociée qui consiste à mettre un terme au terrorisme tout en neutralisant ceux qui lui servaient de parapluie ou de faire-valoir.

Ce qui explique par conséquent l’appel de Bouteflika aux Algériens, les invitant à «ne pas oublier les tragiques conséquences de l’odieuse instrumentalisation des préceptes de l’islam, et à empêcher la répétition de cette dérive».

Un autre dossier, celui des disparus, qui continue de faire l’objet de controverses a finalement amené Bouteflika à opter pour les mesures longtemps proposées par Me Farouk Ksentini qui a préconisé des indemnités aux familles de disparus sur la base du principe selon lequel l’Etat est responsable mais non coupable des disparitions.

Les mesures prises par Bouteflika risquent de décevoir les associations des familles de disparus dont les revendications principales se résument à contraindre l’Etat à désigner les coupables, à les traduire en justice et à révéler le sort des disparus.

Les familles des disparus vont, selon toute vraisemblance, monter au créneau, aidées en cela par les ONG supranationales de défense des droits de l’homme pour contrarier la démarche de paix de Bouteflika et titiller sa vision d’une Algérie réconciliée avec elle-même.

Z. M.

 

Discours de A. Bouteflika à propos de la réconciliation nationale (14.08.05)

 
www.algeria-watch.org