Charte sur la Réconciliation nationale

Qui est concerné par l’amnistie générale ?

Le Jour d'Algérie, 17 août 2005

Les 200 000 photos collectées durant près d’une quinzaine d’années de lutte contre le terrorisme peuvent-elles identifier tous les terroristes ayant participé à des massacres, déposé des bombes dans des lieux publics ou commis des viols ? La question s’impose, puisque le champ et les modalités d’application de l’amnistie partielle ne sont pas encore précisés.

On s’en rappelle, il y a quelques années, et avant la promulgation de la loi sur la concorde civile, des avis de recherche offraient des centaines de millions de centimes pour «toute information pouvant conduire à l’arrestation de chefs terroristes», toutes organisations terroristes confondues.

Ces mêmes personnes recherchées, dont l’«émir» national de l’ex-AIS, Madani Mezrag, ont, pourtant, été amnistiées, sans aucune poursuite judiciaire. Cette loi sur la concorde civile stipulait, pourtant, que tout terroriste repenti doit passer par des commissions de probation et présenté devant la justice si sa participation dans des assassinats, des massacres, des viols ou dans des dépôts de bombes dans des lieux publics est prouvée.

Des situations qui avaient été interprétées, à l’époque, par «la volonté des autorités à réussir la concorde et à convaincre le plus grand nombre possible de terroristes à se repentir, quitte à faire des concessions». Cette même situation refait surface, quelques années plus tard avec l’annonce des «détails» de l’amnistie générale, par le président de la République, il y a quelques jours, lors d’une rencontre avec les cadres de la nation.

A la différence, cette fois, que cette nouvelle loi ne prévoit pas l’installation de commissions rogatoires pour savoir si tel ou tel repenti a participé à un massacre, déposé une bombe dans un lieu public ou commis un viol, délits non amnistiables par cette législation. Malgré les 200 000 photos prises et réussies par les services de sécurité dans le cadre de la lutte antiterroriste, des difficultés persistent pour identifier les auteurs de massacres ou d’assassinats, affirment des sources sécuritaires.

Ces photos dont disposent les services de la police scientifique, dont le siège se trouve à Châteauneuf, suscitent l’intérêt d’Interpol, dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme, constituent un très important et considérable outil de lutte contre le terrorisme mais restent insuffisantes pour identifier tous les terroristes auteurs de crimes. C’est ainsi que le dossier relatif à l’attentat terroriste perpétré contre le siège de la Maison de la presse et ayant totalement détruit le siège du Soir d’Algérie faisant ainsi 21 morts et des dizaines de blessés, en date du 11 février 1996, a été récemment classé par la justice pour «non-identification des auteurs» de cet acte terroriste. Ce qui voudrait dire, et comme c’est le cas pour d’autres attentats terroristes, que les auteurs de ces actes terroristes, et s’ils sont toujours en vie, pourront toujours se repentir sans être identifiés comme auteurs de ces crimes.

Sur un autre plan, et selon des sources sécuritaires, ce sont «des dizaines de terroristes toujours en activité qui restent recherchés par les services de sécurité pour constitution de groupes terroristes et participation dans des attentats terroristes». Ils seraient, selon d’autres sources sécuritaires, au nombre de 250 terroristes, sévissant toujours, et dont les noms figurent dans des avis de recherches. «Des centaines de portraits-robots ont été réalisés à l’encontre de terroristes recherchés», ajoutent ces sources, qui expliquent ces difficultés par, notamment, les incendis ayant été provoqués par des terroristes contre des sièges d’APC «pour effacer toute trace administrative de leurs acolytes ayant rejoint les maquis des groupes terroristes, dont les empreintes digitales figurant sur les fichiers de leurs cartes d’identité nationale».

Des observateurs de la scène sécuritaire font remarquer que les terroristes ayant refusé la loi sur la rahma et la loi sur la concorde civile, sont considérés comme étant des «durs», s’interrogeant, ainsi, sur la «faisabilité» d’accorder les avantages prévus par la loi sur l’amnistie générale. Des sources sécuritaires disent qu’il est possible que des terroristes non fichés par les services de sécurité fassent partie des groupes terroristes sévissant toujours. Ces sources expliquent que ces dernières années, «des dizaines de terroristes ou faisant partie de réseaux de soutien à des groupes terroristes, non fichés, avaient été arrêtés, notamment à Alger, par les services de sécurité».

Des difficultés, non seulement d’ordre juridique, qui peuvent être rencontrées avec l’application de la loi sur l’amnistie générale, si elle est votée par le peuple.

M. Abi

 
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