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Amnistie générale Ce pourquoi Bouteflika veut un référendum Le Quotidien d'oran, 2 novembre 2004 Jijel, quelques jours avant le scrutin présidentiel d'avril 2004. En plein meeting électoral, un cri anonyme fuse du fond de la salle bondée: «Amnistie générale ! Amnistie générale». Furieux, le président Bouteflika, alors sortant, réagit aussitôt. Il répond: «Non ! Je n'ai pas ce pouvoir. Ceci est pour moi trop lourd à supporter, monsieur», a-t-il dit impétueusement. Demandez aux familles, aux veuves et aux personnes dont les leurs ont été massacrés ! S'ils vous répondent, je le ferais aussi, mais pas avant», a-t-il encore poursuivi. «Autrement, je ne peux pas». Déjà, à l'époque, le président de la République ne croyait donc pas à la possibilité d'une amnistie générale sans passer par un référendum. Il ne pensait pas non plus qu'il est de sa seule prérogative de passer l'éponge - car il s'agit bien de cela - sur les crimes et les atrocités commises durant la guerre civile. Le fait qu'il campe toujours sur la même position et qu'il ne croit (voir son discours du 31 octobre dernier) qu'à la Consultation comme unique voie possible, n'est rien d'autre qu'une recherche de garantie. Et de sécurité pour prendre une mesure qu'il doit juger inéluctable, si l'on se réfère à son dessein d'une Algérie réunifiée et apaisée, mais qu'il juge trop risquée à prendre si elle n'est pas accompagnée de l'argument et de la validité populaire. Cette lecture peut paraître naïve ou suspecte aux yeux de ses opposants ou de ceux qui le soupçonnent de préparer plutôt une nouvelle constitution à la mesure de ses ambitions de pouvoir et de la conception qu'il se fait de l' exercice de ce dernier. Elle n'est pourtant pas dénuée d'éléments moins sophistiqués, plus terre à terre, et pourtant difficiles à résoudre. On peut ne pas le croire, mais Bouteflika craint de réveiller les démons qui ont rongé le pays pendant dix ans. Il redoute de prendre des initiatives susceptibles de raviver des blessures trop récentes, trop lourdes et pouvant entraver son rêve de réconciliation nationale. Il ne souhaite pas, enfin, que les oppositions qui sont actuellement en attente d'occasion propice pour rebondir l'accusent à nouveau de vouloir faire oublier aux Algériens, pour des considérations égoïstement personnelles et politiciennes, les crimes et les atrocités commises depuis 1992. Pareille digression nous amène d'ailleurs à évoquer ce qui s'est passé en janvier 2000, lorsqu'il a décidé de passer outre le Parlement et de promulguer le fameux décret dit de la grâce amnistiante. Ce texte, on s'en rappelle peu aujourd'hui parce que le contexte a changé, a suscité un tollé général. Il a provoqué de profondes divisions jusque dans le camp politique et associatif se réclamant de lui et de son programme. On a parlé à l'époque de bizarrerie juridique, de «discours concordiste», de pratiques anti-constitutionnelles et d'apparence de régularité derrière lesquelles le président de la République s'est réfugié pour un coup politique visant la caution islamiste et l'occultation de la «sale guerre». Certains d'entre les militants d'associations de défense des droits des victimes du terrorisme pensent toujours ainsi, même si la conviction militante a laissé place à la rémanence et au souvenir amer d'avoir vu des égorgeurs rentrer chez eux tranquillement. A l'opposé, leurs adversaires, luttant par exemple pour la vérité sur les disparus, y ont vu la preuve d'une absolution totale et injurieuse du régime et des gestionnaires de la «sale guerre». Le scénario d'une mesure présidentielle unilatérale peut se révéler très contraignant pour M. Bouteflika et risque de le voir se lancer dans des opérations destinées surtout à réfréner une protestation populaire toujours probable. Il peut aussi perturber son agenda qui reste, comme on le prétend souvent, dominé par la révision de la Constitution. En plus, il s'agit d'un dossier dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a la vertu de raviver l' ardeur chancelante des oppositions - toutes tendances confondues - et de donner du travail aux grandes ONG qui suivent attentivement l'évolution des droits de l'Homme et des libertés en Algérie. Noureddine Azzouz |
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www.algeria-watch.org
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