Le référendum entérine la prise de contrôle de Bouteflika sur l'appareil d'État

Les Algériens veulent tourner la page du terrorisme

Plus de dix-huit millions d'Algériens étaient appelés à voter hier sur une Charte présidentielle pour la «réconciliation nationale», censée mettre fin à la crise et aux violences politiques qui ont fait 150 000 morts depuis 1992 et tourner la page du terrorisme. Le taux de participation a été de 79,49%, a annoncé hier soir le ministre algérien de l'Intérieur, Yazid Zerhouni. Les résultats complets du scrutin devraient être annoncés, à Alger, dans la matinée.

Alger : de notre envoyé spécial Thierry Oberlé, Le Figaro, 30 septembre 2005

«Le oui va passer à 102%» pronostique Mouloud, un jeune homme croisé à la sortie d'un bureau de vote installé dans un établissement scolaire du bas de Bab el-Oued. Pavoisé de drapeaux à l'effigie d'Abdelaziz Bouteflika, le lycée était fréquenté, lorsqu'il s'appelait Bugeaud, par Albert Camus. Il accueille en ce jour de scrutin des électeurs convaincus de l'approbation unanime du projet de charte du président algérien.

C'est que les Algériens se prononcent sur un texte qui tire un trait sur un passé que beaucoup veulent oublier. En dépit d'un bilan estimé à 150 000 morts et des centaines de milliers de blessés, la majorité d'entre eux n'a pas été touchée directement par les affrontements qui ont opposé les forces de sécurité aux insurgés islamistes à partir de 1992. Ils ont en revanche subi le climat oppressant qui régnait durant la décennie sanglante et souffert des conséquences économiques de la crise. Aujourd'hui, ils sont prêts à s'accommoder – faute de mieux – d'un règlement de paix au rabais où il est davantage question de pardon que de vérité et de justice.

La parenthèse des sacrifices fermée, ils attendent grâce à la manne des hydrocarbures une amélioration de leur vie quotidienne, notamment en matière d'emploi et de logement. La hausse vertigineuse des prix du pétrole a permis à l'Algérie d'engranger 50 milliards de dollars de réserve. Mais il faudrait, au-delà des grands travaux d'aménagement du territoire et de la relance de la consommation, engager des réformes structurelles pour sortir le pays de l'économie de rente.

Sur le plan politique, Abdelaziz Bouteflika est bien décidé à tirer les dividendes d'une opération de paix rondement menée. Le chef de l'Etat avait déjà testé en 1999 la procédure référendaire. 85% des électeurs avaient participé à la consultation et 98% des votants s'étaient prononcés en faveur de sa loi de «concorde civile» permettant le retour à la vie civile des maquisards de l'AIS, l'ex-bras armé du FIS, et de «repentis». Le plébiscite avait donné une légitimité à son premier mandat entaché par le retrait de ses adversaires à la veille du scrutin présidentiel. Réélu avec plus de 80% des suffrages en 2004 à l'occasion d'une élection peu contestable, Abdelaziz Bouteflika se donne, cette fois, les moyens d'absoudre la plupart des acteurs des années de plomb, et de diriger la réconciliation nationale à sa guise.

Le très prévisible raz de marée en sa faveur entérine sa prise de contrôle de l'ensemble des leviers de commande de l'appareil d'Etat. S'il le souhaite, le raïs est désormais en mesure de réviser la Constitution pour briguer un troisième mandat et devenir, comme la plupart de ses homologues des nations arabes, indéboulonnable.

Erratum : une erreur s'est glissée dans l'article paru hier sous le titre «Les Algériens votent pour oublier la guerre civile». Il fallait lire «certains généraux verront leur immunité assurée» et non pas «certains hommes du président verront leur immunité assurée».

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